Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 07:00

chaise-copie-1- Il fait un peu frisquet, tu ne trouves pas ?

- Non, pas vraiment.

- Il est vrai que tu n’as pas le vent de face.

- Ils vont bien finir par fermer la terrasse…

- C’est pas sûr. Rappelle-toi l’année dernière, ils avaient installé des chauffages d’extérieur. J’aimais bien. Ca changeait.

- C’était pour les fumeurs, tu parles d’un cadeau…

- Ouais, mais quand même, on pouvait profiter de la vue.

 

- Et toi ? Tu ne dis rien, il y a quelque chose qui te tracasse ?


- Ouais, les deux greluches là qui n’arrêtent pas de nous mater…

- Ah, les nouvelles…

- Comment tu les trouves ?

- Un peu trop rembourrées à mon goût.

- Elles viennent d’où ?

- Aucune idée, elles nous snobent.

 

- Et les autres, tu sais ce qu’elles sont devenues ?

- J’ai entendu dire qu’elles avaient été reléguées au placard.

- Merde… Ca faisait combien de temps qu’elles étaient dans la boîte ?

- J’sais pas… 10, 15 ans…

- C’est malheureux tout de même ! Etre remplacé comme ça, sans préavis.

- Faut dire qu’elles avaient fait leur temps ! Tu te rappelles de celle qui était dans notre équipe ? A chaque fois, elle se débrouillait pour me refiler les plus gros, elle ne pouvait plus les supporter… C’est pour ça qu’ils l’ont virée…

- Hé les gars, faut qu’on se sert les coudes, hein ? J’veux pas finir au placard moi !

- Ben t’as intérêt à te redresser alors, je trouve que tu as tendance à t’affaisser ces jours-ci.

- Tu m’étonnes, avec l’été qu’on a eu… C’est pratiquement les trois huit qu’ils nous ont fait faire.

- Taisez-vous ! V’là la nouvelle…

 

- Bonjour…

- B’jour.

- Salut.

- Tu viens d’où ?

- De l’usine.

- C’est quoi c’que tu portes ?

- Du Skaï.

- Ben dis-donc, on s’refuse rien à l’usine ! C’est confortable au moins ?

- Ca tient un peu chaud mais ça colle. Mais il n’y avait plus que ça. Restriction budgétaire…

- T’es pas un peu jeune pour le boulot ? Ton beau Skaï, il va vite se patiner, tu peux me croire !

- Et vous ? Vous n’avez pas l’impression d’être à la ramasse ? Je ne suis pas la seule à débarquer vous savez, il y a un camion qui devait arriver hier mais, d’après ce que je sais, il y a eu un problème au montage. Ce n’est plus qu’une question de jours avant qu’on vous envoie au recyclage !

- Au recyclage ? C’est quoi ça ? Je ne sais rien faire d’autre, moi !

- Vos gueules !! Y’a l’patron qui s’radine !

 

- Patron, ces trois-là, j’en fais quoi ?

- Tu les empiles avec les autres dans la remise. Tu vois, ça me fait quelque chose de m’en séparer… Elles ne sont pas si bringuebalantes que ça ces vieilles chaises.

- C’est sûr, mais les nouvelles sont beaucoup plus confortables, les clients resteront plus longtemps et ils consommeront plus !

- T’as raison. Business is business ! Allez, ramasse-moi tout ça, on les mettra aux encombrants demain.


Participation aux Jeux d'écritures du Blog à 1000 mains.

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Par Sophie L. - Publié dans : Parfois le Jeudi
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 07:00

Aspiro.jpg
Ô rage ! ô désespoir !, ô poussière ennemie,
N’ai-je donc tant trimé que pour cette pandémie ?
Et ne me suis-je point meurtrie muscles et  dos
Que pour voir en un jour mon dur labeur à l’eau ?
Mon bras qu'avec force mania tuyaux et chiffons,
Mon bras, qui sans relâche briqua sols et plafonds,
Tant de fois courbaturé, malmené à souhaits
Trahit ainsi ma confiance en partant en biais?
Ô cruel souvenir que cette tendinite!
Oeuvre de tant de jours en un jour détruite !
Nouvelle
femme de ménage il me faut engager
Pour me soustraire vite fait aux travaux ménagers !
Faut-il l’honorer de chèques emploi-service,
Et bannir travail au noir, vil appel au vice ?
Comte, malheureusement n’est point mon époux,
Ce haut rang m’eut évité d’être près de mes sous
Et d’autres choix il ne me reste, mille fois hélas
Que de casser ma tirelire pour chasser ma crasse.
Et toi, de mon ménage glorieux instrument, 
Mais inutile malgré tous tes pansements, 
Aspirateur fringant, en ce Lundi mourant
M'as servi de parade, et non pas de défense. 
Va, quitte désormais mon foyer poussiéreux, 
Trépasse à la benne dans de tristes adieux.

