Délires d'écriture

Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 07:00

L’aînée se tenait là, à l’embrasure de la porte, observant l’inspecteur d’un air bravache qui, malgré ce rebondissement indésirable, se tenait imperturbable devant elle.

  • -         Pas la peine de couvrir les coupables. Elles ont été démasquées, l’affaire est close.
  • -         L’affaire est close mon œil ! ricana l’adolescente. Je vous dis que dealer des chouchous ne vaut plus un clou ! Ils ne vous l’ont pas encore appris dans la police ?
  • -         Dis-donc, t’aurais pas envie de m’expliquer mon métier des fois ?
  • -         Ca c’est sûr que ça vous f’rait pas d’mal !
  • -         Enfin ma poupette, intervint sa mère, on ne parle pas comme ça à un inspecteur ! Il sait ce qu’il fait tu sais !
  • -         Mais maman, il ne sait rien du tout ! Je te dis que le coupable, moi, je le connais ! Même que tes chouchous, tu peux leur dire adieu parce qu’ils sont irrécupérables à force de tremper dans le jacuzzi…
  • -         Le jacuzzi ?! glapit Mme Mèredefilles, mais de quel jacuzzi parles-tu ??
  • -         Celui de Damien , le voisin. Même que l’autre jour, il était vachement en rogne parce que ça avait bouché le filtre de son jacuzzi.
  • -         Mais comment tu sais ça toi ? Et puis d’abord, que font mes…TES chouchous dans le jauzzi du voisin ?????
  • -         Ca, j’en sais rien ! Pt’ être que c’est un fétichiste des chouchous…
  • -         Vous entendez ça inspecteur ? paniqua Mme Mèredefilles, il faut l’arrêter sur le champ ! Ah mon Dieu, on pense connaître ses voisins et paf !!! Qui aurait pu le croire ! Un homme si correct, si instruit… A chaque retour de voyage dans ses îles, il me ramène toujours un petit quelque chose… Je me suis même demandée s’il ne me faisait pas un brin de cour, vous voyez…

 

L’inspecteur Peignefin voyait surtout qu’il lui faudrait reprendre son enquête du début et qu’il arriverait probablement en retard pour regarder le match France – Mexique.

 

Sans perdre une minute, il se dirigea vers le domicile du Damien en question.

Le fait est qu’il ne croyait pas un seul instant aux sornettes de l’affabulatrice. Pour lui, les maîtresses étaient les coupables désignées, mais agissant en homme consciencieux, il se devait de vérifier toutes les pistes.

  • -         Bonjour. Inspecteur Peignefin. Vous êtes Mr Damien ?
  • -         Euh… Oui.
  • -         Vous avez des chouchous dans votre jacuzzi ?
  • -         Mais… C'est-à-dire que…
  • -         Vous en avez ou pas ?
  • -         Oui, c’est vrai.
  • -         Et d’où proviennent-ils ?
  • -         Ca, je me le demande ! J’en retrouve quelques-uns qui flottent à chaque fois que je reviens de voyage.
  • -         Vous les avez gardés ?
  • -         Oui, j’en ai une pleine boîte.

 

Muni des pièces à conviction, Peignefin réunit tous les protagonistes dans le salon de Mme Mèredefilles, prêt à confondre le (ou la) coupable.

  • -         Vous reconnaissez ces chouchous ? demanda-t-il à Mèredefilles.
  • -         Ce sont les nôtres, sans aucun doute ! s’indigna-t-elle.

Puis faisant face à son voisin :

  • -         Comment avez-vous osé ? Moi qui vous prenais pour un homme du monde !
  • -         Mais Madame, il me semble bien vous en avoir parlé de ces chouchous ! Je vous les ai même montrés ! En aucun cas vous ne les avez reconnus !
  • -         Mais…Mais…, s’empourpra la pauvre femme prise en faute.
  • -         De toute façon, maman, elle dit qu’au lieu d’inviter n’importe qui dans votre jacuzzi, vous pourriez l’inviter, elle ! ajouta la cadette d’une petite voix innocente.

 

Tous les regards se portèrent aussitôt sur Mme Mèredefilles qui, à bout de nerfs et de neurones, s’écroula :

  • -         J’avoue ! J’avoue ! C’est moi ! Je ne voulais pas inspecteur, je vous le jure ! Mais à force de ramasser des chouchous qui traînent dans tous les coins de la maison alors que mon voisin, lui, a une vie aussi passionnante, j’ai été prise de…de… jalousie ! J’ai voulu lui faire payer… Je ne sais pas… Je ne sais plus…
  • -         Vous vouliez qu’il vous emmène dans ses « Iles Lointaines  », continua doucement Peignefin. Vous auriez peut-être dû lui demander plutôt que de lui boucher son jacuzzi, vous ne croyez pas ?

