Atelier d'Ecriture

Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 07:00

 

temps-perdu-copie-1.jpg

 

Aujourd’hui, je me suis éveillée en sursaut.

 

Une évidence :

J’ai perdu toutes ces années qui sont passées devant moi sans même m’en avertir.

Pourtant, il me semble bien les avoir vécues…

Comment ai-je fait pour les perdre ? Pourquoi ne pas les avoir retenues ?

 

Je les ai vues s’éloigner doucement, à petits pas silencieux.

Silencieuses et lointaines… Lointaines surtout.

 

J’ai cru avoir le pouvoir de les faire revenir à tout moment.

Elles ne m’en ont pas laissé le droit.

Et elles ont disparu de mon horizon.

 

Ce serait perdre mon temps que d’aller à leur recherche.

Je consacrerai plutôt celui qui me reste à chérir celles à venir.

Si je peux.

 

Mr Proust ne m’en voudra pas, j’espère, de lui avoir emprunté un titre…


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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : Interlignes
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 07:00

20-ans.jpg « On n’a pas tous les jours vingt ans, ça n’arrive qu’une fois seulement… »

 

Quand elle était enfant, Lola se trompait souvent dans les paroles de la chanson et, très sérieusement s’exclamait : « On n’a pas tous les jours vingt ans, ça n’arrive qu’une fois par an… ». Ses parents riaient de son lapsus, ce qu’elle n’admettait pas et l’enfant se jurait alors que lorsqu’elle atteindrait cet âge fatidique, ils verraient ce qu’ils verraient !

 

C’était devenu son but, son objectif et sa ligne d’arrivée, comme si, parvenue à vingt ans elle découvrirait alors un monde inconnu que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Car à force de les chanter, de les poétiser, de les idolâtrer, ils devaient assurément avoir quelque chose d’extraordinaire ces vingt ans-là…

 

Dès lors, elle avait développé une passion frisant l’obsession pour tout ce qui touchait au nombre fétiche. Et lorsque quelqu’un lâchait un désespéré « Je n’ai plus vingt ans », elle plongeait dans une grande perplexité. Pour elle, atteindre cet âge divin signifiait l’aboutissement de la quête du Graal, où la chrysalide se transforme en ce beau papillon pour qui rien n’était impossible.

 

Elle s’imaginait, dans la nuit des ses vingt années, s’extraire du cocon étouffant de l’enfance, déployer un corps svelte aux longs membres graciles et offrir au monde un visage pur et lisse dénué de la plus petite trace pouponne.

 

C’est dans cette attente qu’elle atteignit l’adolescence, convaincue qu’outre la splendeur, ses vingt printemps lui apporteraient la clé des champs. N’était-ce pas à l’aube de leurs vingt ans que les plus Grandes avaient vu leur destin basculer ?

 

Le sien, elle en était sûre, ce n’était pas sur les bancs du lycée qu’il la guettait, pas plus que dans le regard énamouré de son camarade de classe ou encore dans le discours moralisateur des ses paternels.

Son destin à elle se cachait dans un endroit bien plus inattendu, encore inconnu, ou bien au contraire si familier qu’elle n’y songeait même pas !

 

A 18 ans, Lola passa son bac, y fut reçue sans faire de vagues.

Elle goûtait avec délice à un avant-goût de liberté, appréciant par anticipation la délivrance tant attendue dont elle entendait le chant enivrant.

 

Alors, un monde nouveau s’ouvrit à elle, elle s’émerveilla de tant de découvertes jusqu’ici insoupçonnables et se laissa conduire vers cet inconnu que les à peine plus de vingt ans s’offrirent de la guider…

 

Elle s’enivra de nouveaux plaisirs, goûta aux fruits défendus, se piqua de lubies venimeuses, empoisonna son corps et son esprit de substances traîtresses. Peu à peu, la perspective de ses vingt lumineux se perdit dans les brumes obscures de sa jeunesse saccagée.

Elle sombra dans une nuit sans fin, sans réveil.

 

Léa n’avait pas encore vingt ans.

Les avoir ne lui importait plus.

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 07:00

coeur-brise.jpg L’enfant est couché dans son lit. Comme tous les soirs, il attend que ses parents viennent l’embrasser. Il les entend discuter dans la cuisine dans le joyeux tintamarre des casseroles et des assiettes.

Il aime cette attente.

 

Parfois, lorsqu’ils tardent trop, il les rappelle à l’ordre, il a toujours peur qu’ils ne l’oublient.

