La vie bouillonnante d'une femme

Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 07:00

Quand on est célibataire, en couple, ou jeune mariée, en clair, sans enfants, il est fort recommandé de se lever le matin pour accomplir quelque tâche utile à la communauté moyennant rémunération. C’est vrai ça, on a déjà été un gouffre financier pour nos géniteurs entre 0 et 18 ans – dans le meilleur des cas, sinon louez « Tanguy » – qu’il est temps de retourner la politesse et d’aider son compagnon (si on en a un) à construire un avenir que chacun souhaite florissant, surtout les géniteurs en question !

Jusque-là tout va bien.

 

Alors, survient la grossesse. Autre joie, autre fierté : Non seulement on est une Chef de Produit prometteuse dans une grosse multinationale mais on se révèle aussi en tant que future mère, ce qui, de l’avis de tous, est bien « le plus beau métier du monde », (et aussi le plus vieux, n’en déplaise aux péripatéticiennes !)

Ah bon ? Parce que c’est un métier d’être mère ? Jamais vu de fiche de paie…

 

Ca commence à se gâter. Sur tous les fronts :

 

- Front patronal :
« Dites-moi, vous ne m’aviez pas promis d’attendre le prochain lancement avant d’être enceinte ? » ; « Je savais bien qu’il ne fallait pas vous embaucher… » ; « Vous comptez allaiter ? Non, parce que ça rajoute encore un mois d’absence. » ; « Combien vous allez en faire ? »

Aux Etats-Unis, on intente des procès pour de telles remarques, non pas que l’on soit procédurière mais avouons qu’il y a matière à réfléchir.

 

- Front amical :
« Profite des quelques mois qui te restent, après tu vas déguster entre la nounou – si t’en trouves une avant la fin de ton congé mater – les maladies et le patron » ; « Tu sais que les crèches ferment à 18 heures, comment tu vas faire avec ton boulot ? » ;

« Si t’en as un deuxième, tu peux t’accrocher pour passer Chef de Groupe…à moins de faire comme si t’en avais pas, de gosses j’veux dire ! »

Oui, on avait bien remarqué que Marion a l’air moins épanouie professionnellement depuis l’arrivée de Simon, qu’Hélène se sauve du bureau à 17h30 pétantes et que Fanny se liquéfie dès qu’il faut faire une nocturne. On se rassure en se disant qu’elles font preuve d’un manque d’organisation manifeste, ce qui ne saurait être notre cas !

 

- Front familial :
« J’espère que tu vas réduire tes horaires » ; « On ne fait pas des enfants pour les faire élever par une nounou » ; « Jusqu’à trois ans, la présence de la mère est essentielle » ; « Et qui lui fera faire ses devoirs ? Non ma chérie, tu n’as pas le temps, c’est maintenant qu’il faut y penser ! »

L’angoisse finit par frapper à la porte. Et si le petit être innocent qui commence à bouger dans notre ventre devient un enfant taciturne, un ado suicidaire, un adulte psychopathe, tout ça parce qu’on a continué à travailler ?

 

- Front marital :
« Hé, hé, c’est qu’on devient une vraie petite boule maintenant. Tu roules ? » ; « T’as commencé la recherche de nounou ? » ; « Va falloir que tu t’organises parce qu’avec mon nouveau taf, je vais pas mal voyager. » ; « Quoi ? On rentre déjà, il n’est même pas 1 heure ! » ; « Un p’tit câlin ? ».

 

Six semaines après l’accouchement, on reprend sa place à la boîte ; on a trouvé une super nounou (si, si, ça existe) ; perdu ses kilos même plus, réduit ses heures de sommeil (l’avenir appartient aux lève-tôt, à force de le dire, c’est que ça doit être vrai) ; appris à changer une couche en téléphonant ; retrouvé son sex-appeal dont on case l’accomplissement entre deux biberons, bref, on a tout de la business woman – femme épanouie – mère comblée sur laquelle personne ne misait un kopek.


On passera sous silence qu’on profite de la pause-pipi de 18 heures du boss pour s’éclipser à l’anglaise, qu’après avoir essayé de donner un biberon à 3 heures du mat complètement bourrée, on préfère rentrer se coucher à minuit voire rester à la maison, que les baby-sitters coûtent trop cher pour regarder dormir bébé et que le bébé en question dit papa au mari de la nounou…


Et puis, comme on est un peu maso, on triple la production gremlinesque, mais jamais, au grand jamais, on n’abandonnera son job: On se reposerait quand sinon?

