Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 07:00

picsou.gifQuand j’étais une petite enfant, je n’aimais guère les bandes dessinées. Toutefois, il en était une qui faisait exception, ou plutôt, j’étais charmée par l’un de ses héros.

Plus tard, je me suis passionnée pour un des personnages de Molière et me suis délectée lorsqu’il fut joué par Louis de Funès. Que voulez-vous, je me sens assez proche de certains de leurs traits de caractère…

 

J’essaie tant bien que mal de faire taire ces désagréables penchants, mais, par un fait exprès, ceux-ci font irruption, une fois l’an, tel un volcan islandais au nom imprononçable.

 

C’est là que l’on mesure que le temps passe bien trop vite car il me semble que c’était hier que je remplissais ma déclaration d’impôt 2008…

 

Dès que l’on prononce le mot « impôt », mon pouls s’accélère, la rougeur envahit mon visage, la fumée me sort par les naseaux et je grogne en montrant les dents. Car, comme Picsou et l’Avare avant lui, je suis assise sur mon tas de sous et mets au défi quiconque aurait l’outrecuidance d’en retirer la moindre piécette.

 

Mais le premier coup de bâton ne vient pas de l’Inspection Générale des Impôts, oh non, il provient d’un être proche, à qui j’ai donné ma confiance – entre autres ! -, avec lequel j’ai fait cause commune de deniers… Depuis le temps, je devrais savoir que lorsqu’il m’attache pieds et poings liés à la chaise du bureau, ce n’est pas pour m’initier à un nouveau jeu mais pour refaire une partie de :

  • -         Sors ton chéquier ma poule, ça va saigner !

 

Le mine concentrée et le sourcil froncé, il sort de toutes parts des dossiers volumineux, me délie les mains et me somme gentiment de ne pas la ramener :

  • -         Commence pas à m’engueuler, les impôts, c’est pas moi qui les ai inventés, plus vite ce sera fait, plus vite tu oublieras !

 

Oublier, oublier, c’est vite dit !

 

Déjà, moi, la case TK 22, je ne la trouve pas, je ne sais pas ce qu’il faut y mettre et au-delà de deux chiffres, cela commence à me donner des envies de cogner ! La seule partie qui est à peu près intéressante, c’est celle des déductions, des exonérations, des abattements, encore qu’à mon avis, elle mériterait d’être un peu plus conséquente pour que je puisse abattre les trois jeans que Gremlin Mâle a troué, les 15 paires de chaussures que Grande Gremlin a usé, les deux cafetières qui m’ont lâchées et aussi, on devrait me reverser une petite prime pour ne pas avoir contribué à augmenter le gouffre de la sécu !! Au lieu de quoi, après 2h30 de :

  • -         « Donne-moi la dernière fiche de paie.
  • -         J’trouve pas !
  • -         Mais là !!! Elle est sous ton nez !
  • -         Oh, ben, si c’est comme ça, t’as qu’à le faire toi-même !
  • -         Ouais… Ca revient au même…
  • -         Hé ho ! Je ne demande pas de récurer les toilettes, alors me demande pas de faire les impôts !
  • -         Je ne vois pas le rapport…
  • -         Moi non plus si ! Très bien même ! »

Cette saleté de feuille est enfin remplie et, comme je suis masochiste, je demande à Mr Gremlin d’appuyer sur la touche « Calculer votre impôt ».

 

Un hurlement de bête qu’on achève s’échappe de ma gorge et, alors que je ne peux décemment pas jeter l’ordinateur par terre, je me tourne vers l’unique responsable :

  • -         Eh ben, c’est encore de ta faute ça !
  • -         Dis-donc, il me semble que tu y es aussi pour quelque chose non ?

Ahhh, la mauvaise foi masculine : Depuis quand une femme entretenue devrait-elle payer des impôts ????

 

PS : Il serait de bon augure que le « Trésor Public » changeasse de nom, car, s’il était vraiment public, il serait aussi à moi !


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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /Mai /2010 07:00

orage.jpg

19H30

  • -         Maman, tu as vu les gros nuages là ?
  • -         Ah ouais, dis-donc, ils sont drôlement gros… et affreusement noirs… et terriblement menaçants…
  • -         Tu as peur ?
  • -         Mais non… Ta mère n’a peur de rien !