 

Ce soir, c’est son père qui pénètre le premier dans sa chambre pour le baiser nocturne. Il n’a pas encore eu le temps de se changer et il porte les odeurs du dehors, étrangères à son univers. Il n’ose pas le lui avouer mais l’enfant n’aime pas cette odeur de travail que son père ramène à la maison

Pourtant, il noue ses petits bras tous fins autour du cou de l’adulte et respire, ravi et rassuré, quelques lointaines effluves du parfum de sa mère. Son papa lui souhaite bonne nuit et quitte la chambre en cédant la place à Maman.

 

Maman est souriante aujourd’hui.

Elle a ri avec lui, ils ont même joué aux petits chevaux.

Dans ces moments-là, il trouve qu’elle est la plus magnifique de toutes les mamans. Il la regarde, les yeux émerveillés, emplis d’un amour infini…

En secret, il l’appelle « Ma Femme ».

 

Il sait bien qu’elle ne sera jamais sa femme, à son âge, on sait que l’on ne peut pas se marier avec sa maman, n’empêche, quand elle est belle comme ce soir, il se plaît à imaginer…

Lorsqu’elle se penche au dessus de lui, il l’attrape par le cou et lui baise les lèvres, tout doucement.

  • -         Tu es un peu grand pour les bisous sur la bouche maintenant, lui souffle-t-elle.
  • -         Pourquoi ? s’étonne-t-il.

 

Oui au fond, pourquoi ?

 

Elle lui ébouriffe les cheveux, chatouille son petit nez et murmure :

  • -         Pour rien.
  • -         Maman, demande l’enfant, ça veut dire quoi, papillonner ?
  • -         Papillonner ? Eh bien, ça veut dire aller de fleur en fleur sans se décider vraiment à en choisir une. Comme font les papillons, tu vois ?
  • -         Est-ce que les gens papillonnent ? reprend-il.

 

Sa mère le fixe, surprise et amusée :

  • -         Pourquoi demandes-tu cela ?
  • -         Parce que la concierge, elle m’a dit qu’avec des yeux comme les miens, c’est sûr que quand je serai grand, je papillonnerai comme papa.

 

Stupeur.

Silence.

Menace.

 

Le ciel de l’enfant se voile d’un seul coup. Maman ne sourit plus, ses yeux ont perdu de leur douceur, son visage détendu s’est durci, elle le couche violemment sans même un baiser, éteint la lumière et sort en fermant la porte.

Il entend ses pas qui s’éloignent.

Elle est fâchée, il ne comprend pas pourquoi. Il voudrait la rappeler, s’excuser, mais il n’ose pas.

Etendu dans son lit, c’est à peine s’il s’autorise à respirer normalement. Son cœur fait un tel boucan qu’il n’arrive à rien écouter d’autre.

 

C’est ça le problème avec Maman. Un coup elle sourit et pouf, l’instant d’après elle est fâchée.

 

Au loin, il parvient à entendre les éclats de ses parents. Sa mère a cette voix stridente qui le terrorise, son père gronde.

 

Pour la troisième fois cette semaine, la Querelle s’est invitée dans la maison et dépose sur le front de l’enfant son baiser du soir.

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 16 décembre 2010 4 16 /12 /Déc /2010 07:00

Toits.jpg Marie est une jeune fille - pas tout à fait une femme - de 20 ans. Elle les a fêtés la veille en compagnie de ses parents et de ses deux sœurs. Son père a longuement regardé son aînée souffler les bougies dont la cire dégoulinait sur le gâteau marbré. Leurs regards se sont croisés, il lui a souri franchement avec dans les yeux cette fierté propre aux pères envers leurs filles. Elle les a baissés, intimidée par cette déclaration, submergée par l’émotion. Elle aurait voulu se serrer dans ses bras, lui murmurer qu’elle aussi l’aimait.

 

Seulement, dans la famille de Marie, la bienséance l’emporte sur les débordements, quels qu’ils soient. Lorsqu’on pénètre chez eux, l’atmosphère lisse et feutrée de l’appartement produit un effet apaisant immédiat sur l’étranger en visite. Tout y est parfaitement à sa place, tant les objets que les occupants de ce six pièces citadin. Sa mère, accueillante, d’une sobre élégance, veille à ce que chacun ne manque de rien, tout en contrôlant, d’un froncement de sourcil, le moindre excès inopportun.

Les camarades de Marie ont toujours aimé se réfugier dans cette ambiance réconfortante, fuyant un foyer électrique pour l’une, un vide trop encombrant pour l’autre. Longtemps elle en a retiré un certain orgueil, heureuse que l’harmonie familiale puisse susciter admiration et envie.

 

Et puis, en grandissant, elle fut autorisée à passer quelques soirées chez ses amies, découvrant alors un univers où les portes claquent, où les paroles volent haut, et où les embrassades succèdent aux gifles. Décontenancée au début par cette avalanche d’énergie, c’est avec soulagement qu’elle regagnait la tranquillité rassurante du domicile familial. Saoule de tant de démesure, elle se réfugiait dans sa chambre, ouvrait sa fenêtre et se perdait dans la contemplation des toits de la capitale.

