Atelier d'Ecriture

Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /2010 07:00

mariage.jpg- Tu es prête ?

- Non.

- C’est une blague ?

- Non. Je ne sais pas quoi mettre.

 

C’est bien un truc de bonnes femmes ça ! Des placards qui dégueulent et jamais rien à se mettre sur le dos. Et toi, tu ne fais pas exception à la règle. A une différence près : Tu joues tellement au yo-yo que la taille de tes vêtements varie entre le 38 (que tu fantasmes un jour de porter) et le 46. Quand je te regarde, je me dis que tu ferais aussi bien de passer directement au 48.

 

- Alors, tu te magnes ?

- Oui, j’arrive ! De toute façon, ils ne pourront pas commencer sans moi.

- Et pourquoi ça ?

- Parce que c’est moi qui ai les alliances !

 

Finalement, ça ne m’étonne pas. Tu as le chic pour fourrer ton long nez partout, te rendre indispensable alors que personne ne t’a rien demandé.

 

- Tu aimes ?

 

A quoi bon prendre le temps de te regarder ? Je te connais par cœur…

 

- Tu es parfaite.

 

D’ailleurs, tu n’ m’écoutes pas, tu m’as déjà tourné le dos, indifférente à mon opinion. Tant mieux, ce sont autant de problèmes évités.

Je me demande pourquoi tu aimes autant les mariages. Quand on voit le nôtre on aurait plutôt envie de fêter les divorces !

 

- Tu te souviens de notre mariage ?

 

Et v’lan, voilà que tu remets ça !

Mais pauvre nouille, ça fait trente ans que j’essaie d’oublier ! Trente ans que je me suis fait berner par ta prétendue grossesse de merde ! Trente ans que t’es cocue ma pauvre et que je sais que tu sais. Trente ans que tu me traînes de mariage en mariage et que j’y chasse mes maîtresses toujours plus jeunes, plus fermes et plus belles que ta face de coker ! Quoique tout bien considéré, je craigne d’offenser l’animal…

Trente ans que tu refuses le divorce uniquement pour m’emmerder…

Vas-tu finir par crever à la fin !

 

Dans l’encadrement de la porte, elle observe son époux. En spectatrice silencieuse, elle entend ses pensées qui ne la blessent plus depuis longtemps. Elle s’avance vers lui et lui tend les clés de la voiture :

- Je suis prête.

Puis elle ajoute, provocante :

- Ne pense plus, tu te fais du mal.

 

Ah… Pour un peu, je t’étranglerais ! J’imagine ton visage congestionné, rouge du sang emprisonné, tes yeux écarquillés, la bouche ouverte sur ta langue gonflée, ton…

 

- Hé ho ? Tu rêves ?

- C’est ça, je rêvais…

- Peut-être qu’il se réalisera un jour ton rêve, répond-elle, le fixant de son œil narquois.

 


L’homme ne prend pas la peine de répondre, il se contente d’attraper les clés de la voiture, jouissant de lire sur le visage de son épouse toute la frustration d’une querelle avortée.

Dans l’auto, les mains agrippées au volant, son esprit l’entraîne vers des pensées meurtrières.

« La place du mort, pense-t-il, elle occupe la place du mort… »

Songeur, il cherche pourquoi le siège du passager est appelé de la sorte.

« Sans doute existe-t-il des statistiques sérieuses sur le sujet, les pourcentages ont certainement démontré que, lors d’un accident automobile, l’occupant du siège avant droit est le plus exposé aux risques mortels… »

Il fouille sa mémoire à la recherche de faits divers ayant entraîné la mort du passager mais la survie du conducteur.

 

Un choc frontal contre un mur ? Une collision sur l’autoroute ? Ou bien un virage mal calculé entraînant la chute du véhicule dans le ravin ?

Il se prend à évaluer les chances, pour lui, d’en réchapper indemne et les risques, pour elle, de s’en sortir sans égratignures ou pire, physiquement impotente, ce qui le réduirait « ad vitam æternam » à la merci des exigences de sa femme.

 

- Plutôt crever moi-même…, marmonne-t-il.

- Plaît-il ? intervient son épouse.

- Ta gueule…formule-t-il, les lèvres closes.

 

Il rattrape le fil de ses pensées, décide qu’il ne doit pas agir dans la précipitation. Il n’aurait droit qu’à un seul essai.

