La vie bouillonnante d'une femme

Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /2010 07:00

graces.jpgCoucou, c’est bientôt le printemps, c’est l’heure où bourgeonnent les boutons de rose, les arbres se parent de leurs plus belles feuilles, les papillons sortent de leurs cocons, et vous, vous marmonnez :

« Je suis moche. Je suis grosse. Je suis vieille. »


Au moment où vous prononcerez cette phrase fatidique (un jour vous la prononcerez, si ce n’est pas déjà fait…), le réconfort que vous chercherez ne vous sera d’aucun soutien :


- Ben ma poule,  je te trouve très bien moi.

- Tu dis ça mais je sais que tu ne le penses pas.



Ou bien :

- C’est vrai que tu te laisses un peu aller ces temps-ci…

- Mufle !

 

Sache, petite fille que, dès ta puberté, tu seras condamnée à te scruter le visage, les cuisses, le ventre et les fesses à l’affût de la plus petite imperfection :

A 15 ans,  pour être populaire, tes boutons tu soigneras.

A 20 ans, jeune femme, le vieillissement cutané déjà tu affronteras.

A 30 ans, tes chairs s’affaisseront, les vergetures te guetteront, agir il te faudra !

A 35 ans, du sport tu feras mais le botox, tu envisageras.

A 40 ans, trop tard pour changer la donne il sera. A la  liposuccion tu songeras.

A 45 ans, le bistouri, tu étudieras.

A 50 ans, du yoga tu feras !

A 55 ans, ton corps tu maudiras.

A 60 ans, une raison tu te feras…

 

Mais – eh oui, rien n’est vraiment désespéré ! – heureusement pour vous, le printemps arrive avec tout un tas d’excellentes méthodes pour vous rappeler au cas où vous l’auriez honteusement oublié qu’il est grand temps que vous fassiez un régime !


Sur ce sujet, point de discrimination : Les plus enveloppées devront réduire leur masse gélatineuse pour de ne pas choquer leurs concitoyens par une surexposition de chairs graisseuses ; celles dont l’IMC affiche un score encore acceptable devront tout de même s’y plier afin de réduire cette cellulite fort disgracieuse qui fait plisser de dégoût tout être ayant un minimum de sensibilité esthétique et enfin, les plus minces seront fortement encouragées à suivre une cure de remplumage et occulter ces os saillants politiquement incorrects.

 

Hop hop hop, Mesdames, il est temps de se mettre au boulot après avoir chanté tout l’hiver sous vos gros pulls cache-corps, voici venir l’été. Si vous voulez danser, ayez donc l’obligeance d’offrir aux yeux du monde un corps irréprochable de sveltesse et de fermeté.

 

Comment ? Vous n’avez pas de complexes ?? Chère petite Madame, ne désespérez point, ouvrez donc vos yeux sur l’irréalité de votre bien-être corporel, voyez ce joli article qui met le doigt sur vos genoux trop gros, vos chevilles en poteau, vos pattes d’oies vilainement creusées dès que vous souriez.

Alors ?

Ah ! Vous voyez, voici poindre un petit complexe qui bientôt deviendra gros au point de ne plus oser porter cet adorable bikini qui fait pointer votre poitrine en forme de poire alors que la tendance est aux pommes reinettes ! Ne vous a-t-on pas appris que pour être belle il fallait souffrir ?

Pardon ?

Monsieur aussi a des petites rides autour des yeux ? Certainement, certainement… Cela lui donne un air si mature, n’est-il pas ? Et ces tempes grisonnantes, n’est-ce pas terriblement sexy ? Oh ! Et ces petits poignets d’amours, ne sont-ils pas attendrissants à côté DE VOTRE DEGOULINANTE CULOTTE DE CHEVAL !!!!

 

Allez, allez, rassurez-vous, nous sommes là pour vous aider !

Commencez donc par placer votre argent dans cette merveilleuse crème anti-rides que vous appliquerez après la crème hydratante au collagène qui repulpera  votre peau, mais sur le sérum anti-âge qui  resserrera vos pores  tout en régénérant vos cellules. … Et voyez ce bel onguent auto-brozant aux vertus raffermissantes : Pour un acheté, on vous offre un paréo ! Par ailleurs, vous n’oublierez pas vos pilules anti-chute de cheveux ni ces compléments alimentaires nécessaires à la réussite de votre régime.

 

Et si, malgré cela, votre apparence n’est toujours pas conforme à ce que l’on attend de vous, ce sera la preuve de votre manque manifeste de volonté !