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /2009 07:00

- C’est bientôt mon anniversaire, tu n’écrirais pas un billet sur moi ?

- Et pourquoi j’écrirai sur toi ? Mon ego est bien plus gros que le tien !

- Parce que tu écris tellement bien…

- Ah ben, vu sous cet angle, je veux bien !

 

Ma copine Fleur me connaît depuis plus de 20 ans, elle sait qu’un peu de flatterie n’est pas pour me déplaire aussi en use-t-elle pour obtenir quelques privilèges.

L’exercice n’est pas si aisé. Ecrire sur elle en 3 500 caractères max alors que sa vie mériterait une œuvre en 18 volumes est un challenge.

 


Des 4 copines originelles, Fleur est l’intruse.

Alors qu’on a toutes signé pour une vie rangée, entourée d’un mâle et de quelques gremlins, elle clame haut et fort son statut de célibataire, femme libérée entre toutes.

On n’ose pas trop l’avouer, mais on apprend des tas de choses à son contact. Cela se passe généralement au cours d’une soirée entre filles, on l’écoute parler, on écarquille les yeux, on fait des « oh ! » des « ah bon ???? », et des « tu peux m’expliquer, je n’ai pas tout compris… ». Elle sourit complaisamment, nous trouvant fôôôrmidables dans notre rôle de mamans banlieusardes en goguette.

 

Elle trouve aussi fôôôrmidable notre sens de la rigueur militaire, les deux pieds fermement enracinés en terre, alors qu’elle les a plutôt…en l’air ! Mais voilà, nous, à force, on ne la trouve pas fôôôrmidable du tout avec sa légèreté qui met à sac notre organisation si bien rodée.

Si on l’invite à déjeuner à midi tapantes (parce que les gremlins, ça n’attend pas, ça a tout le temps faim), elle débarque, nonchalante, deux heures plus tard, coupant court à nos protestations par un : « Ouh la la, c’était la course ce matin ! Mais je le fais pour toi, parce que tu es fôôôrmidable ! Et voilà les enfants ! Oh ! De plus en plus beaux ! Remarque, ça ne m’étonne pas, avec une mère aussi fôôôr…. » blablabla….

Elle trouve le rôti brûlé excellent, les gremlins geignards d’une intelligence hors norme et le mari ronchonnant follement amusant.

Et pfff, la voilà repartie aussi vite qu’elle est arrivée en retard !

 

Entre temps, elle nous a glissé qu’elle ne viendrait pas dîner la semaine prochaine avec Jérôme qu’elle a largué parce qu’il était amoureux d’elle (…), que Charles la relance, mais qu’elle se tâte parce qu’elle aimerait bien une relation sérieuse (et Jérôme alors ? C’était quoi ?), et qu’il y a un petit stagiaire au bureau dont elle ferait bien son quatre heures. C’est simple, depuis 20 ans, je n’ai jamais rien su de ses Jules en dehors des leurs prouesses charnelles !

 

Le pire, c’est quand elle nous invite chez elle.

On débarque à l’heure dite, on la trouve encore en pyjama (qu’elle a pris soin d’enfiler avant de nous ouvrir), pas paniquée pour un sou devant son frigo contenant 4 yaourts allégés et du fromage blanc 0%.

- On va commander des pizzas ! J’ai une super adresse ! s’exclame-t-elle au grand bonheur des gremlins qui la trouvent si « fôôôrmidable » qu’ils l’échangeraient bien contre leur 5 fruits et légumes de mère.

On patiente donc en feuilletant la pile de magazines féminins qu’elle collectionne depuis des années :

- Tu les as tous lus ?

- Tous !

- Et tu les trouves intéressants ?

- Oui, il y a plein d’articles super sur la lingerie, les toys, les…

- Ouais bon, ok, j’ai compris ! Fais attention à ce que tu dis, il y a des enfants ici, la coupons-nous en jetant un œil inquisiteur à l’homme qui, soudain, trouve quelque intérêt à la conversation.

 

Au loin, une dispute éclate. Trois affreux se ruent dans le salon, hurlant à la mort.