Il commencerait par des recherches sur internet, étudierait avec soin les meilleurs accidents. Il chercherait un lieu suffisamment dangereux pour faire taire les éventuels soupçons, mais pas trop non plus pour y risquer d’y laisser sa peau. L’idéal serait qu’il puisse faire un essai. Avec un mannequin par exemple, ce qui lui permettrait d’évaluer si les blessures pourraient se révéler mortelles ou pas.

Bien sûr, il faudrait veiller à effacer toute  trace de ses recherches sur son compte internet.

Ce projet l’excite tellement qu’il dépose tendrement un baiser sur la joue grasse de son épouse stupéfaite.

 

La jeune femme referme brusquement son livre. Son fiancé sursaute, étonné par cette violence.

- C’est pas bien ? lui demande-t-il.

- C’est ta mère qui m’a conseillé ce livre. Elle pensait que ça me détendrait à la veille de notre mariage… Au fait, ton père, il est mort de quoi déjà ?


Consigne de l'Atelier: Mariage

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 07:00

lapinalice.gifC’est l’histoire d’une femme née avec une horloge dans le cerveau.

Les tic-tacs résonnent dans sa tête ponctuant le rythme de ses journées.

Chaque minute a son rôle.

Les tâches s’exécutent, solennellement approuvées par les heures qui s’écoulent.

La pauvre âme est tellement programmée que, dès qu’un imprévu se glisse dans son rouage horaire, elle en perd sa trotteuse.

 

Elle se désespère de faire les cent pas sur le trottoir, dans l’attente impatiente du malotru qui n’arrive pas. Les pieds trempés dans ses sandales, elle reçoit, offusquée, les quolibets indélicats des automobilistes qui la dépassent.

 

Elle regarde sa montre et soupire.

« Si l’on mange en 37 minutes, à condition de commander tout de suite, nous pourrons arriver à temps pour la séance. Sachant qu’il y a 15 minutes avant le film, on pourra peut-être boire un café. Ou un dessert. Mais pas les deux. Ca non ! On n’aura pas le temps ! 

Voyons… Nous pouvons toujours aller à la séance suivante. Je prendrais le train de retour de 17h32, j’arriverais à la gare à 17h53, disons 57 avec le retard, ça me fait donc 18h06 à la maison, j’aurais encore le temps de préparer mon bœuf bourguignon et, si je me dépêche un peu, je passerais à table à 19h15… Oui, c’est bien aussi. »

 

Soulagée, elle ose un regard triomphant à son bracelet-montre : « Te voilà bien attrapé ! », dont les aiguilles poursuivent leur tour, imperturbables.

 

Tac, tac, tac, fait le soulier sur la chaussée.

« Toujours être en retard à un rendez-vous galant… » lui répétait sa maman.

Mais voilà, c’était son premier rendez-vous, elle ne voulait pas risquer de le manquer…

 

Un homme s’approche :

- Vous avez l’heure ?

- 12h36, répond-elle sans un regard.

 

Le doute fait place à l’impatience.

« Nous avions dit midi, n’est-ce pas ? Midi pile ! J’ai d’ailleurs bien insisté sur le pile. C’est joli, je trouve, le pile… C’est rond et précis à la fois. D’ailleurs, je dis toujours midi pile, parce que treize heures piles, c’est trop tard pour déjeuner. Oui, oui, j’en suis sûre, midi pile !

Me serai-je trompée de jour ?

Impossible, on a dit Lundi, je le sais parce que je me souviens avoir pensé que j’aurais le temps de faire le marché, à condition de partir 10 minutes plus tôt, pour ranger mes légumes et prendre le train de 10h58. J’y étais même à 56, des fois qu’il serait en avance.

C’est ça, j’en suis bien certaine, mais alors…. pourquoi n’est-il pas là ? »

 

Quelle triste vision pour les passants que cette femme ruisselante, seule sur un trottoir, dont le visage se tord sous la colère qui l’envahit…

 

Soudain, la voilà qui s'agite.
Sa main furète dans son sac. Elle en sort un appareil vibrant d’exaspération qu’elle colle fébrilement à son oreille :

- Allô ? Allô ?

- Vous êtes en retard !

- Quoi ?... En retard !...Mais, non, je…

- On avait dit midi pile, il est 12h44…

 

L’incrédulité fige ses traits. En retard ? Elle ? Impossible !

 

- On avait dit midi pile, en face du numéro 32.

 

Elle lève les yeux. Elle rit. Elle est au numéro 23…

 

- J’arrive ! J’arrive ! Attendez-moi !

 

Elle court à son rendez-vous, libre enfin.