 

Estimé Corneille, pardonne-moi cette infamie
Mais
La Mère Joie de la blogosphère mon amie
M’allécha en tenant en son blog un cadeau.
Comme il m’a semblé beau ce pimpant aspiro !
J’en appelle à toi, à la Fontaine et tant d’autres
Pour que dans la poussière les duellistes se vautrent
Me laissant victorieuse, de ma personne imbue
Même si par patte blanche justice sera rendue.
Que ces quelques vers aux rimes pauvres (un peu)
Délectent les lecteurs autant que faire se peut !
Et que d’exquise jouissance ils s’en jettent par terre
Ou mieux encore s’expriment haut dans les commentaires !
Ainsi donc s’achève ce laborieux exercice
Accompli dans un inénarrable supplice.

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Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 07:00

lapinalice.gifC’est l’histoire d’une femme née avec une horloge dans le cerveau.

Les tic-tacs résonnent dans sa tête ponctuant le rythme de ses journées.

Chaque minute a son rôle.

Les tâches s’exécutent, solennellement approuvées par les heures qui s’écoulent.

La pauvre âme est tellement programmée que, dès qu’un imprévu se glisse dans son rouage horaire, elle en perd sa trotteuse.

 

Elle se désespère de faire les cent pas sur le trottoir, dans l’attente impatiente du malotru qui n’arrive pas. Les pieds trempés dans ses sandales, elle reçoit, offusquée, les quolibets indélicats des automobilistes qui la dépassent.

 

Elle regarde sa montre et soupire.

« Si l’on mange en 37 minutes, à condition de commander tout de suite, nous pourrons arriver à temps pour la séance. Sachant qu’il y a 15 minutes avant le film, on pourra peut-être boire un café. Ou un dessert. Mais pas les deux. Ca non ! On n’aura pas le temps ! 

Voyons… Nous pouvons toujours aller à la séance suivante. Je prendrais le train de retour de 17h32, j’arriverais à la gare à 17h53, disons 57 avec le retard, ça me fait donc 18h06 à la maison, j’aurais encore le temps de préparer mon bœuf bourguignon et, si je me dépêche un peu, je passerais à table à 19h15… Oui, c’est bien aussi. »

 

Soulagée, elle ose un regard triomphant à son bracelet-montre : « Te voilà bien attrapé ! », dont les aiguilles poursuivent leur tour, imperturbables.

 

Tac, tac, tac, fait le soulier sur la chaussée.

« Toujours être en retard à un rendez-vous galant… » lui répétait sa maman.

Mais voilà, c’était son premier rendez-vous, elle ne voulait pas risquer de le manquer…

 

Un homme s’approche :

- Vous avez l’heure ?

- 12h36, répond-elle sans un regard.

 

Le doute fait place à l’impatience.

« Nous avions dit midi, n’est-ce pas ? Midi pile ! J’ai d’ailleurs bien insisté sur le pile. C’est joli, je trouve, le pile… C’est rond et précis à la fois. D’ailleurs, je dis toujours midi pile, parce que treize heures piles, c’est trop tard pour déjeuner. Oui, oui, j’en suis sûre, midi pile !

Me serai-je trompée de jour ?

Impossible, on a dit Lundi, je le sais parce que je me souviens avoir pensé que j’aurais le temps de faire le marché, à condition de partir 10 minutes plus tôt, pour ranger mes légumes et prendre le train de 10h58. J’y étais même à 56, des fois qu’il serait en avance.

C’est ça, j’en suis bien certaine, mais alors…. pourquoi n’est-il pas là ? »

 

Quelle triste vision pour les passants que cette femme ruisselante, seule sur un trottoir, dont le visage se tord sous la colère qui l’envahit…

 

Soudain, la voilà qui s'agite.
Sa main furète dans son sac. Elle en sort un appareil vibrant d’exaspération qu’elle colle fébrilement à son oreille :

- Allô ? Allô ?