- C’est moi qui l’ai trouvé !

- Nan, c’est moi ! Mamaaaaan !!

Nous nous saisissons de l’objet de la discorde pour le refiler illico à sa propriétaire :

- C’est quoi ce truc ? Ca va pas de laisser traîner ce machin partout dans la maison ????

Toujours souriante, Fleur répond calmement :

- Ma chérie, il se trouvait dans ma chambre, rangé à sa place habituelle. Tes petits, aussi fôôôrmidables soient-ils, n’ont pas à y traîner.

- Dis Fleur, demande gremlins 3, c’est quoi ?

- C’est Monsieur Rabbit, mon canard, tu pourras y jouer quand tu seras plus grande.

 

Dieu est grand, il ne m’a pas faite cardiaque !!

 

- Maman, en anglais, rabbit, ça veut bien dire lapin ? questionne gremlins 1.

- Oui, fais-je, regrettant l’enseignement de cette langue dès le primaire.

- Elles sont où ses oreilles ?!

 

Dieu a pitié de moi: Il envoie un messager sonner à la porte auquel je m'empresse d'ouvrir.


- Bonjour, c’est Speed Rabbit Pizza !

 

4 451 caractères (espaces compris!), je savais bien que je n’y arriverai pas!

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 07:00

Il y a des jours, comme ça, où, dès le réveil, la mère sent que quelque chose ne tourne pas rond, voire radicalement carré.

A peine le pied gauche par terre, elle se sent envahie par une force incontrôlable qui, insidieusement, lui suggère de choisir le noir comme couleur du jour.

Le visage fermé, les sourcils froncés, la bouche pincée, autant de signaux annonciateurs d’un orage imminent auquel il ne manque plus que la goutte d’eau pour éclater.

 

Les lèvres de l’être aimé stoppent net à deux centimètres des siennes, lorsqu’il aperçoit dans son regard les éclairs qui ne manqueront pas de l’électrocuter s’il ose un mot de travers.

Elle le voit battant retraite précipitamment pour trouver refuge dans la salle de bain, non sans avoir glissé deux-trois conseils avisés aux gremlins dont le réveil aussi joyeux que bruyant fait bondir leur mère dans le couloir :

- Vous ne pouvez pas la mettre en veilleuse, non ?

 

Dans sa précipitation, son petit orteil gauche s’est heurté au pied du lit. Un chapelet d’injures se déverse de sa bouche alors qu’elle se dirige vers la cuisine en claudiquant.

- Maman, t’as dit des gros mots, c’est pas bien ! intervient le petit gremlins, fier de mettre en pratique l’éducation reçue.

- Va t’habiller ! rétorque-t-elle sèchement.

 

La famille s’attable autour du petit-déjeuner. Alors que gremlins 2 explique au père sa dernière expérience scientifique, pris par son enthousiasme, son bras fait voltiger le bol de lait qui atterrit sur le sol, tout en éclaboussant généreusement les meubles alentours.

Panique…

 

L’enfant supplie silencieusement son père de le sortir de là, ses sœurs plongent le nez dans leurs tartines en remerciant silencieusement le ciel d’être en dehors du coup, et l’esprit de l’homme turbine à plein régime pour dévier la trajectoire de la foudre qui s’apprête à fondre sur la maison.

- Tu sais quoi ? Va te doucher, on s’occupe de tout.

 

Elle disparaît, ils respirent…

 

Sous la douche, la mère confond les robinets, un jet glacé la scotche contre la paroi.
Cette fois-ci, elle injurie la terre entière en langues étrangères, impressionnée d’être à ce point polyglotte…


Elle sort avec précaution de l’habitacle, met ses yeux qui, l’espère-t-elle, lui feront voir la vie en couleurs, quand la lentille gauche glisse derrière l’orbite, échappant sournoisement à ses doigts enfoncés dans son œil, qui vire du noir, au larmoyant.

Elle songe un instant à aller se recoucher, mais ses devoirs de femme nourricière lui rappellent que le frigo réclame quelques victuailles à refroidir.

 

Le calme règne dans la maison.

Les gremlins et leur géniteur ont pris la tangente, pensant, non sans raison, qu’il leur serait plus agréable d’attendre par – 5°C devant les portes encore closes de l’école, plutôt que de griller sous l’ire de la mégère.

