Que celle ou celui qui n’a jamais eu cette pensée soit, sur le champ,
lapidé !
Les enfants, en particulier les nôtres, sont admirables. Quoi de plus normal, avec les parents qu’ils ont…
Il est évident qu’un tel bonheur ne se hurle pas à la face des malchanceux qui ne jouissent pas d’une telle félicité. Nous allons même jusqu’à les encourager dans leur quête du Graal par des
hochements de tête, certes condescendants, fière de leurs efforts pour atteindre ce qui nous est acquis si naturellement.
Soulignons qu’ils ont du mérite : On nous paierait que nous ne voudrions pas de ces asticots-là !
Force est de constater que nous suscitons la convoitise, voire la jalousie, aussi, n’est-il pas rare qu’au détour d’une conversation, certains s’exclament :
- Qu’est-ce qu’ils sont beaux tes enfants ! Ce qu’ils sont sages ! Mais comment fais-tu ?
Nous nous rengorgeons intérieurement, affichons un sourire détaché tout en feignant de refuser ces compliments qui nous gonflent d’orgueil.
- Oh non tu sais, ils sont loin d’être parfaits, ils ont leurs défauts, comme tout le monde…, répondons-nous, caressant négligemment la chevelure soyeuse de notre aînée, paisiblement installée à nos côtés, plongée dans la lecture de Picsou Balzac.
Quelle gloire, lorsqu’après les points de suspension laissés traîner à propos, notre interlocuteur renchérit :
- Crois-moi, tes enfants sont exceptionnels. J’aimerai tant que les miens prennent exemple sur eux…
Que voulez-vous, Paris ne s’est pas fait en un jour, que diable !
Or, sur le chemin du retour, à l’abri - croyons-nous – des regards indiscrets, notre fierté se fissure, lorsque nous entendons :
- Maman, on a été sages, hein ?
- Oui mes chéris. Parfaits ! Vous voyez, ce n’est pas si difficile, regardez comme maman est détendue !
- Ouais, bon… On peut regarder les Simpsons ce soir ?
- Et des frites ? T’avais promis que, si on était sages, on aurait des frites !
- Et aussi qu’on pourrait manger devant la télé !!! Tu l’as dit, tu l’as dit, tu l’as dit !
Il nous faut bien l’avouer. Cette fois-ci, mais cette fois-ci seulement, nous avons cédé au Mal, relégué à la poubelle nos principes stricts d’éducation pour goûter, le temps d’une après-midi, à l’illusion d’avoir engendré des êtres enviables.
Nous avons cédé au chantage.
Nous payerons.
Tôt ou tard.
Mais n’est-ce pas humain d’avoir caressé le doux rêve d’être une mère comblée à l’image de la Caroline Ingalls de notre enfance ? Que nos rejetons tiennent plus de Mary que de Nelly, avec une pointe de Laura ?
Est-il utile de préciser que, malgré nos inlassables imprécations, ils pénétreront dans notre logis, les godillots maculés de gadoue qu’ils déposeront partout sur le sol javellisé quelques heures auparavant ?
Est-il nécessaire de dévoiler que nos enfants chéris vont s’entre-déchirer parce que l’un aura 16 frites alors que l’autre n’en a que 15 et demi, malgré nos efforts d’équité ?
Une fois le maquillage ôté, est-il indispensable de découvrir nos cernes bleuies par des nuits entrecoupées de chasses aux dragons malfaisants qui n’ont de cesse de vouloir dévorer notre cadette ?
Assaillie de toutes parts, jonglant entre les douches, les devoirs, le dîner et Bart qui hurle des insanités, nous nous consolons :
« Au moins, ce sont les plus beaux gremlins du monde! »
Ah, la lucidité maternelle! Il n'y a que ça de vrai...

Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
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