 

20H15

  • -         Allô, mon chériiiiii ? Ca vaaaaa ?
  • -         Super ! Il fait un temps magnifique, on va bientôt aller dîner.
  • -         Ah… Tu rentres bientôt ?
  • -         Pas avant deux jours comme prévu, pourquoi ?
  • -         Ben parce qu’ici, il y a un gros orage qui se prépare, tu vois, et, euh…, les gremlins ont peur et réclament leur papa…
  • -         C’est même pas vrai !! Maman, elle raconte des carabistouilles ! On n’a même pas peur !
  • -         Taisez-vous !! Je sais parfaitement que vous avez peur, c’est moi qui vous ai fait ! Alors ? Tu rentres, dis, TU RENTRES ????
  • -         Mais ma chérie, même si je le voulais, je ne pourrais pas faire plus de 1 000 kilomètres en une demi-heure ! Allez, ce n’est pas un petit orage de rien du tout qui te panique à ce point, si ?
  • -         D’abord, ce n’est pas un petit orage de rien du tout !!! Il y a plein d’éclairs, les nuages sont tellement noirs qu’on se croirait en pleine nuit, bon d’accord, c’est le soir mais si on était en journée, ce serait comme si on était la nuit !
  • -          ?!!
  • -         Et puis, t’es jamais là quand on a besoin de toi !!!

 

20H45

  • -         Salut Marion ! T’as vu cet orage ? Dingue non ?
  • -         Oh ouais, j’adore !
  • -         Ah ? Tu n’as pas peur ?
  • -         Tu rigoles !! Pourquoi, t’as les jetons ?
  • -         Moi ?? Non, non, tu penses… Mais les gremlins sont terrorisés ! J’en ai un de planqué sous la table, l’autre dans le placard et le troisième dans la baignoire, et avec ça, le mec inutile qui leur sert de père est en vadrouille ! Au fait, il est là Paul ?
  • -         Paul ? Ben oui, on s’apprête justement à se faire un vidéo tranquilou tu vois ?
  • -         Euh… Tu pourrais me le prêter pour quelques heures ?
  • -         Hein ?! Mais pourquoi faire ??
  • -         Pour qu’il reste jusqu’à ce que je les gremlins s’endorment…
  • -         Mais tu es là toi ! Et puis, on vient de commencer le film…
  • -         Merci, Marion, merci !!! La prochaine fois que t’auras une souris dans ton garage, tu pourras toujours courir pour que je vienne mettre une tapette !
  • -         Mais qu’est-ce que tu racontes, je n’ai pas de garage !

 

21H00

  • -         Maman, il faudrait peut-être qu’on se couche, il y a école demain.
  • -         Tu vois ma chérie, comme je suis une super maman, je vous donne la permission de regarder un film ! Cool non ?
  • -         Non maman, pas cool ! J’ai une interro demain, Petite Gremlin s’est endormie sur le canapé et Gremlin Mâle rampe par terre tellement il est crevé ! Qu’est-ce qu’il se passe maman ? C’est l’orage ? T’as peur ?
  • -         Ah mais ! Est-ce que j’ai l’air d’avoir peur ? Et puis, qu’est-ce que tu fais encore debout ? Va te coucher !

 

21H15

« Non, je n’ai pas peur, non je n’ai pas peur, non je n’ai pas peur…. Aaaaaah ! Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ??? Les plombs vont sauter, ça c’est sûr ! Où est la lampe torche ? Où est cette p***** de lampe ? Ah la voilà ! Nom de D***, il n’y a plus de piles !

Ok, ok, on se calme… Je vais regarder la télé, ça me détendra… Non, non, pas la télé, risque d’implosion ! Bon, bon, bon, je vais bouquiner au lit, ça va m’endormir… »

 

23H00

« Je ne dors pas, je ne dors pas, je ne dors pas ! J’ai la trouille, j’ai la trouille, j’ai la trouille ! »

 

23H01

  • -         Grande Gremlin, Grande Gremlin ?
  • -         Hein ? Quoi ? Maman ? Pourquoi tu me réveilles ?
  • -         Je ne te réveille pas ma chérie, tu as fait un cauchemar…
  • -         Mais non, je n’ai pas fait de cauchemar… Laisse-moi dormir…
  • -         Non, non, non, je t’assure, c’était un horrible cauchemar, tu as tellement hurlé que tu m’as réveillée. Allez, viens dormir avec moi, tu seras mieux, je vais te protéger…
  • -         Maman, j’ai sommeil, laisse-moi…
  • -         TU VIENS TOUT DE SUITE DANS MON LIT, JE TE DIS QUE JE VAIS TE PROTEGER !!!!

