Partager l'article ! Elle rêve, Marie, elle rêve: Marie est une jeune fille - pas tout à fait une femme - de 20 ans. Elle les a fêtés la veille en compagnie ...
Marie est une jeune fille - pas tout à fait une femme - de 20 ans. Elle les a
fêtés la veille en compagnie de ses parents et de ses deux sœurs. Son père a longuement regardé son aînée souffler les bougies dont la cire dégoulinait sur le gâteau marbré.
Leurs regards se sont croisés, il lui a souri franchement avec dans les yeux cette fierté propre aux pères envers leurs filles. Elle les a baissés, intimidée par
cette déclaration, submergée par l’émotion. Elle aurait voulu se serrer dans ses bras, lui murmurer qu’elle aussi l’aimait.
Seulement, dans la famille de Marie, la bienséance l’emporte sur les débordements, quels qu’ils soient. Lorsqu’on pénètre chez eux, l’atmosphère lisse et feutrée de l’appartement produit un effet apaisant immédiat sur l’étranger en visite. Tout y est parfaitement à sa place, tant les objets que les occupants de ce six pièces citadin. Sa mère, accueillante, d’une sobre élégance, veille à ce que chacun ne manque de rien, tout en contrôlant, d’un froncement de sourcil, le moindre excès inopportun.
Les camarades de Marie ont toujours aimé se réfugier dans cette ambiance réconfortante, fuyant un foyer électrique pour l’une, un vide trop encombrant pour l’autre. Longtemps elle en a retiré un certain orgueil, heureuse que l’harmonie familiale puisse susciter admiration et envie.
Et puis, en grandissant, elle fut autorisée à passer quelques soirées chez ses amies, découvrant alors un univers où les portes claquent, où les paroles volent haut, et où les embrassades succèdent aux gifles. Décontenancée au début par cette avalanche d’énergie, c’est avec soulagement qu’elle regagnait la tranquillité rassurante du domicile familial. Saoule de tant de démesure, elle se réfugiait dans sa chambre, ouvrait sa fenêtre et se perdait dans la contemplation des toits de la capitale.
Aujourd’hui, au lendemain de ses 20 ans, Marie est devant sa fenêtre ouverte.
Le froid a envahi la pièce et pourtant, elle étouffe. Dehors, elle sent l’agitation qui s’est emparée de la ville à l’approche des fêtes de Noël : les lumières clignotent d’impatience, les flocons dansent une valse désarticulée et elle s’attend presque à voir surgir de derrière l’étoile du berger le Père Noël venu lui apporter son cadeau.
Marie rêve d’un cadeau qu’elle ne peut commander, qui ne peut s’acheter, qu’elle n’oserait demander à ses parents tant elle craint de les peiner.
Marie n’en peut plus de se contenter de contempler les toits de Paris.
Marie veut s’envoler et découvrir d’autres toits.
Marie veut crier, rire à gorge déployée, sortir dans la rue habillée comme l’as de trèfle, ou même de pique.
Marie veut être aimée fougueusement et prendre le monde entier pour témoin.
Marie veut, rêve, imagine, souhaite, idéalise, désire, soupire…
Et pourtant, Marie, vingt ans à peine passés, referme tout doucement la fenêtre…
Merci à Marlène pour son dessin et au blog à 1000 mains
pour son nouveau jeu d'écriture auquel je participe avec un retard presque honteux!
Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
Venant de Quichottinie, infidèle visiteur qui pique une fleur de ci de là, car je reste attaché à ceux que j'aimes sur Blog 50 et ne peux me disperser faute de temps, permet moi de venir un instant chez toi après la lecture de ton billet. Marie pourrait s'appeler Jacques, François ou Eliane. Tu décris admirablement cette ambiance proprette où le chiffon à poussière est roi sur la table et dans les esprits. On dirait que tu as connu de tels exemples où le poids de la routine étouffe la sève de la vie. Je me suis souvent demandé comment deux parents pouvaient être aussi étriqués pour en arriver là, et pourtant, j'ai rencontré (chez autrui) de vivants exemples où le vase en cristal du buffet n'était jamais déplacé de plus de 5 centimètres et où aucun jouet d'enfant ne pouvait se trouver hors de la chambre. Curieusement, un des deux enfants d'un couple a reproduit le même modèle, l'autre vit dans un joyeux foutoir. Tu nous diras un jour comment tu fais vieillir Marie, son parcours pourrait faire l'objet d'un petit roman, tu nous diras quand elle ouvrira cette fois la porte pour la franchir et si elle la laisse ouverte ou fermée.
Pourquoi pas ??
Un grillon de passage qui a aimé ton texte et sa force.
Merci d'avoir pris le temps de t'arrêter par ici Christian, le temps de faire la connaissance de Marie, le temps d'essayer de comprendre sa vie. Je crois qu'elle finira par partir, par se libérer mais pas tout à fait, car c'est une jeune fille sage avec juste un tout petit, tout petit grain, non pas de folie, mais d'originalité.
L'atmosphère de cette famille où le respire est suspendu est décrite avec beaucoup de suggestion.
Non, ce n'est pas triste, ils y sont habitués, c'est tout...
Mais Marie a sa fenêtre ouverte, nul doute qu'un jour...
Martine : http://www.cergyrama.com
Eglantine : http://quaidesrimes.Over-blog.com
Bienvenue Martine / Eglantine!
Un peu de tout, beaucoup de mélange des genres, j'espère que tu t'y plairas!
Très beau texte !
Non tu vois, il y a toujours pire que soi!
Ton texte est magnifique comme toujours;)
Tu avais disparu. Heureuse de ton retour Zorane.
Cela ne m'a pas frappée.
Bonne soirée et bonnes fêtes de fin d'année.
Merci Oxygène, je t'ai aperçue sur le "Jeux d'Ecritures".
...
Je ne sais même pas quoi dire, et ce n'est pas si souvent.
Alors, juste le lien vers la page exacte de Marlène.
http://alotoftralala.over-blog.com/article-de-la-buee-sur-ma-fenetre-61789433.html
Merci à toi.
Je suis donc très honorée de t'avoir laissée sans voix!
Un fauteuil confortable, du calme surtout, pour me permettre une immersion totale avec Marie ou une autre...
Elle rêve, Alorom, elle rêve...
le premier paragraphe m'a rappelée un soir d'été, les 18 ans de ma fifille ainée!!!
Tu as pleuré alors...
Merci!
Ben voilà, c'est ce qua je voulais dire!
A force de me le dire, qui sait, peut-être, un jour... que je sens néanmoins assez lointain...
C'est triste la fin...
Eh non tu vois, il est toujours là, mais rare.
Bienvenue Alice!
Je suis heureuse que cela te plaise.
Je reviendrai si la fenêtre est ouverte ...
La fenêtre est toujours entrebaillée, il suffit d'un léger coup de pouce pour l'ouvrir.
Pas facile de faire ce dont on a envie...
Elle va finir par attraper une angine!!!
Ah, l'impatience de la jeunesse!
Certainement, mais elle ne le sait pas encore.
Moi aussi. Merci.