- Vous êtes en retard !

- Quoi ?... En retard !...Mais, non, je…

- On avait dit midi pile, il est 12h44…

 

L’incrédulité fige ses traits. En retard ? Elle ? Impossible !

 

- On avait dit midi pile, en face du numéro 32.

 

Elle lève les yeux. Elle rit. Elle est au numéro 23…

 

- J’arrive ! J’arrive ! Attendez-moi !

 

Elle court à son rendez-vous, libre enfin.

 

Elle est en retard…

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /Jan /2010 07:00

piednoir.gifNaître dans une famille pied-noir, c’est à peine moins pire que dans la mafia…

Etre une fille dans une famille pied-noir composée principalement d’éléments masculins, c’est à peine moins pire que dans la mafia…

Avoir trois oncles pieds-noirs, un père qui se convertit à l’occasion, des frères et des cousins pieds-noirs, c’est à peine moins pire que dans la mafia…

 

Aussi, lorsque je ne pus déroger plus longtemps à la présentation officielle de celui qui aurait plus tard le courage de m’épouser (et les pieds-noirs avec), n’en menai-je pas large !

Bien sûr, j’avais pris soin de ne pas trop approfondir les quelques particularités familiales à mon prétendant. J’en tenais un, il fallait que je le garde !

Une fois qu’il fut suffisamment bien arrimé, je décidai qu’il était assez fort pour affronter ces présentations sans prendre la poudre d’escampette.

 

La famille au complet s’était réunie pour l’occasion.

Les femmes préparaient le traditionnel couscous, les hommes parlaient déjà haut, se pliant ainsi à la coutume ancestrale : « Si tu veux être entendu, parle plus fort que les autres ! ».

C’est dans cette bruyante cacophonie que j’abandonnai mon amoureux dans la fosse aux pieds-noirs.

Comme un seul homme, mon père (qui, pour cette fois, ne fut pas mécontent d’avoir des beaux-frères aux cordes vocales fort développées), mes oncles, frères et cousins s’alignèrent en une seule file bien serrée, faisant face au coupable, qui, jusqu’à preuve du contraire, n’avait rien d’un innocent.

Mon père dégaina le premier (privilège de géniteur oblige), fit un pas en avant, sortit le fusil de mon grand-père et, souhaita ainsi la bienvenue à son futur gendre :

- Tu sais ce que c’est ça ?

- Non.

- C’est le fusil de mon père. Il s’en est servi pendant la guerre. Je n’hésiterais pas à m’en servir à mon tour si tu ne respectes pas ma fille.

 

Les oncles approuvèrent, soudain fier de ce beau-frère souvent trop effacé à leur goût, puis s’avancèrent, la mine grave :

- Dans la famille, les filles, c’est sacré, commença l’aîné.

- Surtout qu’elles sont pas nombreuses, continua le second.

- La petite, c’est notre fille aussi, termina le troisième.

 

Là-dessus, mon père s’interposa :

- Hé ho, doucement, c’est MA fille, pas la vôtre, vu ?

 

S’ensuivit une discussion des plus animée entre ces quatre pères. Je souris d’aise, les présentations s’étaient merveilleusement bien passées, et rassurai comme je le pus mon fiancé, tout en veillant à envoyer un de mes cousins bloquer la porte de sortie, au cas où…

Les hommes l’invitèrent à sceller son entrée dans la famille autour d’un verre bien plein, il se crut sauvé.

 

C’est alors que les femmes entrèrent en scène.

Et là, il valait mieux avoir l’estomac bien accroché.

Elles l’assirent de force à table, et tous les plats traditionnels familiaux défilèrent sous ses yeux, pour atterrir dans son assiette. Alors qu’il portait chaque bouchée à ses lèvres, elles le scrutaient, examinant attentivement la moindre de ses expressions, le félicitant dès qu’il poussait un « Ah ! » de contentement, fronçant les sourcils lorsque son extase était trop longue à se manifester.

Ce courageux jeune homme se laissa gaver sans sourciller – je sus, à ce moment-là, que son amour pour moi n’était pas feint – mangeant, avec le sourire, trois grandes assiettées de couscous, sous les regards attendris de notre madone :

- C’est bien, mon fils, mange !