Pour autant, consolez-vous : Il paraît que c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes…

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 07:00

psy.gifMa copine Marion est actuellement en pleine réflexion existentielle.
Elle s'interroge sur le pourquoi du comment de sa vie, son utilité sur terre et chez elle, ce qu’elle va faire à dîner ce soir alors que son frigo est vide, enfin, des trucs si cruciaux qu’elle m’en appelle à la rescousse :




-  Au rapport ! Chez moi dans cinq minutes !

- C’est que j’ai mes plinthes à nettoyer moi… La femme de ménage m’a justement fait remarquer qu’elles étaient crades. Elle est épatante celle-là, elle voit tout…

- Viens je te dis, il faut qu’on parle…

 

Pour situer un peu mieux Marion, il faut savoir qu’elle en congé parental depuis, euh, voyons, euh, cinq fois trois, quinze ans. Avant, elle travaillait (en gagnant des sous, s’entend, je ne veux pas avoir le comité de soutien de la FAF sur le dos) mais elle ne sait plus trop dans quoi parce qu’elle est tombée enceinte au bout de deux mois et que le médecin (Paul, son mari) l’a arrêté pour convenance personnelle.

Le petit dernier s’étant échappé de ses jupes pour aller se planquer sous celles de la maîtresse (une belle métisse de 25 ans, faut dire qu’il a du goût), Marion, qui a épuisé tous les téléfilms de M6 de l’après-midi (faudrait penser à leur signaler de renouveler leur stock) est en pleine remise en question de son moi.


J’arrive donc chez elle avec une botte de carottes pour la dépanner quand elle lance, exaltée :

- J’ai trouvé !

- T’as trouvé quoi ?

- Ce que je vais faire de ma vie !

 

Il est également à savoir qu’au cours des six derniers mois, Marion a su vingt-cinq fois ce qu’elle allait faire de sa vie, en passant par restauratrice ouverte de 9h à 11h (faut récupérer les p’tits à l’école) et de 14h à 16h (faut récupérer les p’tits à l’école et préparer une boîte pour Paul), écrivain public, créatrice de bijoux en mousse, blogueuse (ah non, ça, c’est moi…), pour finir par agent immobilier sans permis de conduire. Il faut reconnaître qu’elle a du mérite, même si les reconversions professionnelles de Marion, elles ont vécu ce que vivent les reconversions professionnelles de Marion, l’espace d’un matin…

 

J’écoute d’une oreille distraite tout en grignotant ma carotte :

- Voilà, commence-t-elle, je vais devenir psychologue !

- Oui, oui… Continue.

- J’ai toutes les capacités requises pour ce job.

- Bien sûr, bien sûr… Qu’entends-tu par qualités requises ?

- Eh bien, j’ai élevé cinq enfants, des bébés, des ados, des maris…

- Des maris ? Hmmm, intéressant…

- J’ai écouté, conseillé, calmé les copines…gratuitement en plus !

- Si je reformule, l’aspect pécuniaire est un facteur déterminant pour toi, est-ce exact ?

- Ben évidemment, sauf que je veux gagner des sous en aidant les gens en détresse psychologique.

- Tu as un objectif… C’est très positif… Mais, pour l’atteindre, tu dois savoir qu’un long travail personnel te sera nécessaire…

- Je sais, dans la formation que j’ai repérée, une psychanalyse est obligatoire ET incluse dans le forfait.

- Tout à fait, tout à fait, je sens que tu fais de grands progrès.

- En plus, j’en ai parlé à Isabelle, Justine, Pauline, Valérie, Nathalie, Laurence, Marie, et figure-toi qu’elles y songent aussi !


- Ben tiens ! Comme ça, vous pourrez vous psychanalyser les unes les autres.

- Tu sais que c’est pas idiot ça… Ca te dirait de te joindre à nous ?

- Nan ! D’abord, ton truc, c’est idiot ! Toutes les bonnes femmes de notre ton âge se retrouvent soudainement avec des âmes de psycho-machin-chose ! Rien que dans mon immeuble, y’en a quatre, elles ne s’adressent plus la parole, ne se tiennent pas la porte dans l’ascenseur et sautent sur tout bipède potentiellement futur patient. Je ne sais pas moi, fais boulangère, y’a plus moyen de trouver du bon pain dans cette ville, y’a plus que des psys !

Allez, salut, j’ai les plinthes qui m’attendent et si je ne les nettoie pas avant demain, je vais me faire engueuler par la femme de ménage.

 

De retour à la maison, j’attrape Mr Gremlin :

- T’sais c’est quoi la nouvelle lubie de Marion ? Non ? Psy ! Psy ! PSY !

- Et alors ? répond-il pour dire quelque chose.

