Partager l'article ! Dans le coton d'une chaussette...: J'ai toujours été jolie. Et douce aussi. Je ne reste jamais longtemps rangée dans un tiroir, je fais partie ...
J'ai toujours été jolie. Et douce aussi. Je ne reste jamais longtemps rangée dans un tiroir, je fais partie des préférées, car je suis joyeuse, je ne glisse pas et je tiens chaud.
Bien sûr, cela ne m'apporte pas que des satisfactions, je suis souvent l'objet de la jalousie de mes pairs déformées et trouées, parfois même mâchouillées, mais il faut croire que la justice des chaussettes reste vigilante : De temps en temps, nous sommes toutes détaillées scrupuleusement des pieds à la tête (si j'ose dire...) et les plus vilaines disparaissent à jamais. Nul n'a jamais su ce qu'elles devenaient...
En réalité, nous allons par deux, mais, comme dans toutes les paires, il y en a toujours une plus extravertie que l'autre. Oh, je ne critique pas ma jumelle, mais dans notre monde, les mariages d'amour n'existent pas, nous sommes destinées l'une à l'autre dès notre création, alors, il n'est pas rare qu'il y ait des divergences de bobine. Ces temps-ci, elle a même tendance à faire grise mine, je lui trouve un air délavé qui ne me dit rien qui vaille. Elle s'effiloche et, à moins qu'on ne la raccommode, j'ai peur pour notre survie.
Trois jours que les petits pieds nous portent.
Je me prépare à subir incessamment l'épreuve de la grande tempête.
Il est vrai que je ne pourrai supporter une journée supplémentaire. Je me sens sale et malodorante ; la chaussure dans laquelle je suis enfermée se moque de mon odorat délicat et je la soupçonne de faire passer toute la puanteur du bitume par le trou de sa semelle, uniquement pour m'incommoder.
Ca y est ! Ca commence !
Me voilà jetée comme une malpropre dans cette auge qui empeste. Des odeurs plus nauséabondes les unes que les autres m'agressent de toutes parts, est-ce seulement possible de dégager de telles
effluves ?
Sans égards pour mes teintes délicates, me voici mélangée avec le blanc et les couleurs, la porte se referme sur moi, je ne voie plus ma jumelle, un vrombissement annonce le cyclone qui déferle sur moi, je suis ballotée de tous côtés, je...glou...glou...glou...
Quelle détestable expérience ! Je ne m'y ferai jamais ! Néanmoins, me voici propre et subtilement parfumée, prête pour le service. Mes compagnons de bac disparaissent peu à peu, probablement pliés et rangés, j'attends de retrouver ma jumelle pour, à mon tour, regagner mon tiroir.
L'attente est longue, que se passe-t-il ?
Soudain, je réalise l'impensable. La tornade l'a avalée, engloutie : Elle a disparu !
Quelques gouttes s'échappent de mon corps essoré, je pleure ma jumelle tirebouchonnée.
Que va-t-il m'arriver ?
- Pleure pas, va. Moi, ça fait des semaines que j'traîne ici.
Quelle est donc cette drôle de chose à cinq tentacules ?
- Dis-donc, t'es pas l'air bien plus futée qu'tes pieds, toi... Moi, j'm'appelle un gant, tu vois ? Et comme toi, j'ai perdu mon jumeau.
Je trouve qu'il me regarde bizarrement...
- T'as d'belles couleurs, tu sais...
C'est étrange, j'ai les fils qui s'emmêlent, j'ai comme une pelote dans le ventre...
Il ne reste plus que nous dans le panier et je me prends à rêver d'une improbable union :
Hélas, après avoir abusé de mes nuances, le rustre m'a laissé tomber comme une vieille chaussette au profit d'une plus neuve et pimpante, m'abandonnant, décolorée de désespoir.
Que vais-je devenir ?
Note de l'auteure :
Adhérez à l'ASCE (Association pour la Sauvegarde des Chaussettes Esseulées).
Dites oui aux chaussettes dépareillées !
Source Photo : chaussettes-doigts
Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
et merci de nous rappeller à quel point la vie de chaussette peut parfois etre dure
les gants? pffff, tous les memes!!!!
D'ailleurs, il y en a 3 qui attendent que je décide de leur sort. Peut-être finiront-elles en marionnettes!
Merci pour ce bon moment.
C'est une idée ingénieuse ça, je vais essayer!
Je découvre ton blog et ça commence très fort .
J' ai beaucoup aimé le blues de la chaussette dans la panier à linge .
A très très bientôt !
A très bientôt!
ET donc? quelle est la suite de l'histoire? Que devient la chaussette esseulée ?
Quel suspense..insoutenable !
bises
NA !