Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /Avr /2009 14:30

         16h30.

Les portes s'ouvrent. Je me précipite devant la classe de Moyenne Section. Ma descendance, charmante blondinette aussi malicieuse que craquante, sort, me dévisage, me scrute des pieds à la tête :

- T'as pas ramené le goûter ? lâche-t-elle d'un air outré.

Moi, partagée entre l'exaspération et la gêne :

- Ben, non...

Catastrophe interplanétaire !!

Les larmes jaillissent instantanément suivies de hurlements dignes d'un enfant martyrisé par une Folcoche.

 

            16h32.

Je la regarde, médusée et je pense très fort : « Encore 4 heures à tirer avant de la coucher ». Je relève la tête, croise le regard interrogatif de la maîtresse, du genre « Mais qu'est-ce que vous avez fait pour la mettre dans un état pareil ??? »

Parce que, évidemment, c'est de ma faute : Une miniature de 4 ans ne peut pas, sciemment, faire monter sa mère au créneau en moins de deux minutes ! Ouais, c'est ça, à d'autres...

Heureusement, il y a mes collègues d'infortune, leurs regards compatissants, une main sur l'épaule me réconfortent. Allez, on se calme, je me suis promis qu'aujourd'hui, je ne m'énerverai pas, parce que, d'après les pédopsychiatres, les enfants sont HYPER sensibles aux humeurs maternelles - remarquez que je n'ai pas dit parentales - alors, si je reste zen, pas de doutes, elle va se calmer. CQFD.

Ravalant mon envie de lui faire part de ma pensée profonde, j'adopte la zen attitude, j'étire mes lèvres de chaque côté du visage en un sourire figé, lui enfile son manteau tout en lui décochant un regard au message sans appel : « Même pas mal ! »

 

            16h36.

- Ferme ton manteau, il fait froid.

- Nan, j'veux pas !

- Ferme ton manteau tout de suite !

Sous-entendu, c'est moi qui commande.

- Ahhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!

- Ok, ok ! Si tu tombes malade, je ne t'emmènerai pas chez le docteur !

Et toc, prends ça ! De toute façon, il n'y a que moi pour savoir que c'est faux.

- Si je suis malade, j'ira pas à l'école et je restera à la maison, me dit la petite rusée, triomphante.

 

          16h37.

Ah, voilà mon garçon ! Il court vers moi, si heureux de me retrouver après une longue journée de travail. En voilà un, au moins, qui saura mettre un peu de baume sur le petit cœur meurtri de sa maman adorée qui fond à la chaleur de son amour, car, toujours selon les pédopsychiatres, les rapports mère-fils, sont, dès la naissance....

- T'as PAS ramené le goûter !!!!!!

Zen.

- Non mon chéri, il fait froid, on goûtera à la maison. Et le bonjour et le bisou à maman ? je susurre, paupières légèrement fermées en tendant ma joue.

- Ahhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!

Stupeur ! Tsunami et ouragan déferlent sur moi en simultané.

La tempête fait toujours rage quand l'aînée débarque, tout sourire :

- Bonjour maman !

- Non, je n'ai PAS ramené le goûter !! Tais-toi, c'est comme ça ! Et puis, si t'es pas contente, t'as qu'à changer de mère !!!

- Mais j'ai rien dit, moi !

- Oui, bon, ça va, m'énerve pas !

Je la regarde, son visage s'est soudain fermé et moi, évidemment, je culpabilise à mort.

- Désolée, ma puce, mais ils sont à peine sortis de l'école qu'ils m'énervent déjà, désignant de la tête les deux choses hurlantes qui suscitent l'attention grandissante de l'assemblée.

Elle part seule, ruminant l'injustice d'être l'aînée.

 

        16h40.

Les choses se calment. Je suis très fière de moi. Grâce à mon autorité innée, ils ont tout de suite compris que je ne cèderai pas. D'accord, même si je le voulais, je ne pourrai pas faire apparaître leur goûter... mais j'ai quand même gagné, non ?

Je quitte l'école, sous les encouragements silencieux des autres mamans soulagées que, pour cette fois, ce ne soit pas tombé sur elles.

La grande fait la gueule, vexée. Le moyen me lance des regards assassins. Une petite main se glisse dans la mienne, je regarde sa propriétaire, inflexible.

- Mon sourire est revenu...

Grrrrr.... Ben moi, ma mauvaise humeur est installée, et pour un moment !

Par Sophie L. - Publié dans : Faites des gosses!
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 19:52

Il y a quelques temps, j'ai rendu visite à ma gynécologue. J'en suis ressortie avec un : « Tout va bien » accompagné d'une ordonnance pour une mammographie.