- Et alors ?! Mais ce n’est pas original du tout !!! Qu’est-ce qu’elles ont toutes à vouloir devenir psy à la fin ? C’est la crise de la quarantaine qui les travaille ou bien ?

- Tiens, c’est marrant que tu me dises ça, fait-il, soudain intéressé par la conversation.

- Ah bon ? Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?

- Il me semble que dans un passé pas si lointain, tu avais toi-même envisagé de…


- Ca va, ça va !! De toute façon, ça ne sert à rien de discuter avec toi ! Vois-tu, si tu prenais le temps d’approfondir un peu les choses, tu te rendrais compte que notre vie, nos choix, sont dirigés par un vécu transmis de génération en génération. Par exemple, si Gremlin mâle vomit dès qu’il porte un pyjama rouge, c’est probablement qu’il revit un traumatisme trans-générationnel lié à cette même teinte, et il ne faut pas être psy pour comprendre que c’est du sang ! Si notre fille aime autant se brosser les cheveux, il y a fort à parier qu’une de nos ancêtres a sacrifié les siens pour une noble cause - oui, parfaitement, une noble cause ! – conséquence du soin extrême que Grande Gremlin prend de sa chevelure ! Si…

- Si j’adore autant les pommes de terre, c’est forcément parce que mon arrière-arrière-arrière grand-père, malgré tout l’amour qu’il portait à son épouse, l’a assommée avec un sac de patates à force de l’entendre jacasser dans ses oreilles !

 

Pfff… Je ne jacasse pas moi, j'analyse!

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /2010 07:00

ski.jpgIl y a quelques jours de cela, en regagnant mes pénates, j’ai croisé ma copine Marion déguisée en Bibendum : Grosse doudoune (mon Dieu, ce que ça ne l’arrange pas…), bonnet, écharpe, moonboots, tenant à bout de bras de multiples sacs à peine moins gros grands qu’elle. Intriguée, j’approchai tout en me demandant comment elle allait s’en tirer.

- Ah tiens, salut ! Tu m’aides ? fit-elle, ravie de trouver sa solution

- Tu déménages ? m’enquis-je

- Nan, on part au ski la semaine prochaine, je suis allée chercher les affaires à la cave.

- Mais, euh…, t’as loué une semi-remorque pour trimbaler tout ça ? D’ailleurs, y’a quoi là-dedans ?


- Oh tu sais, les trucs habituels, combi, casques, chaussures de ski, après-skis, luge… Enfin, ne me dis pas que tu n’es jamais partie au ski ???

- Pfff…. j’y ai VECU, MOI, à la neige Madame ! J’ai affronté des températures avoisinant les – 35°C, j’allais acheter le pain à pied, à 5km de la maison, sous des tempêtes effroyables et je n’avais que six ans ! Parfaitement !

- Je croyais que tu étais née dans le Sud ?

- J’ai migré !

- Et c’était où ?

- Dans le Jura. On habitait une petite maison dans le no man’s land, papa était en bas qui coupait le bois, maman était en haut qui préparait le lolo…

Je ne sais pas pourquoi, parfois, Marion me regarde bizarrement…

- Allez monte, t’as besoin d’un petit remontant et tu vas me raconter ça tranquillement. J’ai comme l’impression que tu en as gardé de sacrées séquelles.

 

 

Des séquelles ?! Une haine viscérale pour tout ce qui froid, mouillé et glissant… (Que les esprits grivois se retirent promptement de ce lieu !)


Lourdement trompée par ce père qui me vantait les avantages de vivre dans un monde tout de blanc vêtu, s’acharnant à me faire glisser sur une luge, engoncée sous trois épaisseurs de vêtements, je terminai invariablement mes épopées la tête dans la neige sous les regards tendrement compatissants de ma maman, bien trop planquée près du radiateur pour me venir en aide…

Je fus alors initiée au ski de fonds, ce qui me valut d’être bien plus souvent les quatre fers en l’air que les pieds sur les skis.

A ce stade, mon papa, satisfait de mes progrès (l’amour paternel est souvent aveugle ou était-ce le déni d’avoir une fille à l’oreille interne détraquée ?), jugea que j’étais prête à affronter les pistes.

Affublée de chaussures de torture (j’en sens encore la morsure sur les tibias), je le suivis, accablée, vers ces engins que l’on appelle des tire-fesses. Après quelques explications sommaires, je glissai l’instrument entre mes jambes (esprits grivois, dehors !), me cassai la figure un certain nombre de fois avant de parvenir au sommet où mon père m’attendait en hurlant :

- Maintenant, tu lâches ! Lâche! Tout de suite !!! Non, ne lâche plus ! Accroche-toi !!