 

Au terme de la journée, je ne fus pas mécontente de prendre congé de cette famille (bien-aimée au demeurant) dont l’excitation sonore m’avait collé des bourdonnements auditifs.

Dans la rue, mon futur me mis au parfum :

- Elle est marrante ta tribu, mais ça ne vaut pas la mienne ! Et tes oncles, c’est de la rigolade à côté de mes tantes ! Tu ne pourras pas dire que je ne t’avais pas prévenue…

 

Mon amour pour lui n’était pas feint non plus, mais ça, c'est une autre histoire...

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 07:00

Adam2.jpgSaviez-vous que c’est en passant la serpillère que j’élabore mes billets ? J’aurais aimé vous dire que c’était à la terrasse d’un café, assise, les yeux dans le vague, perdue dans une inspiration créative, la plume à la main que je noircissais mon petit cahier rouge…

Eh bien non ! L’activité physique que représente le ménage libère mon esprit qui s’envole vers des cieux de réflexions existentielles.

Ce qui me fit penser spontanément à ceci :
« C’est la faute d’Adam ! »

 

Est-ce que j’en serais réduite à laver les sols si Adam n’avait pas croqué la pomme ? En ce moment même, certains d’entre nous seraient nonchalamment étendus dans ce luxuriant jardin d’Eden, dégustant des cerises bien rouges, d’autres gambaderaient gaiement, feuille de vigne au vent…

 

On lui avait pourtant dit à Adam, de ne pas goûter au fruit défendu !
Il n’était pas bien, là, avec la belle Eve, tranquille, à la fraîche ? Il a suffi qu’il se fasse tenter un tout petit peu pour que, patatras, le ciel nous tombe sur la tête !


A sa décharge, les hautes sphères ont certainement manqué d’approche éducative : Il est fondamental d’expliquer à l’enfant innocent le pourquoi d’une interdiction, et Dieu sait que les hommes sont de grands enfants ! Je peux me tromper mais il me semble bien qu’on n’a jamais su pourquoi la pomme était néfaste à la santé d’Adam…

 

Bien sûr, me direz-vous, Eve n’est pas étrangère à la mésaventure de son conjoint, certains disent qu’elle l’y aurait poussé, néanmoins, jusqu’à aujourd’hui, on n’a jamais trouvé de témoin qui puisse corroborer cette version des faits !


Et le serpent ! s’exclameront les avocats d’Adam, n’est-ce pas cette créature fourbe et vile qui persuada Eve d’envoyer ce pauvre idiot au casse-pipe à sa place ! Sur ce point, notons que notre amie a eu le nez creux, sans quoi, nous ne serions retrouvées avec ce morceau de pomme coincé au travers de la gorge, ce qui, avouons-le, aurait assurément gâché l’esthétisme féminin.

Quoi qu’il en soit, c’est Adam qui a mordu dans le fruit rouge, bafouant impunément les consignes que les autorités avaient établies.

Certes, les conséquences de ce geste malheureux ont été, à mon sens, quelque peu disproportionnées, le Créateur a laissé exploser sa colère, perdant complètement les pédales, assénant une punition sans commune mesure avec la faute.

C’est qu’il a dû être sacrément déçu le maître des lieux : Si j’avais crée une créature à mon image, j’en aurais pris un sacré coup derrière les oreilles face un tel désastre, mais, ne dit-on pas que l’original est toujours mieux qu’une pâle copie ? Dieu n’aurait-il pas péché par orgueil et son châtiment une vaine tentative pour masquer son outrecuidance ?

 

Toutefois, notons que même si Eve a une légère part de responsabilité dans l’histoire, elle n’a pas fui avec le serpent, mais se tint bravement aux côtés d’Adam (en aurait-il fait autant, lui ?), acceptant sans broncher cette grande épreuve qu’est l’accouchement, comme quoi, les mâles sont solidaires entre eux, le Seigneur sachant bien qu’Adam n’y résisterait pas…

 

Forte de ces réflexions, j’ai dorénavant la réponse à chaque « pourquoi » des gremlins :

- Demande à Adam !

J’ai également un début de petite idée sur la théorie de Darwin, que je développerai lors de mon prochain récurage du frigo.


Moralité : Ne jamais sous-estimer l’intellect d’une femme de ménage !

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Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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