Tant qu'il y aura des hommes...

Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 08:00


- Ce week-end chérie, c'est moi qui cuisine !


Oh ! Quelle merveilleuse idée ! Je m'imagine les pieds sous la table, mise en appétit par des odeurs aussi alléchantes que variées. Me voici délivrée d'une sinistre corvée l'espace de 48 heures.

Du coup, pourquoi ne pas prendre son temps, se prélasser dans le canapé, déguster un bon roman ? Puisqu'il a l'air si bien disposé, j'en profite même un peu :

- Tu ne me servirais pas un p'tit apéro ?

Je me plonge avec délectation dans ma lecture.

- Qu'est ce que tu veux manger ?

Je trouve que c'est bien gentil de demander. Cela dit, ce serait également très gentil de décider lui-même, depuis le temps, il connaît mes goûts.

- C'est toi le Chef !! Tu as toute ma confiance.


Je tourne ma page, le meurtre a été commis, l'enquête va bientôt commencer, miam, c'est le moment que je préfère.


- On a des olives ?

- ...

- Hé ho ! Je te parle !

- Hein ?

- On a des olives ?

- Dans le placard.

- Lequel ?

- Sous le four.


Où en étais-je ? Ah oui, le meurtre ! La femme qui a découvert le corps de son mari sauvagement poignardé est suspecte. Logique.


- J'trouve pas !

J'ai comme l'impression que je vais rester coincée à la première question de l'inspecteur...

Je me lève, attrape le bocal d'olives et le lui tend. Puisque je suis là, autant lui filer un petit coup de main histoire qu'il me fiche la paix.

- Qu'est-ce que tu prépares ?

- Surprise ! C'est moi le Chef.

- Je voudrai seulement savoir si tu as tout ce qu'il te faut ou si tu as besoin d'aide pour trouver une boîte dans un placard.

Je ne comprends pas, Monsieur se vexe :

- Dis-donc, ce n'est pas de ma faute si ta cuisine est mal rangée !

Je ne relève pas, le week-end a bien commencé, faisons en sorte qu'il se termine de la même façon. Après un petit bisou réparateur, il accepte mon aide, il a tous les ingrédients, normalement il sait où se trouvent les casseroles, le four est toujours à la même place, hop, je reprends mon livre mais je m'exile au fond du jardin, je n'entends plus rien, je fais corps avec l'inspecteur. Il a trouvé un cheveu suspect sur le cadavre du mari, l'épouse nie tout en bloc. Je crois bien que l'enquête va se compliquer, j'en suis à la page 53 et il m'en reste 278 à lire.


- A table !


L'inspecteur a faim, il avale un donuts en vitesse. Moi aussi, je m'en vais grignoter.


Le couvert est dressé dehors, le barbecue fume, j'attends.

- Qu'est-ce que tu as préparé de bon ?

- Hamburger-frites, ton plat préféré.

Ca me va. Mais pourquoi donc avait-il besoin d'olives ?!

- A ton avis, comment se fait-il que la femme soit toujours soupçonnée du meurtre de son mari ?

- Sais pas, répond-il la bouche pleine, peut-être parce qu'à force de laisser la lunette des toilettes levée, beaucoup passent à l'acte !

- C'est une possibilité, en effet...

Toute à ma réflexion policière, je vais dans la cuisine préparer le café. Vision cauchemardesque, Destructor et Terminator sont passés par là !

 

Je m'approche de mon cher époux, sereine, un objet dissimulé dans mon dos et je lui murmure à l'oreille :


- Je crois que j'ai trouvé le mobile...

Par Sophie L. - Publié dans : Tant qu'il y aura des hommes... - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /Juin /2009 08:00

Dring ! Dring ! Driiiiiing !!!

 

Ouh, mais qui s'excite ainsi à ma porte de si bon matin ? Un rapide coup d'œil à mon agenda me signale que non, je n'ai pas de rendez-vous avec le plombier, le chauffagiste est passé hier, alors, qui ?

J'hésite. Réponds, réponds pas...

La curiosité l'emporte.

- Ouiiii ?

- C'est Marion ! Ouvre, faut que je te parle !