C’est ainsi que je fis un tour complet, accrochée à cette tige, au dessus du vide, bien contente de revenir au point de départ !

Que dire de ces descentes longues et pénibles, le buste en avant, les bras écartés et le regard rivé sur mes skis en chasse-neige ?


Depuis, les seules fois où je suis remontée dessus furent celles où je me laissais guider par un moniteur. Lui devant, moi derrière (esprits grivois, retournez à Google !), il faut croire que la vue motivait mon sens de l’équilibre…

Malgré cela, je ne me suis jamais rien cassé et mon papa continue de croire que j’étais une assez bonne skieuse !


Et les gremlins dans tout ça ? Sont-ils privés de neige à cause de leur mère faiblarde sur ses guiboles ? Eh bien, il faut avouer que depuis que j’ai fait la culbute en dirigeant un traîneau tiré par des huskies en furie, vu trente-six chandelles avant de me réveiller entourée de molosses qui hurlaient à la mort, je ne suis plus très « open-minded », ce qui n’est finalement pas si grave puisque le réchauffement climatique leur permettra bientôt de chausser leurs skis à Paris !

Quant à Monsieur Gremlin, rencontré (comme c’est étrange) dans une station de sports d’hiver, il a eu, depuis, la délicatesse de s’exploser les ligaments du genou.

Ah, l’amouuuur….

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : Nanas...mais mamans aussi!
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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 07:00

femme-volant.jpgLes annonceurs l’ont bien compris, le choix d’un véhicule n’est plus une affaire exclusivement masculine, la parité s’étend aussi au domaine automobile. Fini l’image de la nunuche accompagnant son époux chez le concessionnaire, les gremlins pendus à ses jupes, attendant, passive et sourire niais aux lèvres, que se conclue ce contrat d’hommes.

 

Pourtant, il reste bien certaines irréductibles pour lesquelles une voiture demeure une caisse en tôle dont le but est de transporter un individu du point A jusqu’au point B dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire, avec un autre conducteur qu’elles-mêmes.

Non pas que ces femmes actives, indépendantes et intellectuellement avantagées soient des gourdes au volant mais l’idée de se faire insulter parce qu’elles respectent les consignes de sécurité, klaxonner parce qu’elles ne démarrent pas pied au plancher au moindre stop ou ralentissent au feu orange, n’a rien pour les séduire.

 

Ces femmes, aussitôt installées à la place de la conductrice,  rêvent d’un modèle avec chauffeur intégré dont le volant n’aurait d’utilité que pour y apposer les mains afin d’y vernir leurs ongles. Elles caressent avec reconnaissance la boîte de vitesse automatique – seul point sur lequel elles ont émis un avis quant au choix du cube – en priant pour que nul ne les emboutisse. Car si tel était le cas, elles seraient alors obligées de conduire un de ces vieux modèles manuels.

Et, s’il leur est aisé de passer les vitesses, rétrograder leur pose un problème de taille. En effet, préoccupées par des sujets autrement plus importants, il leur arrive d’oublier sur quelle vitesse elles se sont arrêtées, paniquent, jettent un œil désespéré à la boîte, calculent rapidement dans quel sens elles doivent bouger la manette, quittent la route du regard au risque de rater un virage ou de se retrouver encastrées dans l’arrière-train du camionneur qui vient de leur faire une queue de poisson accompagnée d’un bras d’honneur.

Aussi, s’appliquent-elles à rouler prudemment en respectant les distances afin d’éviter qu’un tel cauchemar ne devienne réalité et fulminent contre les automobilistes irrespectueux qui leur reniflent le pot d’échappement !

 

Lorsqu’elles n’ont d’autres choix que de se déplacer à quatre roues, elles vérifient plusieurs jours à l’avance les possibilités de rangement de l’auto afin de s’éviter tout stress inutile : Le créneau.

Ces femmes, très débrouillardes par ailleurs, se sentent toutefois seules au monde dès qu’il s’agit d’enclencher la marche arrière, leur rapport à l’espace s’en trouve perturbé, ne sachant plus dans quel sens tourner le volant ; le compas qu’elles cherchent désespérément n’est certes pas dans leur œil, elles s’énervent, transpirent et abandonnent l’exercice s’enfuyant la tête dans les épaules, sous les propos peu flatteurs des Fangio impatients.

Elles trouvent alors refuge dans un parking payant, s’y garent aussi bien qu’elles peuvent tout en pestant contre l’étroitesse des places, appréhendant le moment où elles devront s’en extraire…en marche arrière !