Elle peste contre leur lâcheté, cherchant, en vain, sur quelle victime innocente exercer son courroux.


A l’affût, l’esprit vengeur cherche sa proie. Enfin il la déniche, au détour d’un miroir.

- Tu n’es pas belle à voir, la mère ! lui renvoie son reflet.

Honteuse, elle se détourne vivement et appelle l’homme :

-         Pourquoi êtes-vous partis sans me dire au revoir ?

-         Non mais, tu te fous de moi ! T’as vu ta tronche ce matin ?

-         Oui…euh… Je n’ai pas très bien dormi cette nuit… Enfin, tu ne vas pas m’en vouloir pour si peu quand même, si ??

 

Il n’est rien d’égal à l’humeur noire de la mère que sa mauvaise foi…


 

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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 07:00

Je ne suis pas de nature jalouse…Encore moins de ses ex !

J’en suis même plutôt fière, car ça prouve : Primo, que j’ai fait un bon choix ; secundo, que j’ai réussi là où elles ont échoué.

 

Cependant, à défaut de cadavre dans le placard, j’en ai une dans le tiroir qui, alors qu’elle prend la poussière depuis plus de vingt ans, s’accroche au fantasme irréalisable de me rafler la mise…

 

Au début, j’avoue ne pas avoir été très charitable. Après tout, c’était la guerre, j’ai vaincu et je l’ai laissée, gisante sur le champ de bataille, raflant mon trophée sans un regard de pitié pour mon adversaire.

Bien sûr, la passion violente qui nous animait, son « ex » et moi était telle que nous pouvions difficilement la camoufler, mais, n’est-ce pas une excellente thérapie que d’affronter ses propres souffrances ? En conséquence, et cela en toute bonne foi, je n’hésitai pas à lui faire comprendre - subtilement - qu’il lui serait bénéfique d’accepter sa défaite et d’aller chasser ailleurs.

A force d’acharnement, je parvins à museler la bête, épouser son ex et asseoir ma position par la production rapprochée de quelques mouflets.

 

J’en avais presque oublié son existence quand, quelques années plus tard, je la croisai par hasard sur notre lieu de vacances. Et parfois, le hasard ne fait pas bien les choses…

 

Il se trouve que ce jour-là exceptionnellement, je m’étais laissée aller à un certain relâchement vestimentaire, mes cheveux collés de sueur n’affichaient pas leur brillance légendaire et un méchant coup de soleil sur le nez pouvait laisser croire que je m’adonnais à la boisson.

Le visage tacheté de bisous baveux chocolatés, la bouche joliment maquillée de crème chantilly, je tentai un repli subtil derrière un poteau, malheureusement pas assez large pour dissimuler les gremlins, moi-même et ma gaufre…

D’autant que cette vieille ex, apercevant son ex, se rua sur lui, toutes dents dehors :

- Oh ! Mais quelle surprise ! Comment vas-tu ?

Et que je te bizouille, et que je te passe la main dans le dos, il ne m’en fallut pas plus pour surgir de mon pylône, les enfants en avant, brandis telles des épées parées pour l’estocade finale !

- Tu te souviens de ma femme…, avança mon bien-aimé.

A peine un regard, pas un bonjour, elle me présenta son dos dans une superbe ignorance…

 

Je restai immobile, plantée au milieu des gremlins, sentant la chantilly dégouliner le long de mon menton, à mesure que mes traits s’affaissaient. La bouche sèche, la langue collée au palais, je me trouvai dans l’incapacité de prononcer une parole. Quelle décadence !

Envolée, la répartie acerbe ; oublié, le regard moqueur ; disparue, la fière allure… J’étais sonnée…

 

Lorsque je repris mes esprits, le monde continuait à tourner, indifférent à ma cuisante humiliation. Enfin, presque…

- Qu’est-ce qui t’arrive ? T’étais pas très causante… parvint à articuler le père de mes enfants, grignotant ma gaufre.

Je tournai les talons, lançant la seule réponse qui s’imposait :

- Pffff….

 

Depuis, je rumine.

Depuis, j’écris tous les scénarios de la troisième manche.

Depuis, je ne mange plus de chantilly.