01H32

  • -         Maman, arrête, tu me colles !

 

02H16

  • -         Maman !! Tu me pinces !

 

4H56

  • -         Maman, t’es sur moi là !

 

5H07

  • -         Chut Maman, tout va bien, je suis là…

 

Le lendemain matin, la chaîne météo annonçait des orages plus violents encore que la veille.

Dans une maison isolée, un mini-ado affolée envoyait ces quelques mots :

« Papa reviens vite ! Si je passe une autre nuit avec ta femme, je fugue ! »

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme
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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 07:00

 

Elle

Pourquoi t’as pas tourné à gauche ?

 

Lui

Parce que c’est plus court si on continue tout droit.

 

Elle

Si tu continues tout droit, tu ne pourras plus tourner à gauche.

 

Lui

Ca tombe bien, j’envisage de tourner à droite.

 

Elle

Pourquoi à droite puisqu’on doit aller à gauche ? Là, à gauche, tu vois ?

 

Lui

C’est la droite que tu me montres là ma chérie.

 

Elle

Oui bon, à droite, à gauche, quelle importance ? Ce qui compte c’était de tourner à la boulangerie.

 

Lui

Ce qui compte, c’est de savoir lire une carte routière…

 

Elle

A quoi ça sert une carte routière vu qu’on a un GPS ?

 

Lui

Parce que le GPS se plante à chaque fois.

 

Elle

C’est parce qu’il a une voix de femme que tu dis ça ?

 

Lui

Tiens, je n’y avais pas pensé, mais maintenant que tu le dis…

 

Elle

Mais tu vas où ? Ce n’est pas du tout par là !

 

Lui

Laisse faire les grandes personnes.

 

Elle

En plus, si tu continues, on va tomber sur le boulevard et à cette heure-ci, c’est sûr que c’est bouché !

Tu ne roules pas un peu trop vite ?

 

Lui

Tu veux prendre le volant ?

 

Elle

C’est pas ce que j’ai dit !

 

Lui

Je sais.

 

Elle

Alors pourquoi tu le dis ?

 

Lui

Comme ça.

 

Elle

Eh bien moi je sais. C’est parce que tu ne veux pas avouer que j’avais raison et qu’il fallait tourner à la boulangerie.

 

Lui

Ca doit être ça.

 

Elle

Tu ne fais pas demi-tour ?

 

Lui

Pourquoi ?

 

Elle

Ben, pour tourner à la boulangerie !

 

Lui

Ah ? Il faut qu’on achète du pain ?

 

Elle

Ok, ok, mais tu leur expliqueras à cause de qui on est en retard… Ah ben voilà ! Un bouchon ! Qu’est-ce que je disais !

 

Lui

Quand le feu est rouge, on s’arrête… Tu ne veux toujours pas le volant ?

 

Elle

C’est incroyable quand même comme vous, les hommes, vous vous croyiez surpuissants derrière un pare-brise. C’est si dur que ça d’avouer que tu t’es trompé de chemin ? Par exemple, l’autre jour, quand j’ai cramé le gratin de pâtes, je ne me suis pas vexée, je l’ai jeté et on a mangé des surgelés, alors, pourquoi tu ne veux pas faire demi-tour et prendre mon chemin ?

 

Lui

Pour la même raison que je n’ai pas goûté à ton gratin !

 

Elle

Qu’est-ce que t’as contre ma cuisine ?

 

Lui

Rien.

 

Elle

On dit que les femmes sont difficiles à comprendre, mais alors les hommes, hein…

Pourquoi tu t’arrêtes ?

 

Lui

On est arrivés.

 

Elle

Ah ? Déjà ? Ouais, ben, si on avait eu des bouchons, on y serait encore…

 

Lui

Je rectifie : Dans une prochaine vie, je serai homosexuel ET sourd !

Par Sophie L. - Publié dans : Dialogue de Sourds - Communauté : foll-ouf
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 07:00

the.jpg Ce soir, les applaudissements ont encore claqué. Comme  à leur habitude, ils se sont donnés la main pour saluer le public, leurs regards ont croisé brièvement ceux des spectateurs, le rideau s’est refermé, le silence est retombé.

