Atelier d'Ecriture

Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 07:00

Des bruits étouffés.

Des pas précipités.

Une porte qui claque.

 

Il ouvre les yeux. Silence.

 

Rien ne se passe. C’est encore la nuit puisqu’il ne voit rien.

Quelle heure est-il ?

Il résiste à l’envie de regarder sa montre. S’il le fait et qu’il n’est pas l’heure, ça va l’énerver, il ne pourra pas se rendormir.

Oui mais, si c’est l’heure, il pourrait se lever, non ?

Il n’entend rien.

Il décide que ce n’est pas l’heure.

 

Les yeux ouverts, il essaye de se souvenir. A quoi rêvait-il ?

C’est son image qui apparaît aussitôt.

Il est en colère. Non, pas elle, toujours elle.

Il sent son parfum, la chaleur de son sein contre lequel il ne s’est pas blotti depuis longtemps.

- Tu vois bien que ce n’est pas possible ! lui a-t-elle dit hier soir.

Elle a ri. Pourtant, cela ne l’a pas amusé, lui.

 

Il trouve qu’elle est lente. Pour tout.

Pour se lever. Pour marcher. Pour entrer dans la voiture et pour en sortir aussi.

Elle souffle, elle respire fort, elle lui dit :

- Mais attends-moi, voyons ! As-tu besoin de courir ainsi ?

Il ne court pas, c’est elle qui est lente.

Il voudrait lui dire mais, à chaque fois, il se retient. Il ne veut pas lui faire de peine.

 

Son cœur bat plus vite. Il touche ses joues, elles sont chaudes.

Voilà, à cause d’elle, il ne peut plus dormir !

Aussitôt, des larmes jaillissent.

« Pardon, je ne voulais pas… », pense-t-il très fort.

 

Il bouge dans son lit, repoussant les couvertures du pied.

C’est malin, voilà qu’il a froid. Il tremble.

Et s’il tombait malade ? Ca l’obligerait à s’occuper de lui !

Il retire son pyjama, s’allonge et reste immobile.

A tâtons, il cherche le bouton du radiateur qu’il éteint.

Déjà, il éternue, c’est bon signe ! Une petite goutte pointe au bout de son nez, le rhume est en chemin.

Il grelotte. C’est qu’il fait froid tout de même ! Demain, c’est sûr, il aura de la fièvre. Elle sera obligée de rester avec lui. Il s’allongera sur le canapé, elle lui caressera le front. Mais elle ne pourra pas s’étendre à ses côtés, parce qu’elle est trop grosse.

Elle est lente et grosse.


Ca la fait rire, elle, d’être grosse, pourtant, lui, cela ne l’amuse pas !

Suite et fin Jeudi 24 Décembre...

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 07:00

Je déteste le rose.


Sans doute, en d’autres temps, l’eussé-je aimé, mais, comment vous dire, entre le rose et moi, c’est devenu physique, on ne se supporte plus !

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Entre nous, tout avait si bien commencé…

 


Voyez-vous, je suis née dans le rose, d’ailleurs, à ma naissance, ma mère a tout de suite donné le ton : « Voyez ce teint de rose ! ».

Dire que cette phrase, banale en soi, a façonné le reste de mon existence ! Ce furent les premiers mots de ma mère à mon sujet et, dès lors, elle ne put s’adresser à moi sans utiliser ce terme à tout propos : « Mon bouton de rose » par ci, « ma rose de vents » par là.

Cela vous fait sourire, je le vois bien, mais vous ne pouvez imaginer mon calvaire, lorsqu’à 15 ans passés, elle essayait encore de me persuader que les filles naissaient dans les roses !

 

Pourtant, au début de ma vie, nous nous entendions bien, le rose et moi : toujours présent mais pas trop encombrant. J’appréciais ses teintes, allant du rose pâle au rose criard en passant par le rose bonbon. J’aimais à le porter dans mes cheveux, en parer mes poupées ou encore en déposer sur mes lèvres, en cachette.