 

Elle est en retard…

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Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /2009 07:00

Il claque des dents.

Lentement, il remet son pyjama de ses doigts gourds, se roule en boule entre les draps glacés, remonte les couvertures sous son nez.

La chaleur s’empare de lui, peu à peu, est-ce la fièvre qui apparaît déjà ? Doit-il l’appeler tout de suite ou attendre le matin ?

Le mieux serait de la laisser dormir encore. Elle se plaint sans arrêt d’être fatiguée…

Elle est lente, grosse et fatiguée.


Le matin, quand elle se lève, elle dit :

« Sois gentil, veux-tu, je suis fatiguée » ou bien alors, « va chercher une bouteille de lait à la cave, s’il te plaît, tu iras plus vite que moi. »

Voilà qu’il s’échauffe à nouveau. Il bouge tellement que les ressorts du sommier en grincent de protestation. Ce n’est rien à côté des siens quand elle s’allonge pour la sieste !

« Pourquoi es-tu si méchant ? » questionne la voix dans sa tête.

« Je ne suis pas méchant, se défend-il, c’est elle qui n’est plus pareille… Moi, je l’aime, mais elle… »

« Elle t’a pourtant juré qu’elle t’aimerait toujours. »

Cependant, il doute. Il voudrait la croire, mais…

 

La chambre s’éclaircit doucement. Le matin arrive. Bientôt, il entendra sa démarche lourde et traînante.

Elle l’appellera : « Eric, lève-toi, c’est l’heure ». Il ne se lèvera pas. Alors, elle viendra et découvrira qu’il est malade, car il est malade, n’est-ce pas ? Il tâte son front, il est tiède. Il secoue la tête, il n’a pas mal. Il ne grelotte ni ne transpire, il n’est pas malade ! Tous ces efforts pour rien ! Que c’est énervant…

Le jour est là, maintenant.

Bizarre, il n’entend rien, ni chasse d’eau, ni ressorts, ni pas. Que fait-elle donc.

Soudain, il a peur : Est-elle partie ? Elle l’a prévenu que bientôt, elle partirait. Est-il possible qu’elle l’ait fait sans lui dire au revoir ?

Sa gorge se gonfle, il a du mal à avaler. Il ne voit plus rien, les larmes inondent ses joues, il veut qu’elle vienne, même lente, même grosse, même fatiguée.

« Maman, hoquète-t-il, maman, s’il te plaît, viens… »

Il ne supporte plus cette attente. Silencieusement, il se lève et se dirige vers le salon.

Le sapin est là, encore illuminé de la veille, les cadeaux attendant d’être déballés. Il s’approche, se laissant envahir par le désir de les ouvrir, lorsqu’il entend du bruit dans la cuisine. Sa grand-mère se tient debout, une tasse de thé à la main :

- Déjà levé bonhomme ! Tu as hâte de voir ce que le Père Noël t’a apporté ?

- Grand-mère, à 10 ans, on ne croit plus au Père Noël !

- Détrompe-toi mon chéri, cette nuit, il est passé... Un enfant est arrivé, ton frère.

 

Il sourit.

Adieu lenteur...

Adieu lourdeur...

Adieu fatigue...

 

Joyeux Noël à tous !


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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 07:00

Des bruits étouffés.

Des pas précipités.

Une porte qui claque.

 

Il ouvre les yeux. Silence.

 

Rien ne se passe. C’est encore la nuit puisqu’il ne voit rien.

Quelle heure est-il ?

Il résiste à l’envie de regarder sa montre. S’il le fait et qu’il n’est pas l’heure, ça va l’énerver, il ne pourra pas se rendormir.

Oui mais, si c’est l’heure, il pourrait se lever, non ?

Il n’entend rien.

Il décide que ce n’est pas l’heure.

 

Les yeux ouverts, il essaye de se souvenir. A quoi rêvait-il ?

C’est son image qui apparaît aussitôt.

Il est en colère. Non, pas elle, toujours elle.

Il sent son parfum, la chaleur de son sein contre lequel il ne s’est pas blotti depuis longtemps.

- Tu vois bien que ce n’est pas possible ! lui a-t-elle dit hier soir.

Elle a ri. Pourtant, cela ne l’a pas amusé, lui.

 

Il trouve qu’elle est lente. Pour tout.

Pour se lever. Pour marcher. Pour entrer dans la voiture et pour en sortir aussi.

Elle souffle, elle respire fort, elle lui dit :

- Mais attends-moi, voyons ! As-tu besoin de courir ainsi ?