Depuis, je rêve de ce moment où, l’arbitre annoncera : « Jeu, set et match ! »

 

Je ne suis pas de nature jalouse…

Encore moins rancunière…



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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 07:00

La paupière se lève lourdement sur un œil glauque. La bouche sèche, à l’haleine fétide, cherche avidement la fraîcheur matinale mais ne rencontre que la lourdeur des vapeurs nocturnes.

Les membres gourds tentent quelque mouvement.

Au loin, des cris perçants déchirent les tympans, signe que la journée a bel et bien commencé.

 

Il faut se lever.

 

Les pieds traînant sur le plancher, elle pénètre difficilement dans le monde des vivants.

- ‘jour, marmonne-t-elle aux ombres mouvantes devant elle.

- Un petit café, peut-être ? entend-elle de l’oreille droite.

- T’as vu ? Elle est coiffée en pétard…, surprend-elle de l’oreille gauche.

 

Elle le sait, ce jour sera le plus long de son existence.

 

Elle boit à petits gorgées le café brûlant, malgré les saltos avant et arrière de son estomac. On lui parle, elle ne répond pas.

- Maman n’est pas bien réveillée ce matin, explique doucement le père.

- Pourquoi, elle a mal dormi ?

- Elle est malade ?

- Dis maman, t’as la grippe A ? Tu vas mouriiiiiir ???

 

Elle sourit piteusement. Ce petit est observateur. Elle aimerait bien le lui dire, mais elle a peur que d’autres choses que des mots ne s’échappent de sa bouche.

 

- Non, elle n’a pas la grippe A ! Elle a….elle a…. mal à la tête, précise le seul adulte valide de la maisonnée.

- Alors, il faut lui donner un médicament !

- Quelle bonne idée ! Justement, regarde ce que je lui ai préparé !

 

Deux aspirines font une miraculeuse apparition, qu’elle avale sans se poser de questions.

On lui prend doucement la main, serait-ce pour la ramener dans son lit afin qu’elle y agonise jusqu’au lendemain matin ?
Hélas, mille fois hélas, on lui rappelle qu’ils sont invités à déjeuner et qu’elle a promis de faire le dessert au chocolat…

Les œufs crus, l’odeur du beurre fondu ont raison de sa résistance. Elle se rue aux toilettes, faisant valdinguer, dans sa précipitation, la chair de sa chair contre le mur. Bien lui en a pris, les cris de douleur masquent les sonorités peu glorieuses que son corps lui imposent.

 

- Ah ben ça va mieux ! lance-t-elle en s’étonnant de voir une bosse sur le crâne de son enfant, comment t’es tombée toi ?

 

Cependant, le bonheur est de courte durée. Dans la voiture, elle prend pleinement conscience de ce que signifie « avoir le cœur au bord des lèvres »…

Concentrée pour rester digne, elle ne remarque pas les coups d’œil moqueurs du chauffeur.

 

Arrivée à destination, elle s’affale dans un fauteuil. Non, merci, pas de champagne, un coca avec beaucoup de bulles fera l’affaire.

Devant le bœuf bourguignon, elle plaque la main devant sa bouche, elle roule des yeux affolés : « Pas ça, pitié, pas ça ! Maman, au secours ! ».

- Ca ne va pas ? s’enquiert l’hôtesse, tu ne te sens pas bien ?

« Pétard, c’était moins une ! » se dit-elle, soulagée.

 

Traînassant son état comateux, elle maudit la terre entière et en particulier ses faux-amis qui, la veille, lui ont servi un cocktail tellement délicieux (et alcoolisé !) qu’elle ne s’est pas méfiée. Pourtant, elle se souvient de la petite sonnette d’alarme qui l’avait alertée quand, malgré le port de ses nouvelles lentilles, elle avait vu Marion devenir floue et déclaré à cet imbécile de Stéphane qu’elle le trouvait vraiment passionnant. La honte s’abat sur elle quand elle réalise qu’elle a poussé la chansonnette debout sur une des chaises du salon.

Elle se tourne vers son mari dont l’ironie affichée ne lui est d’aucun soutien.

 

Une petite phrase martèle ses tempes douloureuses:

« Tu as bien chanté ? Et bien maintenant, danse, ivrogne ! »


Nota Bene:
Je dédie ce billet à mes amis dits "de l'impasse", lesquels, vu leur goût prononcé pour tout ce qui est alcoolisé, ont certainement vécu un fameux Dimanche....

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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