Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 08:00

Après avoir lutté des mois contre la dictature infantile (cf Le Goûter, Episode 1), supporté les agressions quotidiennes qui me laissent physiquement affaiblie et psychologiquement instable, je cède : J'apporterai le goûter à la sortie des classes.

Attention, je ne cède que parce que je l'ai décidé ! Il se trouve que les beaux jours arrivent, dehors il fait doux, les conditions climatiques sont donc réunies pour accéder à la requête de ma progéniture.

 

            16h25.

J'arrive à l'école, la tête haute, m'approche d'un groupe de mamans. Sur six, seules trois (dont moi !) ont un paquet à la main. Je ne dis rien. Je me contente d'un long soupir accompagné d'un regard navré aux futures victimes qui ne se doutent pas encore qu'elles vont connaître l'enfer. Ce n'est pas très généreux, mais intérieurement, je savoure...

 

           16h30.

Les portes s'ouvrent. Je me précipite devant la classe de moyenne section. Je piaffe, je sautille, tant mon impatience est grande de revoir sa petite bouille trop mignonne et, il faut bien l'avouer, de lui brandir sous le nez LA surprise. Elle sort et, oh, miracle, son visage s'éclaire de reconnaissance :

- T'as ramené le goûter !!!!!!

Moi, pas peu fière et un rien faux-jeton :

- Et oui, tu vois, il suffit de le demander gentiment.

 

           16h32.

Après un regard entendu à la maîtresse, je prends mon petit bout par la main, on se fraye un chemin parmi la horde de gamins affamés hurlant après leurs mères dépassées (mon Dieu, que ça fait du bien !) et on sort, en toute quiétude.

  

          16h34.

- J'peux avoir mon goûter, dis, j'peux l'avoir ? trépigne la petite impatiente.

- Tu sais quoi ? Puisqu'il fait beau, on va aller le manger au parc, c'est super non ?

Il y a un tel brouhaha que je n'entends pas sa réponse. Qu'importe, je sais que j'ai tout bon.

 

           16h36.

Les deux aînés arrivent. Je leur montre avec enthousiasme le petit sac magique. La grande, adorable et aimante s'exclame :

- Oh merci maman, t'es la plus gentille !

Je ferme les yeux, je suis bien. Etre mère, il n'y a que ça de vrai...

- Y'a quoi comme goûter ? Pourquoi elle pleure, ma sœur ?

J'ouvre les yeux sur mon petit mâle qui, d'une main, tire sur le sac et de l'autre, me désigne la pleureuse.

C'est quoi ce grain de sable qui fait dérailler la machine ?

Ne pas s'énerver...

-  Pourquoi tu pleures, ma choupinette ?

- J'aiiiiiiiiiii faim ! J'veux mon goûtééééééé !!

Ok. Je maîtrise.

- Alors vite au parc !!

Et j'entraîne ma marmaille au pas de course.

 

           16h40.

 On arrive, essoufflés. Plus de temps à perdre. Je m'installe à côté des copines, je les salue distraitement, on parlera plus tard, là, il y a urgence ! Je déballe les pains au chocolat, les compotes, la bouteille d'eau. Ouf ! Je n'ai rien oublié !

La grande prend, remercie et file jouer avec ses amies. Je la regarde s'éloigner, attendrie : Cette enfant-là, c'est du pain d'épices tout chaud avec du beurre fondu dessus.

Le moyen malaxe sa viennoiserie, pas convaincu :

- Y'a pas aut'chose ?

Un regard rapide du côté des copines m'informe qu'elles attendent la suite, contenant à grand peine leur impatience peu charitable. J'accepte le défi.

- Non mon chéri, c'est tout ce qu'il y a. C'est déjà bien d'avoir ramené le goûter, non ? Allez, va jouer !

Il s'en va, ronchon.

Ce manque de reconnaissance m'irrite un chouïa. Supportrices, les copines approuvent ma fermeté d'un signe de tête quand arrive l'attaque frontale :

- J'en veux pas ! J'aime pas ça ! C'est trop nul !

Je devrais compter le nombre de fois (par jour !) où je pratique le self-control...

- Comme je viens de le dire à ton frère, c'est tout ce qu'il y a. Si tu n'en veux pas, tu ne manges pas, c'est toi qui vois.

Oui, parce que, d'après les pédopsychiatres (toujours eux), il faut responsabiliser les enfants, cela les rend plus autonomes, à même de surmonter les aléas de la vie.

Je me tourne vers l'assistance, petit sourire aux lèvres : « Z'avez vu ? ».

 

            16h44.

Pourtant, je n'échappe pas au bombardement :

- Ahhhhhhhhhhhhhhh !!!! J'ai faimmmmmmmmm !!

Patatras ! L'agacement fond sur moi, destructeur. Je charge le bazooka...

Evitant de justesse la mise à feu, une maman tend un paquet de biscuits aux lignes ennemies. Le cessez le feu est immédiat.

Peine perdue, me dis-je, découragée, ceux-là, elle les déteste.

Mais non ! La traîtresse les engloutit un à un, satisfaite.

- Tu pourrais dire merci au moins, je lui signale dans un murmure honteux.

- Merci ! lance-t-elle avant de partir jouer.

Les copines m'entourent de leur sollicitude et partagent avec moi leur plan de bataille : Dans leur sac se côtoie une multitude de goûters variés.

- Ca n'évite pas toujours les crises mais au moins, ça les espace, m'assurent-elles, fatalistes.

 

Je suis médusée. Qui aurait pu croire que la préparation du quatre-heures se révèlerait être de la stratégie quasi militaire ?

Je m'interroge... Suis-je toujours bonne pour le service ?

Par Sophie L. - Publié dans : Faites des gosses! - Communauté : tribulations de filles
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