Le supermarché est mon ami : C'est le seul endroit où je me rends toutes les semaines sans faillir depuis plusieurs années. Même mes meilleures copines n'ont pas le droit à une visite aussi régulière !
Malgré mes tentatives de stockage en masse, je m'y retrouve immuablement tous les Jeudis, poussant mon caddie, parmi les rayons que je connais par cœur. J'y suis comme à la maison !
Sauf que l'autre jour, sans daigner m'en avertir, ils ont tout changé : Au moment où j'allais attraper le pot de Nutella (pour les enfants, pas pour moi !), je me suis retrouvée avec une boîte de pâté pour chien. J'ai bien hésité un instant, mais...je l'ai finalement reposée. L'angoisse s'est emparée de moi, je me suis demandée si je n'avais pas été téléportée dans un épisode de X-files (ouais, je sais, mes références, elles ont 20 ans...), m'attendant à tout moment à voir débarquer l'agent Mulder. Mais non, rien ne s'est passé, si ce n'est de voir les clients affolés courir partout, le désespoir au corps, cherchant fébrilement quelque conserve connue. Et on les comprend ! Imaginez une seconde qu'en rentrant chez vous, au moment de vous allonger sur votre lit, vous vous retrouviez coincé entre la commode et la table de nuit parce qu'un abruti a tout déménagé sans votre consentement ! Ah, je vois que vous commencez à réaliser l'ampleur du cataclysme...
Quoiqu'il en soit, après cet épisode déstabilisant, j'y ai repris mes petites habitudes, naviguant élégamment entre les yaourts et le jambon. Et, pour passer le temps, j'observe le contenu des caddies de mes compagnons de courses car, voyez-vous, j'ai inventé un nouveau dicton : « Dis-moi ce que ton caddie contient, je te dirai qui tu es. »
Démonstration :
Tiens, tiens, qu'est-ce qu'elle transporte celle-ci ? Des couches, du lait en poudre, des packs d'eau... A voir ses cernes sous les yeux, elle a du mal à se remettre de ce qui vient de lui arriver. Je la regarde, compréhensive, en essayant de lui faire passer un message subliminal : « Profite ma fille ! Tu peux encore stocker, tu n'es pas obligée de t'y coller toutes les semaines, tu verras dans quelques années... ».
Ouh la la, celle-là !! Pas très équilibré tout ça ma p'tite dame. Les calories, vous connaissez ? Vite, je fuis, ça pourrait être contagieux.
Voilà Marion, ma copine ! Ce qu'il y a de bien avec le supermarché, c'est qu'on y rencontre aussi les copines, ça permet de se donner les dernières nouvelles autour des carottes.
Je tombe des nues à la vue de son chariot : Je ne me doutais pas qu'elle buvait autant...
Stéphanie nous rejoint. Je lui désigne discrètement le contenu du caddie. Devant son air horrifié, je sais qu'on aura de quoi alimenter les potins de demain. D'un geste furtif, je recouvre mon pack de 36 bières sous les laitues, je ne voudrai pas qu'elles s'imaginent que moi aussi...
On échange quelques propos fondamentaux tels que, « Oh, je ne savais pas que tu venais le Jeudi ! La prochaine fois, on pourrait y aller ensemble, c'est plus sympa ! » avant de repartir à la chasse des promos du jour.
J'arrive à la caisse, le caddie chargé à bloc. Je fais la course avec l'autre blondasse qui, m'ayant repéré, fonce pour arriver la première. Rien qu'à voir son panier avec ses petits plats allégés, je pique un sprint et je lui passe sous le nez réalisant un dérapage contrôlé du plus bel effet avec mon bolide à roulettes. Je la toise, l'air de dire : « Pas mal, hein ? Prends-en de la graine ! Même à mon âge et fécondée plusieurs fois, t'es pas d'taille ! ».
Je dépose, sans me presser, chaque article sur le tapis roulant, m'amusant de l'impatience témoignée par cette jeune cadre à l'allure débordée, du style : « Je travaille moi ! Je n'ai pas de temps à perdre ! » Et bien moi aussi, je travaille, j'ai les courses à ranger, le déjeuner à préparer et après, euh, tout plein d'autres trucs hyper urgents.
Je ricane sournoisement quand une employée s'approche de la jeune demoiselle :
- Vous avez une caisse pour moins de dix articles. Celle-ci est réservée aux familles nombreuses.
Je lève le nez. Je tombe sur la pancarte « famille nombreuse » illustrée par une harpie traînant trois mouflets à ses basques... Ah ! Les traîtres ! Encore un truc pour nous stigmatiser !
J'ausculte mes chaussures, pas question de croiser le regard de la pimbêche.
Devant ma facture faramineuse, j'ai le droit à 10 jetons pour tenter de gagner une semaine aux Seychelles. Je les glisse un à un dans la machine à bonheur, cherchant déjà un moyen de faire garder les enfants.
Bip, bip, bip. J'ai gagné ! Les clients s'arrêtent, m'entourent, dissimulant mal leur convoitise. J'aperçois ma blondinette verte de rage : Avec ses plats à deux calories, pas de jetons !!! Bien fait !
L'appareil affiche mon gain : Un coupon de 3 euros à valoir sur mes prochains achats.
Pas grave. Je rejouerai Jeudi prochain !
Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
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