- Rien ne presse, m'a-t-elle dit, vous la ferez après les fêtes.

Oui mais voilà, ça fait six mois qu'elle jaunie dans mon sac et si j'attends encore, j'en serais quitte pour un retour à l'envoyeur pour cause d'ordonnance périmée...

Pourquoi repousser à l'année prochaine ce que je pourrai faire aujourd'hui ? Parce qu'il y a 10 ans, j'ai subi l'humiliation la plus cuisante de mon existence.

 

La belle jeune femme que j'étais alors, sûre d'elle, en pleine ascension professionnelle entra, tout sourire, dans le cabinet de radiographie pour accomplir ce qu'elle pensait être une formalité inhérente à son appartenance au sexe féminin.

Celle qui en ressortit avait l'allure d'une pauvre petite chose ayant perdu toute illusion sur l'intérêt, pour ne pas dire l'attrait, d'une des parties de son anatomie.

 

Il y a 10 ans, je pénétrai dans une pièce ne me doutant pas de la torture et de l'avilissement qui m'attendaient...

 

Torse nu, pointant fièrement mes deux mandarines en avant, je me retrouvais face à une machine digne de l'inquisition actionnée par un bourreau non moins sadique.

- Vous avancez, vous posez le sein gauche sur la table de l'appareil, aboya la tortionnaire.

J'approchais sans peur vers la chose métallique pour y déposer délicatement ma petite pomme tout en notant des arcs de cercles dessinés sur la table, allant du plus petit au plus grand.

« Tiens, à quoi ça sert ? » pensai-je.

La réponse arriva aussitôt, après un regard dédaigneux du cerbère sur ma poitrine :

- Il faudrait que vous l'aplatissiez jusqu'au premier trait, on n'a pas plus petit.

Conciliante, sans prêter attention à ses manières abruptes - c'est moi la patiente, quand même ! - j'entrepris de faire ce qu'on me demandait.

C'est là que tout a basculé...

Essayez de poser un sein aussi gros qu'une noix sur une table ! Vous ne voyez pas le malaise ? Non, toujours pas ? Demandez à une TRES bonne amie avec une poitrine TRES menue de vous faire la démonstration, de préférence sur le bar de la cuisine sinon la table de la salle à manger fera très bien l'affaire aussi. Vous n'avez pas d'amie à petits seins ? Franchement, ça m'étonnerait, mais admettons, faites alors l'expérience vous-même : Prenez une mandarine ou une petite pomme, - la noix c'était pour faire joli dans le texte - plaquez-la entre vos deux seins (comme si vous en aviez un troisième), maintenant, essayez d'aplatir le fruit sur la table tout en le maintenant contre vous... Pas facile ? Dans la réalité, c'est pire ! D'abord parce que cela relève d'une véritable prouesse acrobatique (mettre le buste en avant tout en maintenant le reste du corps en arrière), ensuite parce que, malgré vos efforts, vous n'arriverez jamais qu'à placer la pointe du téton et enfin, parce que c'est insultant de faire remarquer à une femme de façon aussi dégradante que la taille de ses seins est bien en dessous de la moyenne nationale !

Alors qu'elle les vivait parfaitement bien, qu'elle les faisait dorer fièrement au soleil, qu'elle n'hésitait pas à les laisser dorloter par son amoureux, qu'elle ne leur imposait pas les armatures des soutiens-gorges etc, etc..., voilà qu'elle réalise soudain que leur taille est un poids (sans mauvais jeu de mots) ! C'est un choc psychologique grave dont on ne se remet qu'après des années de thérapie ! Et, quand, en plus, vous tombez sur une matrone qui ne connaît pas le sens de solidarité féminine et qui ignore le calvaire, l'angoisse, la dépression dans lesquelles vous sombrez, voilà ce que cela donne :

 

- Vous mettez le sein, pas la tête ! m'invectiva-t-elle.

Furieuse, je me défendis :

- Et d'une, je ne suis pas idiote, je sais que ce n'est pas la tête que je dois mettre, et de deux, si vous croyiez que c'est facile d'aplatir un sein menu entre ces deux plaques !!

Et j'ajoutais, perfide :

- Evidemment, ça risque pas de vous arriver à vous... Je parie que ça doit même déborder...

D'accord, c'était un coup bas mais on se défend avec les armes qu'on a !

Quand je réussis enfin à poser un tout petit bout de sein, la garce actionna, sans prévenir, les deux plaques métalliques : La stupeur et la douleur provoquèrent un réflexe de recul qui augmenta d'autant mon supplice.

- Bougez pas !

Comment voulait-elle que je bouge, l'ignoble individu, emprisonnée comme je l'étais !