 

Mme Mèredefilles jeta un regard rempli d’espoir à Damien qui, tout en lui rendant son sourire, songea qu’il lui faudrait déménager sans tarder…

Rendez-vous sur Hellocoton !

Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : foll-ouf
Un Sophilo? - Lire les 24 Sophilos
Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 07:00

point d interrogation

 

 

Il resta seul avec la suspecte et attaqua sans préambule :

  • -         Nom, prénom, adresse, âge, profession !
  • -         T’as des enfants ? lui répondit la gamine, mains sur les hanches.
  • -         Euh…non, bafouilla Peignefin interloqué par l’aplomb de la-présumée- innocente-en-attente-d’être-déclarée-coupable.

Ici, l’auteur se permettra un aparté afin d’apporter au lecteur quelques informations utiles concernant son personnage principal :

Peignefin n’a pas d’enfants. Oh, ce n’est pas que la chose ne l’eusse point effleurée une ou deux fois, non, mais l’idée même de se reproduire en risquant d’engendrer un être qui ne soit pas en tous points conforme à son idéal – à savoir lui en miniature – a résolument inhibé ses ardeurs. Enfin, la fréquentation assidue de ces petits animaux lui fait apprécier d’autant plus le calme douillet de sa garçonnière.

  • -         Bien, reprit-il, ton nom je te prie !
  • -         Je te dis le mien si tu me dis le tien !

L’inspecteur soupçonna qu’il avait affaire à une coriace.

En homme expérimenté qu’il était, il décida d’entrer dans son jeu pour endormir sa méfiance :

  • -         Peignefin, je m’appelle Peignefin.
  • -         Ce n’est pas un nom ça ! lui asséna-t-elle en suçotant une mèche de cheveux blonds.

Il vit alors dans ce geste un excellent moyen de revenir à ses chouchous :

  • -         Ce serait plus hygiénique si tu t’attachais les cheveux. Les filles, ça adore se faire plein de coiffures compliquées, non ?
  • -         Moi, je préfère les cheveux lâchés.

Décidemment, cette petite lui donnait du fil à retordre, mais, son flair lui disait qu’il était à un cheveu de la faire tomber et surtout qu’elle commençait furieusement à lui prendre la tête !

  • -         Bon, fini de rigoler ! Je SAIS de source sûre que tu es parmi les dernières à avoir utilisé les chouchous ! Comment étaient-ils ? Usés, effilochés, dégarnis, décatis, distendus ou bien pimpants, élastiques, éclatants ?
  • -         Moi, j’utilise pas de chouchous ! Ceux que Maman achète, ils glissent tout le temps et je les perds toujours dans la cour de récré !
  • -         Ah ah ! Je te tiens ! C’est donc toi la coupable, graine de délinquante ! Je le savais ! Je le savais !

Mme Mèredefilles, attirée par les rugissements victorieux de l’inspecteur, surgit dans la pièce :

  • -         Mais enfin, que se passe-t-il donc ?
  • -         Il se passe, Madame, que votre fille vient d’avouer ! Parfaitement ! Les chouchous n’ont pas été kidnappés, ça non, ils ont été sciemment perdus, exactement comme le Petit Poucet et ses frères !!! Sauf qu’ils n’ont pas eu la chance de semer des petits cailloux pour rentrer au bercail, eux ! Pauvres, pauvres, pauvres chouchous !

Mme Mèredefilles, à peine plus ébranlée que sa cadette, haussa les épaules :

  • -         Mais je sais ! Ceux-là, je les récupère tous les mois ! L’institutrice a la gentillesse de les conserver dans une grande boîte à chaussures !
  • -         Que ne le disiez-vous pas tout de suite ! La maîtresse ! Mais c’est bien sûr ! Elle les vend au marché noir pour s’acheter des serre-têtes ! Classique !
  • -         Mais puisque je vous dis qu’elle nous les rend !
  • -         Parce que vous savez vous, combien de chouchous vous avez perdu par mois ??
  • -         Euh… Non, c’est vrai, pas exactement… Mais vous croyez vraiment que…
  • -         J’en suis sûr ! Pas plus tard que l’autre jour, j’en ai épinglé une pour une sombre histoire de barrettes ! Je vais même vous dire : On serait face à un gang que ça ne m’étonnerait pas…

