S’il y a une chose contre laquelle un homme ne peut lutter, c’est devant le regard
papillonnant de sa fille, murmurant tendrement :
- Mon petit papou d’amour que j’aime…
Nous qui observons la scène, un sourire moqueur aux lèvres, attendons la suite, curieuse de savoir ce que cache un si bon début.
Le père, lui, cesse immédiatement son activité, quelle qu’elle soit, pour porter son attention vers ce petit bout de femme qui lui joue déjà une formidable scène digne des plus grandes séductrices.
- Oui, ma chériiiie ?
- Tu es le meilleur de tous les papas du monde…
Battements de paupières, bouche en cœur, petit bisou sur la joue, la coquine n’oublie rien, pour un peu, elle nous donnerait quelques leçons que cela ne nous ferait pas de mal.
« Le meilleur papa du monde » n’y voit que du feu, accepte, au comble de l’attendrissement, ce compliment supposé gratuit. Il nous coule même un regard chargé de fierté, l’air de dire : « C’est MA fifille, ça ! », oubliant que nous y sommes aussi pour quelque chose dans la conception de la fifille en question…
Enroulant ses bras autour de son cou, frottant sans sourciller sa peau délicate contre la barbe de trois jours de papounet – là, il faut bien avouer, elle est vraiment trop forte ! – elle lui glisse à l’oreille :
- Tu veux bien m’acheter un slim ?
- Un slim ? C’est quoi ça, ma petite fille jolie ?
- Un pantalon, dit-elle, et d’ajouter telle Cendrillon en haillon, je n’en ai plus…
- Comment ???? s’exclame papa, transformé en gélatine tremblotante de compassion, mais que fait ta mère ?!
Ben tiens ! Cela nous aurait étonné, aussi, d’échapper au rôle de la méchante sorcière… Nous décidons de ne pas intervenir, épatée, malgré nous, par le don de manipulation de notre enfant.
- Elle dit que c’est pas grave d’avoir des pantalons un peu courts, que c’est la mode…
Oh !!!!! C’est tellement énorme que nous partons dans un fou-rire à se tordre les abdominaux, sûre que Papou va enfin sortir de son enchantement. Pas du tout ! Le pouvoir hypnotique de sa fille est tel qu’il lui a fait fondre son neurone de discernement !
- Et bien, qu’à cela ne tienne, je t’y emmène tout de suite, moi, t’acheter un slip !
- Euh… un slim, papa…
- Oui, un pantalon, quoi !
- Papa chéri… Tu sais, je peux y aller toute seule si tu veux, donne-moi juste les sous, ça ira…
Hé, hé, hé, nous y voilà, fifille chérie en a après le portefeuille de papa d’amour… Là, c’est certain, il va réagir !
Effectivement, il réagit en sortant un billet qu’il tend à la Garbo de service, laquelle disparaît en me lançant un sourire de victoire.
- Tu te doutes que tu viens de te faire avoir en beauté, n’est-ce pas ? avançons-nous, incertaine néanmoins de la réponse.
- Bien sûr que je le sais ! Mais, que veux-tu, elle est tellement mignonne…
- Ah ? Parce que tu la trouves mignonne quand elle me ridiculise ouvertement devant toi en racontant n’importe quoi sur des soi-disant pantalons trop courts ?
- Allons, elle plaisantait, tu le sais aussi bien que moi…
C’est pathétique la facilité avec laquelle un père se laisse entortiller…
Qui pourrait nous comprendre ? Qui ?
Mais bien sûr ! Sommes-nous bêtes de ne pas y avoir pensé plus tôt !
- Allô ? nous répond, à l'autre bout du fil, une voix masculine.
- Mon petit papa chéri ?...
Et alors ? Nous aussi, on est la fille d’un papounet…
Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
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