Il ne court pas, c’est elle qui est lente.

Il voudrait lui dire mais, à chaque fois, il se retient. Il ne veut pas lui faire de peine.

 

Son cœur bat plus vite. Il touche ses joues, elles sont chaudes.

Voilà, à cause d’elle, il ne peut plus dormir !

Aussitôt, des larmes jaillissent.

« Pardon, je ne voulais pas… », pense-t-il très fort.

 

Il bouge dans son lit, repoussant les couvertures du pied.

C’est malin, voilà qu’il a froid. Il tremble.

Et s’il tombait malade ? Ca l’obligerait à s’occuper de lui !

Il retire son pyjama, s’allonge et reste immobile.

A tâtons, il cherche le bouton du radiateur qu’il éteint.

Déjà, il éternue, c’est bon signe ! Une petite goutte pointe au bout de son nez, le rhume est en chemin.

Il grelotte. C’est qu’il fait froid tout de même ! Demain, c’est sûr, il aura de la fièvre. Elle sera obligée de rester avec lui. Il s’allongera sur le canapé, elle lui caressera le front. Mais elle ne pourra pas s’étendre à ses côtés, parce qu’elle est trop grosse.

Elle est lente et grosse.


Ca la fait rire, elle, d’être grosse, pourtant, lui, cela ne l’amuse pas !

Suite et fin Jeudi 24 Décembre...

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 07:00

Je déteste le rose.


Sans doute, en d’autres temps, l’eussé-je aimé, mais, comment vous dire, entre le rose et moi, c’est devenu physique, on ne se supporte plus !

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Entre nous, tout avait si bien commencé…

 


Voyez-vous, je suis née dans le rose, d’ailleurs, à ma naissance, ma mère a tout de suite donné le ton : « Voyez ce teint de rose ! ».

Dire que cette phrase, banale en soi, a façonné le reste de mon existence ! Ce furent les premiers mots de ma mère à mon sujet et, dès lors, elle ne put s’adresser à moi sans utiliser ce terme à tout propos : « Mon bouton de rose » par ci, « ma rose de vents » par là.

Cela vous fait sourire, je le vois bien, mais vous ne pouvez imaginer mon calvaire, lorsqu’à 15 ans passés, elle essayait encore de me persuader que les filles naissaient dans les roses !

 

Pourtant, au début de ma vie, nous nous entendions bien, le rose et moi : toujours présent mais pas trop encombrant. J’appréciais ses teintes, allant du rose pâle au rose criard en passant par le rose bonbon. J’aimais à le porter dans mes cheveux, en parer mes poupées ou encore en déposer sur mes lèvres, en cachette.

Puis, peu à peu, de façon sournoise, le rose s’imposa, chassant toutes les autres couleurs de mon entourage. De la chambre de ma mère, il envahit la mienne, puis le salon et enfin toutes les pièces de la maison.

Edith Piaf passait en boucle sur le vieux tourne-disque de maman. Dois-je vraiment vous préciser le titre de la chanson ?

 

Rose, rose, rose ! Toujours du rose !

 

Lorsque je me risquais dehors, toute de rose vêtue, seuls ses éclats retenaient mon attention.

J’étais invariablement attirée, hypnotisée, envoûtée, maraboutée !

Quel cauchemar ! Quand j’y repense, je me demande encore comment je fis pour m’en délivrer…

Ma mère m'y aida beaucoup.
En mourant, la pauvre…
Elle succomba à une indigestion de barbe à papa, friandise rose dont elle raffolait. Ne dit-on pas que la gourmandise est un vilain défaut?


Je fus remise à un organisme d’aide à l’enfance, qui, vue l’étendue des dégâts, se hâta de m’enfermer dans un établissement spécialisé. Spécialisé en quoi ? Ca, je ne saurai vous le dire !

Quoiqu’il en soit, je m’y suis tout de suite sentie à mon aise, pour la simple raison qu’il marque ma rupture avec le rose. On m’en a aussitôt dépouillée pour me passer cet adorable vêtement blanc, un peu rugueux, aux manches longues qu’on peut attacher dans le dos, vous voyez ?

Oh non ! Aujourd’hui, j’ai mis celui à manches courtes, en votre honneur…

 

Où en sommes-nous, aujourd’hui, de nos relations, le rose et moi ? On s’ignore, je ne le vois plus.

 

Mais, j’aime beaucoup le vert, pas vous ?

Note de l'auteure:
L'abus du rose peut être nocif pour la santé...

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