 

Ces êtres doués de raison décident alors de rebondir : Elles regardent d’un œil nouveau les annonces publicitaires, feuillètent « Auto-moto », poussent la porte des concessionnaires, à la recherche du modèle parfait puis prennent une décision mûrement réfléchie :

- Chéri, c’est décidé, on achète un chauffeur ! Et comme je suis sympa, c’est toi qui choisis la couleur !



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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 07:00

piednoir.gifNaître dans une famille pied-noir, c’est à peine moins pire que dans la mafia…

Etre une fille dans une famille pied-noir composée principalement d’éléments masculins, c’est à peine moins pire que dans la mafia…

Avoir trois oncles pieds-noirs, un père qui se convertit à l’occasion, des frères et des cousins pieds-noirs, c’est à peine moins pire que dans la mafia…

 

Aussi, lorsque je ne pus déroger plus longtemps à la présentation officielle de celui qui aurait plus tard le courage de m’épouser (et les pieds-noirs avec), n’en menai-je pas large !

Bien sûr, j’avais pris soin de ne pas trop approfondir les quelques particularités familiales à mon prétendant. J’en tenais un, il fallait que je le garde !

Une fois qu’il fut suffisamment bien arrimé, je décidai qu’il était assez fort pour affronter ces présentations sans prendre la poudre d’escampette.

 

La famille au complet s’était réunie pour l’occasion.

Les femmes préparaient le traditionnel couscous, les hommes parlaient déjà haut, se pliant ainsi à la coutume ancestrale : « Si tu veux être entendu, parle plus fort que les autres ! ».

C’est dans cette bruyante cacophonie que j’abandonnai mon amoureux dans la fosse aux pieds-noirs.

Comme un seul homme, mon père (qui, pour cette fois, ne fut pas mécontent d’avoir des beaux-frères aux cordes vocales fort développées), mes oncles, frères et cousins s’alignèrent en une seule file bien serrée, faisant face au coupable, qui, jusqu’à preuve du contraire, n’avait rien d’un innocent.

Mon père dégaina le premier (privilège de géniteur oblige), fit un pas en avant, sortit le fusil de mon grand-père et, souhaita ainsi la bienvenue à son futur gendre :

- Tu sais ce que c’est ça ?

- Non.

- C’est le fusil de mon père. Il s’en est servi pendant la guerre. Je n’hésiterais pas à m’en servir à mon tour si tu ne respectes pas ma fille.

 

Les oncles approuvèrent, soudain fier de ce beau-frère souvent trop effacé à leur goût, puis s’avancèrent, la mine grave :

- Dans la famille, les filles, c’est sacré, commença l’aîné.

- Surtout qu’elles sont pas nombreuses, continua le second.

- La petite, c’est notre fille aussi, termina le troisième.

 

Là-dessus, mon père s’interposa :

- Hé ho, doucement, c’est MA fille, pas la vôtre, vu ?

 

S’ensuivit une discussion des plus animée entre ces quatre pères. Je souris d’aise, les présentations s’étaient merveilleusement bien passées, et rassurai comme je le pus mon fiancé, tout en veillant à envoyer un de mes cousins bloquer la porte de sortie, au cas où…

Les hommes l’invitèrent à sceller son entrée dans la famille autour d’un verre bien plein, il se crut sauvé.

 

C’est alors que les femmes entrèrent en scène.

Et là, il valait mieux avoir l’estomac bien accroché.

Elles l’assirent de force à table, et tous les plats traditionnels familiaux défilèrent sous ses yeux, pour atterrir dans son assiette. Alors qu’il portait chaque bouchée à ses lèvres, elles le scrutaient, examinant attentivement la moindre de ses expressions, le félicitant dès qu’il poussait un « Ah ! » de contentement, fronçant les sourcils lorsque son extase était trop longue à se manifester.

Ce courageux jeune homme se laissa gaver sans sourciller – je sus, à ce moment-là, que son amour pour moi n’était pas feint – mangeant, avec le sourire, trois grandes assiettées de couscous, sous les regards attendris de notre madone :

- C’est bien, mon fils, mange !

 

Au terme de la journée, je ne fus pas mécontente de prendre congé de cette famille (bien-aimée au demeurant) dont l’excitation sonore m’avait collé des bourdonnements auditifs.

Dans la rue, mon futur me mis au parfum :

- Elle est marrante ta tribu, mais ça ne vaut pas la mienne ! Et tes oncles, c’est de la rigolade à côté de mes tantes ! Tu ne pourras pas dire que je ne t’avais pas prévenue…

 

Mon amour pour lui n’était pas feint non plus, mais ça, c'est une autre histoire...

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Par Sophie L. - Publié dans : La vie bouillonnante d'une femme - Communauté : tribulations de filles
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