 

 

Profitant de ma faiblesse et de ma douleur, la vipère distilla son venin :

- Je ne sais pas si on va voir grand-chose à la radio... Ils sont vraiment minuscules. Remarquez, faut voir le bon côté, vous n'êtes pas obligée de porter un soutien-gorge !

Quand même, je n'ai jamais eu un cas comme le vôtre !

Faisant fi de ces remarques acides, je gardai le silence, imaginant ses mamelles à elle qui bientôt s'affaisseraient sur son ventre flétri... Oui, je sais, c'est horrible.

 

Grâce à mon psy, j'ai pu surmonter cette éprouvante expérience et je croyais en avoir fini avec ce traumatisme jusqu'au jour où ma fille, âgée d'à peine 6 ans, me dit, croyant sans doute que l'espoir fait vivre :

« Tu sais maman, un jour, toi et moi, on aura des tétés. »

Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 08:00

Ah, ah ! Je vous y prends petite coquine ! Vous croyez que je ne vous vois pas dans le métro, dans le train, au bureau, même aux toilettes, consulter en cachette votre horoscope du jour, de la semaine, du mois, de l'année ???

Assise à vos côtés, je vous entends soupirer de contentement, sourire timidement quand les astres vous sont cléments tout en vérifiant que personne ne vous regarde... Mais, quand d'aventure, ils se trompent (d'après vous !), vous vous renfrognez, convaincue soudain que vous n'y croyez pas, passant votre exaspération sur le premier venu.

 

Ne vous ai-je pas récemment surprise en grande conversation avec votre amie, lui jurant solennellement que vous ne lisiez JAMAIS cet amas de stupidités - vous avez utilisé un terme plus virulent, mais épargnons notre lecteur - tout en prenant plaisir à observer son visage se décomposer car elle ne décide rien sans l'avoir consulté.

Oh, que vous êtes vilaine de vous repaître de son apparente infériorité...

 

N'avez-vous pas allumé votre ordinateur très tôt ce matin, à l'insu de tous ; ne vous-êtes-vous pas connectée à un de ces nombreux sites dont je tairai le nom, à l'affût du moindre indice favorable sur ce grand projet que vous devez présenter aujourd'hui et qui, vous a-t-on dit, sera décisif pour votre avenir ? La main tremblante, le doigt hésitant, le cœur battant, vous avez appuyé sur la touche de vérité. Et puis, devant ces quelques lignes aussi floues qu'ininterprétables, vous vous êtes gentiment sermonnée, soulagée malgré tout qu'aucune catastrophe n'y soit annoncée.

 

En route vers une dure journée de labeur, je vous ai surprise à lire au-dessus de mon épaule cet horoscope pourtant honni. Amusée, je vous l'ai tendu afin de vous éviter ce torticolis douloureux qui vous gagnait et j'ai ri devant votre expression offusquée d'avoir été prise en flagrant délit de curiosité.

 

Oh, perfide créature ! Vous vous êtes moquée bien sournoisement de votre collaboratrice qui vous prédisait votre avenir tout en écoutant d'une oreille attentive l'annonce d'une rencontre imminente et mystérieuse ; vous y avez songé toute la journée, votre entourage s'étonnant de votre soudaine légèreté.

Fébrile, dans l'attente de cet évènement insolite, vous multipliiez minauderies et œillades frivoles cherchant vainement quelque signe avant-coureur de ce bouleversement attendu.

Que vous voilà déçue, le soir venu, d'avoir espéré en vain...

 

Maussade, vous rentrez chez vous, pestez contre cette vraie naïveté dans laquelle vous vous abîmez : « Faut-il être crédule, tout de même, pour accorder crédit à ces chimères !», pensez-vous en découvrant, stupéfaite, cette vieille connaissance depuis si longtemps oubliée qui vous attend dans le salon. Voilà que vacille votre esprit cartésien !

 

En allant vous coucher, vous gloussez doucement, heureuse finalement d'avoir rêvé, imaginé, divagué, espéré, et admettez, sans détours cette coïncidence amusante quoique dénuée de mystère.

 

Demain, comme tous les jours, vous réitérerez votre manège, luttant contre ce désir inavoué de connaître ce que vous réserve la journée à venir.

Demain, comme tous les jours, vous cèderez.

 

Bannissez votre honte, si les horoscopes existent et en si grande quantité qu'on ne peut les éviter, c'est bien parce qu'ils sont lus par des millions d'individus qui, comme vous, comme moi, y jettent un œil, « juste pour voir ». Alors, faites-vous plaisir, ne prenez que le meilleur car comme disait cet illustre anonyme : « Il n'y a pas de mal à se faire du bien ! ».

Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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