Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 07:00

La paupière se lève lourdement sur un œil glauque. La bouche sèche, à l’haleine fétide, cherche avidement la fraîcheur matinale mais ne rencontre que la lourdeur des vapeurs nocturnes.

Les membres gourds tentent quelque mouvement.

Au loin, des cris perçants déchirent les tympans, signe que la journée a bel et bien commencé.

 

Il faut se lever.

 

Les pieds traînant sur le plancher, elle pénètre difficilement dans le monde des vivants.

- ‘jour, marmonne-t-elle aux ombres mouvantes devant elle.

- Un petit café, peut-être ? entend-elle de l’oreille droite.

- T’as vu ? Elle est coiffée en pétard…, surprend-elle de l’oreille gauche.

 

Elle le sait, ce jour sera le plus long de son existence.

 

Elle boit à petits gorgées le café brûlant, malgré les saltos avant et arrière de son estomac. On lui parle, elle ne répond pas.

- Maman n’est pas bien réveillée ce matin, explique doucement le père.

- Pourquoi, elle a mal dormi ?

- Elle est malade ?

- Dis maman, t’as la grippe A ? Tu vas mouriiiiiir ???

 

Elle sourit piteusement. Ce petit est observateur. Elle aimerait bien le lui dire, mais elle a peur que d’autres choses que des mots ne s’échappent de sa bouche.

 

- Non, elle n’a pas la grippe A ! Elle a….elle a…. mal à la tête, précise le seul adulte valide de la maisonnée.

- Alors, il faut lui donner un médicament !

- Quelle bonne idée ! Justement, regarde ce que je lui ai préparé !

 

Deux aspirines font une miraculeuse apparition, qu’elle avale sans se poser de questions.

On lui prend doucement la main, serait-ce pour la ramener dans son lit afin qu’elle y agonise jusqu’au lendemain matin ?
Hélas, mille fois hélas, on lui rappelle qu’ils sont invités à déjeuner et qu’elle a promis de faire le dessert au chocolat…

Les œufs crus, l’odeur du beurre fondu ont raison de sa résistance. Elle se rue aux toilettes, faisant valdinguer, dans sa précipitation, la chair de sa chair contre le mur. Bien lui en a pris, les cris de douleur masquent les sonorités peu glorieuses que son corps lui imposent.

 

- Ah ben ça va mieux ! lance-t-elle en s’étonnant de voir une bosse sur le crâne de son enfant, comment t’es tombée toi ?

 

Cependant, le bonheur est de courte durée. Dans la voiture, elle prend pleinement conscience de ce que signifie « avoir le cœur au bord des lèvres »…

Concentrée pour rester digne, elle ne remarque pas les coups d’œil moqueurs du chauffeur.

 

Arrivée à destination, elle s’affale dans un fauteuil. Non, merci, pas de champagne, un coca avec beaucoup de bulles fera l’affaire.

Devant le bœuf bourguignon, elle plaque la main devant sa bouche, elle roule des yeux affolés : « Pas ça, pitié, pas ça ! Maman, au secours ! ».

- Ca ne va pas ? s’enquiert l’hôtesse, tu ne te sens pas bien ?

« Pétard, c’était moins une ! » se dit-elle, soulagée.

 

Traînassant son état comateux, elle maudit la terre entière et en particulier ses faux-amis qui, la veille, lui ont servi un cocktail tellement délicieux (et alcoolisé !) qu’elle ne s’est pas méfiée. Pourtant, elle se souvient de la petite sonnette d’alarme qui l’avait alertée quand, malgré le port de ses nouvelles lentilles, elle avait vu Marion devenir floue et déclaré à cet imbécile de Stéphane qu’elle le trouvait vraiment passionnant. La honte s’abat sur elle quand elle réalise qu’elle a poussé la chansonnette debout sur une des chaises du salon.

Elle se tourne vers son mari dont l’ironie affichée ne lui est d’aucun soutien.

 

Une petite phrase martèle ses tempes douloureuses:

« Tu as bien chanté ? Et bien maintenant, danse, ivrogne ! »


Nota Bene:
Je dédie ce billet à mes amis dits "de l'impasse", lesquels, vu leur goût prononcé pour tout ce qui est alcoolisé, ont certainement vécu un fameux Dimanche....

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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