 

Mme Mèredefilles était effondrée. Se pouvait-il que la charmante Lily soit une criminelle ? Et sa collègue Béatrice, si gentille et si douce avec les enfants, le cerveau d’un gang sans scrupules ? Les neurones de la pauvre femme entrèrent en collision, provoquant des courts-circuits aux dégâts probablement irrécupérables…

 

Peignefin, quant à lui, satisfait d’avoir résolu une enquête de plus, s’apprêtait à contacter ses collègues du haut banditisme lorsqu’il entendit une voix murmurer dans son dos :

  • -         Ca fait longtemps que les maîtresses ne dealent plus de chouchous. Avec la concurrence chinoise, ça ne rapporte plus un sou. Le coupable, moi, je le connais…

 

Cette affaire devient de plus en plus compliquée. Peignefin et l’auteur se demandent comment ils vont s’en tirer…


Rendez-vous sur Hellocoton !

Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Un Sophilo? - Lire les 27 Sophilos
Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 07:00

chouchou En ce jour ensoleillé, l’inspecteur Peignefin se rendait d’un pas alerte au domicile de Madame Mèredefilles. La veille, elle lui avait laissé un message on ne peut plus inquiétant, ce qui avait aussitôt piqué sa curiosité:

  • -         Monsieur l’inspecteur, ici Mme Mèredefilles. C’est Mme Mèredegarçons qui m’envoie. Elle ne jure que par vous depuis que vous avez résolu son affaire des pantalons troués. S’il vous plaît, aidez-moi, les chouchous ont disparu !

Avant de sonner à la porte, Peignefin fit le tour de la maison afin de trouver d’éventuels indices, cependant, il fit chouchou-blanc. A ce stade, rien ne lui permettait encore de parler de kidnapping de chouchous mais son flair lui disait que tout cela sentait le roussi…

 

Mme Mèredefilles vint lui ouvrir, suivie de ses deux enfants et, à voir leurs crânes échevelés, il ne douta pas que l’heure était grave !

La maîtresse de maison l’invita à s’asseoir, lui offrit un café, s’excusant par avance des cheveux qu’il pourrait y trouver, mais, lui expliqua-t-elle, au vu des circonstances, ceux-ci traînaient un peu partout, et ce, jusque dans la soupe. Elle lui avoua qu’elle avait beau se les couper en quatre, elle ne parvenait pas à les discipliner.

 

L’inspecteur, qui avait un léger cheveu sur la langue, débuta derechef son investigation :

  • -         Quand avez-vous remarqué la disparition des chouchous?

 

Madame Mèredefilles se gratta longuement la tête, puis se tourna vers sa fille aînée :

  • -         Voyons ma chérie, depuis combien de temps as-tu des nœuds au cerveau, euh, aux cheveux ?
  • -         Ben, j’dirais depuis que je n’arrive plus à les démêler…
  • -         Hmmm, fit l’inspecteur, intéressant… Pourriez-vous me montrer l’endroit où vous les avez vus pour la dernière fois ?

 

La brave femme mena l’inspecteur à la salle de bain et, dans un sanglot bouleversant, pointa du doigt une boîte en plastique bleue. Elle était vide !

  • -         C’est là ! hoqueta-t-elle, voyez-vous, ils étaient tous là, des roses, des jaunes, des verts, des petits, des gros. Il y en avait même des multicolores ! Ils se sont mis à disparaître les uns après les autres et puis, un jour, la boîte s’est vidée, comme ça, sans qu’on s’en aperçoive ! Ah ! C’est un grand malheur, oui, c’est un grand malheur !

La femme, de désespoir, se laissa choir sur le sol et, devant l’indifférence générale , commença à s’arracher des poignées entières de cheveux…

 

Peignefin était perplexe ! Dieu sait qu’il en avait résolu des énigmes dans sa carrière : Celle des pantalons troués de Madame Mèredegarçons, celle des chaussettes égarées, des cuillères à café évaporées, des gants esseulés et même des tablettes de chocolat mystérieusement englouties ! Mais là, il avait l’intuition qu’il s’attaquait à un gros morceau, il fallait donc la jouer serré…

  • -         Avec votre permission, j’aimerais interroger vos filles…
  • -         Mais… pourquoi ? s’insurgea la presque pelée, qu’ont-elles à voir avec cette affaire ?
  • -         Elles étaient très liées avec les disparus n’est-il pas ?
  • -         Oui… Mais ils s’entendaient très bien, je peux vous l’assurer ! Toujours pendus à leurs cheveux !!! Vous ne les soupçonnez tout de même pas !
  • -         Sachez petite Madame, que dans une grande majorité de disparitions, le coupable se trouve souvent dans l’entourage proche des victimes.

