Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 07:00

coeur-brise.jpg L’enfant est couché dans son lit. Comme tous les soirs, il attend que ses parents viennent l’embrasser. Il les entend discuter dans la cuisine dans le joyeux tintamarre des casseroles et des assiettes.

Il aime cette attente.

 

Parfois, lorsqu’ils tardent trop, il les rappelle à l’ordre, il a toujours peur qu’ils ne l’oublient.

 

Ce soir, c’est son père qui pénètre le premier dans sa chambre pour le baiser nocturne. Il n’a pas encore eu le temps de se changer et il porte les odeurs du dehors, étrangères à son univers. Il n’ose pas le lui avouer mais l’enfant n’aime pas cette odeur de travail que son père ramène à la maison

Pourtant, il noue ses petits bras tous fins autour du cou de l’adulte et respire, ravi et rassuré, quelques lointaines effluves du parfum de sa mère. Son papa lui souhaite bonne nuit et quitte la chambre en cédant la place à Maman.

 

Maman est souriante aujourd’hui.

Elle a ri avec lui, ils ont même joué aux petits chevaux.

Dans ces moments-là, il trouve qu’elle est la plus magnifique de toutes les mamans. Il la regarde, les yeux émerveillés, emplis d’un amour infini…

En secret, il l’appelle « Ma Femme ».

 

Il sait bien qu’elle ne sera jamais sa femme, à son âge, on sait que l’on ne peut pas se marier avec sa maman, n’empêche, quand elle est belle comme ce soir, il se plaît à imaginer…

Lorsqu’elle se penche au dessus de lui, il l’attrape par le cou et lui baise les lèvres, tout doucement.

  • -         Tu es un peu grand pour les bisous sur la bouche maintenant, lui souffle-t-elle.
  • -         Pourquoi ? s’étonne-t-il.

 

Oui au fond, pourquoi ?

 

Elle lui ébouriffe les cheveux, chatouille son petit nez et murmure :

  • -         Pour rien.
  • -         Maman, demande l’enfant, ça veut dire quoi, papillonner ?
  • -         Papillonner ? Eh bien, ça veut dire aller de fleur en fleur sans se décider vraiment à en choisir une. Comme font les papillons, tu vois ?
  • -         Est-ce que les gens papillonnent ? reprend-il.

 

Sa mère le fixe, surprise et amusée :

  • -         Pourquoi demandes-tu cela ?
  • -         Parce que la concierge, elle m’a dit qu’avec des yeux comme les miens, c’est sûr que quand je serai grand, je papillonnerai comme papa.

 

Stupeur.

Silence.

Menace.

 

Le ciel de l’enfant se voile d’un seul coup. Maman ne sourit plus, ses yeux ont perdu de leur douceur, son visage détendu s’est durci, elle le couche violemment sans même un baiser, éteint la lumière et sort en fermant la porte.

Il entend ses pas qui s’éloignent.

Elle est fâchée, il ne comprend pas pourquoi. Il voudrait la rappeler, s’excuser, mais il n’ose pas.

Etendu dans son lit, c’est à peine s’il s’autorise à respirer normalement. Son cœur fait un tel boucan qu’il n’arrive à rien écouter d’autre.

 

C’est ça le problème avec Maman. Un coup elle sourit et pouf, l’instant d’après elle est fâchée.

 

Au loin, il parvient à entendre les éclats de ses parents. Sa mère a cette voix stridente qui le terrorise, son père gronde.

 

Pour la troisième fois cette semaine, la Querelle s’est invitée dans la maison et dépose sur le front de l’enfant son baiser du soir.

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Commentaires

Tiens, voilà une galère que j'ai jamais vécue, chouette !
Commentaire n°1 posté par Blogueuse égarée le 13/03/2011 à 16h16

Comme quoi, en cherchant un peu!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h50
helas, c'est souvent, que les enfants, sont blessés par les querelles des adultes et quand les langues de vipéres apportent leurs venins,cest encore pire!!dur, mais tellement réel
merci sophie

moume
Commentaire n°2 posté par moume le 12/03/2011 à 18h24

La réalité n'est pas toujours drôle...

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h51
Pourquoi j'ai l'impression de lire l'enfance d'un serial killer? ;-)
Commentaire n°3 posté par Carole Nipette le 12/03/2011 à 14h25

Oh? A ce point???

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h52
quel beau commencement plein de tendresse ...mais j'aime pas la fin!
Commentaire n°4 posté par delph le 12/03/2011 à 14h10

On ne vit pas dans un monde de bisounours!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h52
Ca doit pas etre facile pour un enfant d'avoir une maman qui ne sait pas se contenir, même le temps de tourner les talons... :(
Commentaire n°5 posté par cranemou le 11/03/2011 à 18h23

Je pense que ce n'est pas facile pour la maman non plus, ni pour le reste de la famille d'ailleurs...