 

Dans la salle vidée de ses occupants, une jeune femme est assise, seule.

Elle fixe sans ciller le tissu rouge immobile lui aussi.

 

Elle essuie distraitement quelques gouttes de sueur sur son front, regrettant que la chaleur étouffante du théâtre l’ait empêchée de profiter pleinement du spectacle.

Elle a souri, elle a même ri parfois mais la proximité incommodante de tous ces étrangers l’a dérangée.

Elle ne s’est jamais sentie très à l’aise au milieu de ces foules remuantes et bruyantes, pourtant, elle adore aller au théâtre.

 

Ce soir, elle a réservé une place dans l’orchestre. Elle est arrivée très en avance et a pu s’installer parmi les premières. L’ouvreuse l’a placée avec déférence, refusant la pièce qu’elle lui tendait. Elle n’a fait aucun commentaire, elle a l’habitude…

 

La salle s’est remplie peu à peu, le bruit s’est intensifié, les odeurs se sont mélangées, les corps de ses voisins l’ont effleurée, elle a senti dans sa bouche le goût de la bile.

Un moment, elle a pensé à se lever pour partir. Le regard qu’elle sentait insistant de l’homme assis à sa droite l’en dissuada. Les lumières se sont enfin éteintes, elle se laissa aller pour profiter pleinement de la pièce.

 

C’est son père qui lui en a parlé. Il l’avait vue avec une amie quelques jours auparavant :

  • -         Vas-y, lui a-t-il dit, le texte est drôle, le ton juste, les personnages parfaitement identifiables. Je peux t’y accompagner si tu veux.

Elle a failli accepter. Elle aime beaucoup sortir avec lui. Il l’entoure de son bras affectueux tout en lui tenant fermement la taille. Souvent, il lui a raconté en riant les regards interrogateurs des passants qu’ils croisent, pourtant, personne ne leur a jamais fait de remarques. Elle le regrette, cela fait longtemps qu’elle a une réponse…

Pour finir, elle a refusé.

 

Mathieu l’a conduite jusqu’au théâtre, l’installant à sa place en lui promettant de venir la chercher à 22h30.

 

La pièce a débuté, elle a ajusté ses lunettes et elle a écouté.

Le sujet lui a tout de suite plu : Cette troupe de comédiens aux talents incertains qui répètent une pièce jusqu’au jour de la catastrophique première, oui, son père a eu raison de la lui conseiller.

Ne serait-ce la chaleur, elle en aurait fini par tout oublier et voir pleinement les comédiens.

 

La moiteur de son corps sèche peu à peu, l’air devient plus respirable. Le silence est presque aussi assourdissant que les applaudissements. Elle pourrait se lever et gagner la sortie, mais Mathieu le lui reprocherait :

  • -         Et s’il t’était arrivé quelque chose ? lui dirait-il.
  • -         Que veux-tu qu’il m’arrive ? Je ne suis pas en sucre !

Alors, elle l’a attendu.

 

Mathieu est là. Elle ne l’a pas entendu arriver, ce qui ne laisse pas de la surprendre.

  • -         Alors, c’était bien ?
  • -         Oui. Ca t’aurait plu.
  • -         On rentre ?
  • -         Ok.
  • -         Tu veux ta canne ?
  • -         Non, ton bras me suffit.

L’écrivain posa sa plume, étudia la photo en pensant que décidemment, son récit n’avait aucun rapport, à part, peut-être la théière qui, par une curieuse association d’idées l’avait menée au théâtre en compagnie d’une jeune aveugle.

 

Ceci est ma participation aux Jeux d’Ecriture n°4.



Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 07:00

colon.jpgOn dit que les voies du Seigneur sont impénétrables, mais qu’en est-il de nos voies intestinales ? Pour ma part, elles me paraissent tout aussi insondables…

Heureux ceux qui se déchargent de leur fardeau encombrant aussi aisément qu’ils vident la poubelle ! Ils s’en vont, allégés d’un grand poids, vers d’autres préoccupations autrement plus réjouissantes.