 

Aujourd’hui, au lendemain de ses 20 ans, Marie est devant sa fenêtre ouverte.

Le froid a envahi la pièce et pourtant, elle étouffe. Dehors, elle sent l’agitation qui s’est emparée de la ville à l’approche des fêtes de Noël : les lumières clignotent d’impatience, les flocons dansent une valse désarticulée et elle s’attend presque à voir surgir de derrière l’étoile du berger le Père Noël venu lui apporter son cadeau.

 

Marie rêve d’un cadeau qu’elle ne peut commander, qui ne peut s’acheter, qu’elle n’oserait demander à ses parents tant elle craint de les peiner.

Marie n’en peut plus de se contenter de contempler les toits de Paris.

Marie veut s’envoler et découvrir d’autres toits.

Marie veut crier, rire à gorge déployée, sortir dans la rue habillée comme l’as de trèfle, ou même de pique.

Marie veut être aimée fougueusement et prendre le monde entier pour témoin.

Marie veut, rêve, imagine, souhaite, idéalise, désire, soupire…

 

Et pourtant, Marie, vingt ans à peine passés, referme tout doucement la fenêtre…

 

Merci à Marlène pour son dessin et au blog à 1000 mains pour son nouveau jeu d'écriture auquel je participe avec un retard presque honteux!

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Par Sophie L. - Publié dans : Atelier d'Ecriture - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 07:00

sorciere balai La petite fille sort de l’école, heureuse. C’est le week-end, pas de devoirs, un anniversaire chez une copine, cette fin de semaine s’annonce radieuse.

Elle lève les yeux, cherche du regard celui de sa maman, perdu dans cette foule de parents et…HORREUR, tombe sur celui de l’Autre.

Elle s’arrête net, n’ose franchir la grille de l’école tout à coup si protectrice, recule de quelques pas quand une voix autoritaire l’interpelle : « Hé toi ! Viens par ici ! C’est ta mère qui m’envoie ! »

 

Les mères s’écartent, cédant le passage à un balai monté sur jambes, aussi droit que raide.

La honte ! Mille paires d’yeux font l’aller-retour entre la petite fille et le balai. On la regarde, peiné, compatissant, on amorce un geste pour finalement baisser les yeux et taire l’élan qui nous pousse vers elle.

-         Si tu veux, tu peux rester à l’étude, glisse l’institutrice en voyant le balai avancé d’un pas décidé.

La tentation est grande… Tout plutôt que de subir les « Tiens-toi droite, lave-toi les mains, tais-toi, fais tes devoirs !... »

Non, elle ne cèdera pas, elles vont rentrer à la maison, l’une derrière l’autre.

Pourvu qu’elle ne la touche pas ! Rien qu’à l’idée que sa main puisse lui effleurer l’épaule la tétanise de dégoût…

 

Le balai ne salue personne, elle marche droit devant elle, la pousse :

-         Marche plus vite il va pleuvoir, j’ai pas envie d’être trempée à cause de toi !

 

La petite fille croise la voisine qui lui dit en désignant le balai du menton :

-         Ben dis-donc, t’as dû en faire de belles pour mériter ça !

 

Elles pénètrent dans la maison, le balai, qui ne prend pas la peine de s’essuyer les pieds, vocifère :

-         Essuie-toi les pieds ! Range tes chaussures ! Lave-toi les mains ! Attache-toi les cheveux, tu as l’air d’une souillon ! Rejoins-moi au salon !

 

Pas de goûter, bien entendu, cela coupe l’appétit pour le dîner…

 

Le balai l’attend, assise sur le canapé, grignotant des « Petits Ecoliers » au chocolat noir, maculant le sol de miettes éparses. Elle a préparé vingt-quatre additions, douze multiplications et neuf divisions.

-         J’ai pas encore appris les divisions…

-         Et alors ? Comme ça t’apprendras ! Tais-toi et travaille !

 

Le temps est immobile. Surtout, ne pas la regarder…

 

La porte claque soudain : « Me voilà ! Je suis partie plus tôt que prévu ! Chérie… Tu aurais pu t’essuyer les pieds avant d’entrer, il y a de la boue partout ! »

Le balai se lève, enfile son manteau et empoche l’argent dans un vague bougonnement.

-         Je ne sais pas ce que je ferais sans vous ! s’exclame la maman reconnaissante, puis se tournant vers la petite fille, tu dis au revoir ?

-         Au revoir Madame.

 

Puis, pour elle seule :

- Du balai, le balai !

 

Qui a dit que les sorcières n'existaient pas???

 

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