 

A ces mots, Peignefin lança un regard lourd de sens aux deux jeunes filles qui se cachèrent aussitôt le visage derrière leurs tignasses  hirsutes.

« Hummm, hummm, pensa le fin limier, regard en coin, expression butée, ces deux-là seraient de mèche que cela ne m’étonnerait pas ! »

 

Il décida de commencer son interrogatoire par la plus jeune, persuadé que celle-ci se laisserait plus aisément impressionner par sa naturelle autorité.

Peignefin était alors très loin de se douter qu’il commettait là une terrible erreur…

 

Ne manquez surtout pas le prochain épisode de « La mystérieuse disparition des chouchous » dès que l'auteur aura l'ébauche d'un semblant d'idée!

Rendez-vous sur Hellocoton !

Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : foll-ouf
Un Sophilo? - Lire les 40 Sophilos
Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 07:00

     Quand je te regarde, je me dis que tu dois te trouver admirable d’être ainsi indispensable. Comment as-tu fait pour, en quelques années, devenir incontournable jusqu’à en être insupportable ?

Jalousement gardé par une élite détestable, ton goût de l’équitable te fit quitter ton stable tabernacle pour approcher la populace incontrôlable devant ta louable grandeur d’âme.

 

     Ton geste était-il raisonnable ?

 

     Multipliable à souhait, tu répandis ton inlassable pouvoir, imperturbable, pour que la vie sans toi nous soit insurmontable. Quand on y songe, quel succès remarquable!

 

     Inséparable compagnon, interchangeable à volonté, aisément manipulable, aujourd’hui recyclable mais pas encore biodégradable, il nous est désormais impensable de sortir sans te glisser dans notre cartable. C’est à se demander comment nos vénérables aïeux furent capables de surmonter pareille épreuve, pour cela, ils en sont sans aucun doute canonisables !

 

     Vulnérables devant ta toute puissance, nous en acceptâmes le prix parfois intimidable souvent non monnayable mais dont l’acquisition en était si enviable que nous en devînmes méconnaissables.

Pourtant, à peine en poche, te voilà révocable au bénéfice d’un de tes enfants plus appréciable encore, aux qualités inégalables et aux vertus impressionnables.

 

     Comme beaucoup, réputé incassable à tes débuts, ton ascension dans le monde des consommables te rendit plus friable mais non remboursable, provoquant d’interminables plaintes des usagers imbuvables.

 

     Au fil des années, tu t’agrémentas de fonctions à peine croyables, exploitables par tous, au point d’en oublier ta seule raison valable.

Utilisable partout, ton signalement reconnaissable contribuât à en rendre quelques uns irritables, ta présence devint hautement indésirable au risque de te déclarer carrément impraticable voire congédiable de certains lieux.

     Tu eus du mal à trouver la nouvelle digérable et malgré ces nouvelles règles controversables, il te fallut plier pour éviter de te retrouver sur un siège éjectable !

 

     Te munissant d’un langage indéchiffrable, tu partis à la conquête des ados malléables, les alléchant par des offres abordables non refusables. Pianotant de manière infatigable, volant des images réprimandables, ils t’adoptèrent de façon irrévocable refusant de te délaisser un seul instant, ne serait-ce que pour aller à table !

 

     Sociable et affable, tu as su te rendre indispensable.

     De nos oreilles, indécollable, ô redoutable portable !

Rendez-vous sur Hellocoton !

Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Un Sophilo? - Lire les 17 Sophilos
Jeudi 6 mai 2010 4 06 /05 /Mai /2010 07:00

paresse.jpegUne des choses que l’on apprend très jeune, c’est que l’oisiveté est une activité politiquement incorrecte. Or, si on y réfléchit un peu, si l’oisiveté est une activité, cela ne peut être nocif puisque l’activité est bonne pour la santé !

 

Le paresseux n’est sans doute pas apprécié à sa juste mesure car il lui faut fournir des efforts considérables pour maintenir son état de fainéantise au maximum de ses capacités. 

Dès sa petite enfance, cet indolent est contrarié dans sa vraie nature tel le gaucher que l’on oblige à écrire de la main droite.