Il y a du scoop dans l'air. J'entrebâille la porte, branche la cafetière, décroche le téléphone, éteins le portable.

Marion se matérialise dans la cuisine, essoufflée, pas coiffée, pas maquillée, et, oh misère, encore en pyjama sous son imper !

Elle ne prend pas la peine de me saluer, me brandit un papier sous le nez :

- Tu ne devineras jamais ce que c'est !

Non, je ne devine pas, je ne cherche pas, je n'aime pas les devinettes. De toute façon, elle n'écouterait pas ma réponse puisqu'elle susurre aussitôt, minaudant comme une collégienne :

- Une lettre d'Amouuur....

 

Le choc me paralyse. Mon corps se raidit d'un bloc alors que mon cerveau surchauffe :

« Une lettre d'amour ? A son âge ? Mais qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? »

- C'est tout ce que ça te fait ? demande-t-elle, déçue par mon manque d'enthousiasme.

J'articule difficilement une réponse cohérente :

- Mais...non...hein ? Oui...bon...quoi ? Euh...Montre, c'est qui ??

- C'est Paul..., murmure-t-elle en tortillant le derrière.

- Paul ?...Paul...Paul ! TON Paul ?

- Ben oui, MON Paul ! Qui d'autre ?

 

D'un coup, je retrouve toutes mes facultés physiques, bien sûr, c'est Paul, sa douce moitié depuis vingt ans bientôt...Who else ???

- Tu veux lire ?

Evidemment que je veux lire !

 

Et je lis.

Et je me liquéfie.

Et j'essuie une petite larme.

Et je soupire.

Et elle m'arrache la lettre des mains !

 

- Rends-la-moi ! C'est MA lettre ! Qu'il a écrite pour MOI !

- Je peux la photocopier ? je la supplie d'une toute petite voix.

- Ah non, c'est trop personnel... Je souhaitais te la montrer parce que, tu vois, cette bulle de bonheur, je voulais la partager avec toi. Allez, je me sauve, je vais lui écrire ma réponse.

 

Et la voilà envolée dans sa bulle, me laissant seule avec ma cafetière pleine que je vais boire

cul-sec si je ne veux pas sombrer dans le désespoir :

Depuis quand n'ai-je pas reçu de lettre d'Amouuur ?

 

Voyons... Où est ma boîte secrète aux parchemins jaunis ? Ah, la voilà... Non, celui-là, il ne savait pas écrire...Lui ? Pourquoi ai-je gardé ses lettres ? Trop plates. Celui-ci, oui, pas mal, il avait du potentiel...

Mais point de vraie lettre d'Amouuur !

Dernière tentative : Les missives de mon tendre à moi, que je garde dans une boîte à part, car, je ne mélange pas les torchons et la serviette, hein !

Peine perdue, je sais depuis longtemps que je ne l'ai pas épousé pour son esprit romanesque.

 

Je branche mon ordinateur, je voudrai faire un sondage auprès de mes copines.

« Vous avez un nouveau message ».

Justement, c'est mon sentimental de mari qui m'écrit :

« Rentrerai tard ce soir. T'as pensé au charbon de bois ? ».

Je décode:

Rentrerai tard ce soir :

"Mon Amour, cette journée loin de toi met mon cœur à rude épreuve. A la seule pensée de ne pouvoir te serrer dans mes bras avant de longues heures, je souffre mille morts."

T'as pensé au charbon de bois ?:

"Mon Aimée. Cuisiner pour toi m'inonde d'une joie céleste. Ton visage radieux, chaque jour plus merveilleux que le précédent, est une récompense que je suis bien loin de mériter."


 

Et ben voilà, quand on sait lire...

Par Sophie L. - Publié dans : Tant qu'il y aura des hommes... - Communauté : tribulations de filles
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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 07:00

Je m'installe à une terrasse, déguste un petit café, lunettes de soleil sur le nez, je suis bien.

Deux femmes s'assoient à la table d'à côté. Je les détaille discrètement, et ce que je vois me rassure : Aucun risque qu'elles ne me fassent concurrence. Que voulez-vous, je ne rate jamais une occasion de flatter mon ego... 

Elles jacassent si fort que, bien malgré moi, je dégage l'oreille droite pour saisir l'objet d'une telle volubilité. Et je frémis d'excitation...

  • -    Tu comprends, j'en peux plus ! Je suis malheureuse..., se lamente la brune, le visage un rien crispé.
  • -    Ah bon ? fait la blonde, frétillante d'impatience.
  • -    Non, laisse tomber, je ne veux pas t'embêter avec ça...
  • -    Mais pas du tout ! Allez, vas-y, raconte... sous-entendu : Balance la sauce, je n'ai pas pris ma journée pour rien !
  • -    J'ai l'impression qu'on ne vit pas sur la même planète...

Je m'étrangle avec mon café : Elle a trouvé ça toute seule ou on lui a soufflé ??

  • -    Tu vois, reprend-elle, l'autre jour, je suis allée chez le coiffeur. Figure-toi qu'il n'a rien remarqué !

Je pouffe, tu parles d'un cliché...

Elle n'a qu'à faire comme tout le monde, elle ne dit rien, ne s'attend à rien, comme ça, s'il fait un commentaire, ce sera toujours une bonne surprise !!

  • -    Il ne me regarde pas assez ! J'ai l'impression d'être un meuble...

Tant pis pour la solidarité féminine, je marmonne : « Tant qu'il pense à le dépoussiérer... ».

  • -    J'aimerais qu'il s'intéresse plus à moi, à ce que je vis, ce que je ressens, qu'il m'accompagne dans ma quête intérieure.

Heureusement pour moi qui ne peux réprimer un éclat de rire nerveux, la blonde (finalement bien plus futée que la brune...) pousse un grognement de fauve en colère :

  • -    Dis-donc ma vieille, faudrait redescendre un peu sur terre ! Ton mec, il m'a l'air d'être identique à tous ceux de son espèce !

Devant l'incompréhension qui se peint sur le visage de la pseudo femme à la dérive, elle développe :

  • -    Il te dit qu'il te trouve belle ?
  • -    De temps en temps...
  • -    Très bien. Après l'amour, il te regarde avec des yeux de merlan frit ?
  • -    On peut dire ça.
  • -    Excellent. Entre foot et Out of Africa, qui gagne ?
  • -    Il n'aime pas le foot.
  • -    Magnifique ! Quand tu lui parles, il t'écoute ?
  • -    Ben oui, c'est pas une bête tout de même !
  • -    Ca, ma chérie, cela reste encore à prouver... Non, je veux dire, il t'écoute vraiment ? En te posant des questions qui ont un rapport avec le sujet ?
  • -    Euh...laisse-moi réfléchir...Oui, en général, il s'intéresse...
  • -    De mieux en mieux. Il cuisine ?
  • -    Hé ho, ça va pas non ?
  • -    T'as raison, faut pas exagérer.
  • -    Il porte les valises ?
  • -    Elles sont à roulettes...
  • -    Ah... Les courses ?
  • -    Je me fais livrer.
  • -    Dis-donc, faudrait y mettre un peu du tien, hein ?
  • -    Il ne porte pas les courses, mais il sort les poubelles ! se rattrape la brune.
  • -    Tu vois, quand tu veux... Bien, au vu de ce petit tour rapide, je t'annonce que ton mâle se situe dans la moyenne haute de sa catégorie, il t'aime mais à sa manière d'homme, tu vois ? Un peu comme un chien avec son maître... Sur ce, ce n'est pas que je m'ennuie, mais la prochaine fois que je pose une RTT pour toi, autant que ce soit pour un truc VRAIMENT grave, d'accord ?

J'applaudis silencieusement. Cette blonde mériterait d'être ma copine. Cependant, j'éprouve un léger malaise...Assaillie par un doute, il faut que j'en aie le cœur net. Je pianote fébrilement sur mon portable. Ah ! Ca décroche :

  • -    Chéri ? T'as pensé à sortir les poubelles ???

 

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Par Sophie L. - Publié dans : Tant qu'il y aura des hommes... - Communauté : tribulations de filles
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