Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 07:00

Elle ouvre les yeux. Elle écoute.

Aujourd’hui, le silence l’a réveillée. Allongée dans son lit, elle ne bouge pas. L’air froid de la chambre lui mord le bout du nez, alors, elle se recroqueville dans la chaleur de son corps. La place à côté d’elle est vide, les draps ne sont pas froissés. Elle glisse la main. C’est froid.

 

Pour les oiseaux, rien n’a changé. Elle les entend chanter au travers des volets clos, indifférents à la tristesse qui envahit peu à peu la maison.

 

Hier encore, leurs rires étouffés dans l’escalier l’avaient tirée de son sommeil. Feignant de dormir, elle les avait entendus tourner lentement la poignée de la porte, marcher doucement sur le vieux parquet, s’arrêtant au moindre craquement.

Avant même qu’ils ne la touchent, elle avait senti leur parfum.

Elle referme les yeux, les oiseaux continuent de chanter et les odeurs jaillissent.

Ronde et douce pour Léa, un peu sucrée, un rien laiteuse.

Déjà presque virile pour Paul.

Elle serre les paupières mais les effluves se sont envolées. Elle se dit qu’on devrait pouvoir les conserver dans des flacons.

 

Le téléphone retentit, la tirant de sa rêverie.

Elle sort une main, décroche vivement et s’empresse de rabattre le drap sur elle.

  •  - Allô ? articule-t-elle d’une voix enrouée.
  • - Mamie ! s’exclament deux petites voix.
  • - Mes chéris ! Vous êtes déjà réveillés. Mais quelle heure est-il ?

 

Elle regarde son réveil, surprise par ce qu’elle y voit.

  • - Oh ! fait-elle, il n’est que six heures et demie ! Allez vite vous recoucher ! Que vont dire vos parents ?
  • - Ils dorment, répond Paul.
  • - Et on n’a pas le droit de faire un câlin comme chez toi, rajoute Léa d’une voix triste.

 

Son cœur de grand-mère se brise en mille morceaux.

Comme elle les aime…

Comme elle voudrait les serrer contre elle…

  • - Vous voulez un câlin ? leur propose-t-elle.
  • - Oh oui ! fait Léa.
  • - T’es idiote ou quoi ? glapit son frère. Mamie, elle est pas là ! On  peut pas faire un câlin à un téléphone !

 

Que de frustration dans la voix du petit garçon…

 

  • - Ecoutez, murmure-t-elle, installez-vous tous les deux dans le lit de Paul…. Vous y êtes ?
  • - Oui, mais Paul, il m’écrase.
  • - Paul, tu veux bien faire un peu de place à ta sœur ?

 

Elle les entend remuer, pousser quelques grognements, puis, enfin, se calmer.

  • - Bien. Maintenant, fermez les yeux. Léa, ferme tes yeux, s’il te plaît.
  • - Mais…, s’étonne la petite fille, comment tu sais ?
  • - Parce que moi, j’ai fermé les miens, et si je me concentre très fort, je peux vous voir. Allez, essayez.

 

Le silence se fait, tout à leurs efforts pour la rejoindre.

  • - Mamie ! Je te vois ! Je te vois ! Et je vois Léa aussi ! On est tous les trois dans ta chambre !
  • - Moi aussi ! Moi aussi ! renchérit la petite fille.
  • - Gardez vos petits yeux fermés mes chéris. Venez sous les couvertures avec moi. Là, comme ça, chacun d’un côté. On est bien, n’est-ce pas ?
  • - Oui Mamie, répondent les deux enfants.
  • - Vous voulez une histoire ?
  • - Oh oui…
  • - N’ouvrez pas les yeux surtout. Bon, vous êtes prêts ? Je commence…

L’illusion fait long feu.

Elle n’a pas d’enfants.

Elle n’a pas de petits-enfants.

Elle n’a que de la tendresse à revendre.

 

Edit de le mi-journée:

Pour les coeurs tendres qui ont pleuré (et râlé!), imaginons un instant que cette mamie va bientôt trouver des petits-enfants adoptifs à qui donner sa tendresse. Il se peut même que ce soit ses petits voisins.

Satisfaites?

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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