 

Bébé, alors que tranquillement allongé sur le dos, plongé dans la contemplation stérile du plafond décrépi, des bras par trop dynamiques l’agrippent le forçant par là à maintenir sa tête aussi droite que possible. Epuisé par cette épreuve, il s’en endort sur son biberon, aussitôt dérangé par la tétine qu’on lui enfonce dans le gosier l’incitant à renouveler cet effort de succion qui l’achève.

Plus âgé, voilà qu’on le pousse sans relâche à se tenir vertical sur ses pieds bien qu’auparavant on le laissait joyeusement jouer avec !

Il commence à se douter que le monde ne tourne pas dans le même sens que le sien, qu’il est un être à part, contraint de se plier à des activités contre nature.

Et cela va de mal en pis !

 

Individu à la parole économe, ne s’exprimant que lorsque c’est absolument nécessaire : « Manger, boire, pipi, caca », le voici abandonné dans un lieu empli de petits personnages survoltés sous la houlette d’une non moins excitée prenant un malin plaisir à le sortir de son inertie pour ânonner des lettres et des consignes dont il n’a cure, d’autant que jusqu’à présent on avait l’obligeance de lui lire des histoires ou de lui chanter des chansons dont le ronronnement l’emplissait d’une douce torpeur réparatrice.

 

Devant son manque d’ardeur manifeste, ses géniteurs redoutent d’avoir engendré un crétin en lieu et place du nouvel Einstein tant espéré. L’avis d’un psychiatre s’avérant crucial, le petit est sommé de dessiner moult carrés et ronds devant l’œil exercé du professionnel.

Lorsque la sentence tombe, les parents anxieux aux ongles rongés jusqu’à l’os, s’enfoncent les moignons dans la bouche devant l’impensable :

- Votre enfant souffre du syndrome de la flemmardise aigüe. Je crains que cela ne soit incurable…

 

L’intéressé ne comprend pas pourquoi son père lui envoie une taloche tout en traitant le spécialiste d’incapable. Sa mère, effondrée, redouble de sanglots lorsque son époux lui assène :

- Tout ça, c’est la faute de TA famille !

 

Commence pour le cossard une longue traversée solitaire semée de « Travaille ! » « Fais un effort ! » « clampin ! » « jean-foutre ! ».

Loin d’être chauve des neurones, ce paresseux en passe de devenir professionnel fournit le minimum syndical – ce qui lui en coûte suffisamment – pour donner l’illusion de lutter contre ce penchant immoral tout en lui laissant cependant le loisir d’admirer ce poil qui lui pousse inéluctablement dans la main.

 

A l’âge adulte, remercié pour les loyaux services qu’il n’a pas rendu, il est vertement prié d’aller cultiver son indolence dans d’autres prés. Cherchant mollement comment travailler moins pour gagner plus, il accumule les expériences de pseudo actif qui le laissent harassé en fin de journée.

 

Un jour, il a l’idée exténuante de réunir tous ses acolytes victimes d’intolérance dans une association à but lucratif.

Ensemble, à l’abri des regards indiscrets, c’est avec délectation qu’ils se perdent pour toujours dans la contemplation dense des bulles…

 

Un gourou est né…

Rendez-vous sur Hellocoton !

Par Sophie L. - Publié dans : Délires d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Un Sophilo? - Lire les 21 Sophilos

Faites passer!

Billets récents

  • Je suis venue vous dire
          Je suis venue vous dire que je m'en vais. C'est la moindre des politesses, vous qui avez suivi ce blog. Qui l'avez...
  • A la recherche du temps perdu
        Aujourd’hui, je me suis éveillée en sursaut.   Une évidence : J’ai perdu toutes ces années qui sont passées...
  • Trouve ton style avec Evelyne!
    C’est en lisant l’appel désespéré de ma blogo-copine Sabine que l’idée de ce billet m’est brillamment venue.   Eh oui, quoi de plus démoralisant pour une femme du...
  • Elle n'avait pas encore 20 ans
    « On n’a pas tous les jours vingt ans, ça n’arrive qu’une fois seulement… »   Quand elle était enfant, Lola se trompait souvent dans les paroles de la...
  • Jusqu'au bout des ongles
    On associe fréquemment l’image de la sensualité féminine à celle de la panthère qui, avançant de son pas gracieux et silencieux vers sa proie, s’apprête à lui bondir dessus pour la lacérer...
  • La Blogueuse au Blog Dormant
        Blog Oh hé, y’a quelqu’un dans la cazba ???   …   Blog Allô ???...
Liste complète

Derniers Commentaires

Quelques Archives

Syndication

  • Flux RSS des articles

Droits d'Auteur

Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».

L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés