Dring ! Dring ! Driiiiiing !!!
Ouh, mais qui s'excite ainsi à ma porte de si bon matin ? Un rapide coup d'œil à mon agenda me signale que non, je n'ai pas de rendez-vous avec le plombier, le chauffagiste est passé hier, alors, qui ?
J'hésite. Réponds, réponds pas...
La curiosité l'emporte.
- Ouiiii ?
- C'est Marion ! Ouvre, faut que je te parle !
Il y a du scoop dans l'air. J'entrebâille la porte, branche la cafetière, décroche le téléphone, éteins le portable.
Marion se matérialise dans la cuisine, essoufflée, pas coiffée, pas maquillée, et, oh misère, encore en pyjama sous son imper !
Elle ne prend pas la peine de me saluer, me brandit un papier sous le nez :
- Tu ne devineras jamais ce que c'est !
Non, je ne devine pas, je ne cherche pas, je n'aime pas les devinettes. De toute façon, elle n'écouterait pas ma réponse puisqu'elle susurre aussitôt, minaudant comme une collégienne :
- Une lettre d'Amouuur....
Le choc me paralyse. Mon corps se raidit d'un bloc alors que mon cerveau surchauffe :
« Une lettre d'amour ? A son âge ? Mais qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? »
- C'est tout ce que ça te fait ? demande-t-elle, déçue par mon manque d'enthousiasme.
J'articule difficilement une réponse cohérente :
- Mais...non...hein ? Oui...bon...quoi ? Euh...Montre, c'est qui ??
- C'est Paul..., murmure-t-elle en tortillant le derrière.
- Paul ?...Paul...Paul ! TON Paul ?
- Ben oui, MON Paul ! Qui d'autre ?
D'un coup, je retrouve toutes mes facultés physiques, bien sûr, c'est Paul, sa douce moitié depuis vingt ans bientôt...Who else ???
- Tu veux lire ?
Evidemment que je veux lire !
Et je lis.
Et je me liquéfie.
Et j'essuie une petite larme.
Et je soupire.
Et elle m'arrache la lettre des mains !
- Rends-la-moi ! C'est MA lettre ! Qu'il a écrite pour MOI !
- Je peux la photocopier ? je la supplie d'une toute petite voix.
- Ah non, c'est trop personnel... Je souhaitais te la montrer parce que, tu vois, cette bulle de bonheur, je voulais la partager avec toi. Allez, je me sauve, je vais lui écrire ma réponse.
Et la voilà envolée dans sa bulle, me laissant seule avec ma cafetière pleine que je vais boire
cul-sec si je ne veux pas sombrer dans le désespoir :
Depuis quand n'ai-je pas reçu de lettre d'Amouuur ?
Voyons... Où est ma boîte secrète aux parchemins jaunis ? Ah, la voilà... Non, celui-là, il ne savait pas écrire...Lui ? Pourquoi ai-je gardé ses lettres ? Trop plates. Celui-ci, oui, pas mal, il avait du potentiel...
Mais point de vraie lettre d'Amouuur !
Dernière tentative : Les missives de mon tendre à moi, que je garde dans une boîte à part, car, je ne mélange pas les torchons et la serviette, hein !
Peine perdue, je sais depuis longtemps que je ne l'ai pas épousé pour son esprit romanesque.
Je branche mon ordinateur, je voudrai faire un sondage auprès de mes copines.
« Vous avez un nouveau message ».
Justement, c'est mon sentimental de mari qui m'écrit :
« Rentrerai tard ce soir. T'as pensé au charbon de bois ? ».
Je décode:
Rentrerai tard ce soir :
"Mon Amour, cette journée loin de toi met mon cœur à rude épreuve. A la seule pensée de ne pouvoir te serrer dans
mes bras avant de longues heures, je souffre mille morts."
T'as pensé au charbon de bois ?:
"Mon Aimée. Cuisiner pour toi m'inonde d'une joie céleste. Ton visage radieux, chaque jour plus merveilleux que le précédent, est une récompense que je suis bien
loin de mériter."
Et ben voilà, quand on sait lire...
Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
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