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h53
Rôhh ! La concierge avec sa langue un peu trop bien pendue ! Elle aurait mieux fait de la tourner sept fois dans sa bouche ! Difficile pour la maman d'en rire ...
Commentaire n°6 posté par Lily le 11/03/2011 à 13h56

Tourner sa langue dans sa bouche n'est pas le propre de la concierge Lily!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h54
"Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m’embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l’entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m’aurait quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j’aimais tant, j’en arrivais à souhaiter qu’il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n’était pas encore venue. Quelquefois quand, après m’avoir embrassé, elle ouvrait la porte pour partir, je voulais la rappeler, lui dire « embrasse-moi une fois encore », mais je savais qu’aussitôt elle aurait son visage fâché, car la concession qu’elle faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m’embrasser, en m’apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes, et elle eût voulu tâcher de m’en faire perdre le besoin, l’habitude, bien loin de me laisser prendre celle de lui demander, quand elle était déjà sur le pas de la porte, un baiser de plus. Or la voir fâchée détruisait tout le calme qu’elle m’avait apporté un instant avant, quand elle avait penché vers mon lit sa figure aimante, et me l’avait tendue comme une hostie pour une communion de paix où mes lèvres puiseraient sa présence réelle et le pouvoir de m’endormir. Mais ces soirs-là, où maman en somme restait si peu de temps dans ma chambre, étaient doux encore en comparaison de ceux où il y avait du monde à dîner et où, à cause de cela, elle ne montait pas me dire bonsoir." Marcel Proust - Du côté de chez Swann. Première Partie.
Commentaire n°7 posté par T le 10/03/2011 à 18h00

Je me disais aussi, au fur et à mesure de la lecture, que c'était drolement bien écrit!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h54
Vu comme cela...on ne pense pas au tramatisme provoqué...
bien vu ma Sophie et sûr que tes lecteurs/lectrices ne se tromperont plus de cible dans ces moments 'délicats.
Commentaire n°8 posté par PFlore le 10/03/2011 à 14h26

Oh, je ne tiens pas à être moralisatrice, loin de là. On fait ce que l'on peut avec ce que l'on a.

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h55
On pense jamais à ça quand on se dispute un peu violemment ... Heureusement, ça n'arrive pas avec l'Homme ...
Et que c'est bien écrit ...!
Commentaire n°9 posté par Béatrice le 10/03/2011 à 12h41

Il faut apprendre l'art de ne pas être d'accord en toute tranquillité!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h56
Moi aussi je pensais entamer une jolie histoire, qui se révèle bien terrible, en un seul mot! C'est super!
Commentaire n°10 posté par sheily le 10/03/2011 à 10h32

Comme quoi, on peut toujours être surpris.

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h57
oh non, j'aime pas les histoires qui finissent mal... :(
Commentaire n°11 posté par bbflo le 10/03/2011 à 09h59

Ben oui, mais ça existe...

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h57
Thème triste mais vraiment très bien écrit.j'aime vraiment beaucoup la dernière phrase qui clôt à merveille la nouvelle.
Commentaire n°12 posté par Bab le 10/03/2011 à 09h46

Oui, moi aussi.

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h57
triste réalité dans la vie de beaucoup trop d'enfants
que de dégâts peuvent faire ces querelles
joliment conté
bonne journée
Commentaire n°13 posté par Reinette le 10/03/2011 à 08h57

Oui, il faut faire attention à ce que l'on dit, les murs abritent parfois de petites oreilles indiscrètes...

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h58
Brrrrr....
Commentaire n°14 posté par Léonie Canot le 10/03/2011 à 08h54

Remets-toi, remets-toi!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h58
Et moi qui croyais que nous entrions en douce dans la chambre du petit Proust ! Et l'odeur du papa... Le baiser du mien avait une odeur de dentifrice, un baiser Colgate ! Et, patatra...
Commentaire n°15 posté par Françoise le 10/03/2011 à 08h23

Ca sent bon le dentifrice Colgate! Il vaut mieux ça que le bon gros cigare!

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 17h59
euh... j'aimais bien le début de l'histoire.. et puis paf.. zut... et la fin...non....
je n'aime pas les querelles. ni les enfants qui souffrent de cela aussi. que cela soit fictif ou pas.
Commentaire n°16 posté par charles le 10/03/2011 à 08h13

La chute est rude, c'est sûr. Tu n'es pas fâché j'espère?

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 18h00
comme toujours, tu parviens, en quelques mots , à nous faire passer d'une atmosphère, légère et joyeuse pour cette fois, à une autre , diamétralement opposée . Un plaisir :))
Commentaire n°17 posté par the parisienne le 10/03/2011 à 07h24

Merci Nath! Je suis contente de te revoir ici.

Réponse de Sophie L. le 13/03/2011 à 18h01

Faites passer!

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