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C’est en raccrochant pour la énième fois au nez d’un
quelconque démarcheur que j’ai eu soudainement une pensée charitable pour ces êtres qui, humains comme nous, sont à l’autre bout du fil, tentant scrupuleusement de suivre leur scripte, malgré des
interlocuteurs peu aimables.
A notre décharge – nous, détestables interlocuteurs – si ces charmants télé-démarcheurs avaient l’obligeance d’écouter nos réponses, je suis convaincue que nos échanges se passeraient dans des conditions bien plus sereines.
Néanmoins, je décide que, la prochaine fois, je serai plus aimable et que je déclinerai gentiment toute invite, honnête, bien sûr.
Justement, le téléphone entonne sa joyeuse mélodie, je n’ai pas le temps d’atteindre l’appareil que déjà, un gremlin s’en est emparé :
Je prends l’appareil, me le colle sur l’épaule tout en vérifiant que l’exercice de maths du Gremlin Mâle est correct :
Mes poils se hérissent, j’ai reconnu ce ton si particulier du « Madame L », mon doigt se tend vers la touche rouge du combiné quand je me souviens, in extrémis, de mes bonnes résolutions :
Un blanc s’installe. Le « elle-même » n’est certainement pas inscrit dans le scripte, le pauvre bougre se demande s’il doit directement passer à la question 3 ou s’il lui faut tout reprendre depuis le début…
Aussitôt, j’entends un soupir de soulagement. Chouette, j’ai donné la bonne réponse…
Il est bien entendu que je mens effrontément et ce, devant les gremlins, donnant par là un exemple on ne peut plus anti-éducatif, d’autant que l’exercice de maths étant juste, je me suis affalée sur mon lit dans la contemplation du plafond.
Un bruit frénétique de feuilles que l’on froisse m’avertit que la panique s’est emparée du petit bureau outre-méditerranée d’où m’appelle ce jeune homme. Prenant un risque fou, il sort de son scripte :
La lassitude me gagne, je prends une longue inspiration avant de lui signifier la fin de notre échange, mais Speedy embraye déjà sur la question suivante :
Et voilà ! Pour une fois que j’avais décidé d’être gentille, voilà qu’apparaît la phrase de trop :
« Je vous ai bien compris… » ! C’est à se demander si l’esprit du Général De Gaulle ne plane pas au dessus des centres d’appels…
Quoiqu’il en soit, cette petite phrase, insignifiante en soi, me plonge dans la désagréable certitude d’être prise pour une andouille, or, je suis certaine que dans la formation de télévendeur de deux minutes trente que ce jeune homme a reçu, il est spécifié : « Ne jamais prendre le client potentiel pour une buse ! »
Rassemblant le peu de patience qu’il me reste, j’articule :
Je décolle lentement le combiné de mon oreille, l’observe un moment, en silence, puis, sans plus de cérémonie, ni de scrupules, appuie fermement sur la petite touche rouge du téléphone :
Tut, tut, tut…
NB : Ce genre d’épisode, bien que fréquent, n’a rien de comparable avec l’opérateur que vous contactez parce que votre modem ne fonctionne plus et qui vous répond : « Si j’ai bien compris Madame L, vous n’avez plus de connexion ? Bien, connectez-vous sur internet s’il vous plaît… »
Scripte, quand tu nous tiens...
Le principe de la protection du droit d'auteur est posé par l'article L.111-1 du code de la propriété intellectuelle (CPI) «l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d'ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d'ordre patrimonial».
L'ensemble de ces droits figure dans la première partie du code de la propriété intellectuelle qui codifie les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
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