 

On ne pense pas assez souvent aux infortunés qui, au-delà de 48 heures, sentent avec appréhension leur gros intestin s’embouteiller sans espoir d’amélioration à court terme. Car si, sur l’autoroute, on peut s’échapper par une sortie parallèle, dans le cas qui nous occupe, une seule débouchée s’offre au coincé; or, lorsque celle-ci est obstruée, il a de grandes chances de se retrouver très vite dans le purin !

Bien que n’ayant pas fait d’étude approfondie, il semblerait que la tendance à l’engorgement soit un état plus féminin que masculin...

 

Contrairement aux idées reçues, une femme coincée ne se promène pas avec un balai dans le derrière mais se meut d’une démarche traînante, légèrement courbée, les deux mains fréquemment portées à son abdomen. Son visage tendu n’abhorrant aucune félicité, on en déduit qu’elle n’est pas enceinte mais plus vraisemblablement constipée !

 

Lors de votre dernier séjour à l’étranger, bien à l’aise dans votre hôtel, il est très probable que vous l’ayez rencontrée…

Souvenez-vous de cette jeune femme qui, se joignant avec quelques minutes de retard à la table familiale du petit déjeuner, s’assoit lourdement, répondant par une dénégation muette aux question que tous lui posent :

  • -         Alors ?
  • -         Rien ? T’es sûre ?
  • -         Tu n’as peut-être pas suffisamment essayé…

La pauvre… Ne voient-ils pas qu’elle a poussé à s’en faire éclater les veines du visage ? Et, par souci des convenances ainsi que des oreilles indiscrètes des tables voisines, elle tait l’excroissance douloureuse apparue lors de ses vains efforts…

 

Elle le sait, pourtant, qu’en dehors de son trône personnel, elle rechigne à se détendre sur des sièges étrangers n’épousant pas à la perfection les courbes de sa croupe ! Que n’a-t-elle emmenée cette eau miraculeuse qui, tant de fois, l’a sauvée de cet engorgement par trop incommodant !

A défaut, elle mastique, sous les regards moqueurs de ses familiaux quelques pruneaux rassis dont seules les plus nouées en acceptent la consommation. C’est avec humilité et compréhension que les encombrées font connaissance autour de ces fruits rabougris, se souhaitant dans une prière muette, bonne chance pour un dénouement heureux.

 

C’est au moment d’exposer son corps au soleil que l’infortunée mesure toute l’étendue de sa misère : Elle, si fière de son ventre parfait, voit alors surgir une panse digne des plus grands buveurs de bière. Les regards en coin des femelles alentours lui confirment qu’elles n’ont rien à lui envier; celui de son époux que l’heure est grave et qu’il faut agir :

  • -         Chérie, aux grands maux, les grands moyens !

Et il l’entraîne, à son corps défendant, vers la salle de sport où il lui garantit qu’après une séance intense de footing, elle propulsera son trop plein aussi facilement que mettre une lettre à la poste ! Elle n’y croit guère, mais lorsque quelques heures plus tard, elle sent son corps lui lancer des signaux reconnaissables, c’est avec espoir qu’elle confie à son compagnon :

  • -         Je crois que ça vient !
  • -         Courage ! Je sais que tu peux y arriver !

Que d’espérances réduites à néant lorsqu’elle lui annonce, penaude, que seules trois minuscules fèces se sont péniblement extraites de son tuyau malmené. D’un naturel très optimiste, il la félicite d’avoir fait sauter le bouchon, nul doute que les flots se déchaîneront prochainement !

  • -         En attendant, lui dit-il, mange des pruneaux, marche, saute, nage, inscris-toi au cours de danse du ventre, bouge ton corps, il te le rendra au centuple !

Pourtant, au cours des jours suivants, son corps ne lui rend rien du tout (ou si peu), elle se gave de pruneaux, ses muscles sont endoloris par les excès sportifs et surtout, elle jette un regard envieux à ses compagnons de voyage affectés par une dysenterie tant convoitée.

 

Enfin sur sa terre, à peine le pied posé sur son sol natal, son abdomen paresseux se réveille et fête comme il se doit le retour au bercail !

Dans un « Ah ! » de soulagement, elle vide son sac, surprise toutefois de la capacité de rétention corporelle.

Plein de sollicitude, son époux s’enquiert de son état :

  • -         Alors ? T’es débouchée ?
  • -         Complètement ! En revanche, on a un léger problème d’écoulement…

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : foll-ouf
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