Puis, peu à peu, de façon sournoise, le rose s’imposa, chassant toutes les autres couleurs de mon entourage. De la chambre de ma mère, il envahit la mienne, puis le salon et enfin toutes les pièces de la maison.

Edith Piaf passait en boucle sur le vieux tourne-disque de maman. Dois-je vraiment vous préciser le titre de la chanson ?

 

Rose, rose, rose ! Toujours du rose !

 

Lorsque je me risquais dehors, toute de rose vêtue, seuls ses éclats retenaient mon attention.

J’étais invariablement attirée, hypnotisée, envoûtée, maraboutée !

Quel cauchemar ! Quand j’y repense, je me demande encore comment je fis pour m’en délivrer…

Ma mère m'y aida beaucoup.
En mourant, la pauvre…
Elle succomba à une indigestion de barbe à papa, friandise rose dont elle raffolait. Ne dit-on pas que la gourmandise est un vilain défaut?


Je fus remise à un organisme d’aide à l’enfance, qui, vue l’étendue des dégâts, se hâta de m’enfermer dans un établissement spécialisé. Spécialisé en quoi ? Ca, je ne saurai vous le dire !

Quoiqu’il en soit, je m’y suis tout de suite sentie à mon aise, pour la simple raison qu’il marque ma rupture avec le rose. On m’en a aussitôt dépouillée pour me passer cet adorable vêtement blanc, un peu rugueux, aux manches longues qu’on peut attacher dans le dos, vous voyez ?

Oh non ! Aujourd’hui, j’ai mis celui à manches courtes, en votre honneur…

 

Où en sommes-nous, aujourd’hui, de nos relations, le rose et moi ? On s’ignore, je ne le vois plus.

 

Mais, j’aime beaucoup le vert, pas vous ?

Note de l'auteure:
L'abus du rose peut être nocif pour la santé...

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 07:00

Ce devait être le plus beau jour de leur vie.

Ils avaient tout préparé, tout organisé.

Orgueil et fierté mêlés.

 

Offrir leur bonheur, donner une fête unique, où chaque instant serait une surprise.

 

Cette journée supposée féerique tourna au cauchemar.

Un temps gris, des nuages noirs gonflés de colère.

La mariée fixait le ciel, incrédule.

Le marié regardait, dépité, la boue s’accrocher à son revers de pantalon.

 

Le voile de la jeune femme collait piteusement à son chignon lequel s’affalait sans pitié sur sa pauvre tête.

Le mascara, appliqué soigneusement quelques heures auparavant, avait oublié d’être waterproof. Il dégoulinait, imperturbable, le long de ses joues, dessinant des sillons noirâtres et inégaux.

Les gouttes de pluie se mêlaient à ses larmes qu’elle avalait entre deux hoquets.

La robe, plaquée au corps, dévoilait un buste frêle aux côtes anguleuses.

 

Il tentait vainement de la protéger de sa veste imbibée de tempête.

La brosse qu’il avait eu tant de mal à faire tenir sur son crâne s’aplatissait comme une crêpe.

Son dos s’était voûté, comme pour se soustraire aux foudres du ciel ou à celles de sa toute récente épouse.

 

Tous deux pensaient au magnifique buffet dressé dans leur jardin.

Ils avaient oublié d’installer la tente.

Les petits fours gorgés d’eau, les tables inondées, la terre spongieuse…

 

Les invités les observaient, muets, inquiets. Que dire devant un tel désastre ?

Debout, seuls sur le parvis de l’église, les jeunes époux offraient un bien triste spectacle.

 

Je décidai de rompre ce silence embarrassant. J’approchai, sourire aux lèvres, confiante, lorsque ma langue fourcha : « Mariage pluvieux, mariage miteux ».


Note:
De temps en temps, je posterai un texte issu de l'Atelier d'Ecriture.
J'espère que cela vous plaira...

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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