Sophilosophik ou Les Lundis de Sophie - Blog féminin, Blog d'écriture en tous genres
Il me prend l'envie soudaine d'aller chez le coiffeur. Au diable l'avarice, j'ai besoin de changer de tête, je me prépare allègrement à lâcher dans les cent euros au moins. Deux ans que je n'y ai pas mis les pieds donc, si on fait le compte de ce que je n'ai pas dépensé, ça devient une super promo. Je suis contente, je viens de trouver un justificatif imparable au trou budgétaire du mois !
Impatiente, je file chez le coiffeur du coin dont la vitrine me fait de l'œil, aguicheuse : Coiffeur visagiste, morphologiste.
J'entre dans le salon, emplie d'espoir. Je rêve d'une coupe ni trop courte ni trop longue, facile à coiffer, sans brushing matinal mais qui donne du volume, naturelle un rien sophistiquée avec quelques mèches ondulées tombant harmonieusement autour du visage. Je veux dissimuler mes quelques cheveux blancs de façon durable sans avoir à revenir tous les mois (d'accord, là, je rêve !) ; je veux me métamorphoser en quarantenaire resplendissante à la chevelure flamboyante comme dans les magazines, oui, c'est ça que je veux !
Ils sont tellement affairés là-dedans que personne ne me remarque, preuve incontestable qu'il me faut changer de coiffure. J'attends gentiment, je ne suis pas pressée, du moment qu'ils me prennent immédiatement.
Un homme me remarque enfin, il s'approche, une paire de ciseaux à la main :
- Vous avez rendez-vous ?
- Bonjour !
Je déteste les gens qui ne disent pas bonjour, c'est le B-A BA de la politesse tout de même, après, on s'étonne que les enfants soient mal-élevés !
- Oui, euh, bonjour. Vous avez rendez-vous ?
Je papillonne des paupières, me tortille légèrement tentant une approche de femme désespérée :
- Pas vraiment... Mais vous avez vu les dégâts ?
Je tire mes cheveux de chaque côté pour qu'il ait un aperçu du chantier. Puisque le ridicule ne tue pas, j'en fais des tonnes pourvu qu'il me prenne en pitié. Il m'observe, tâte la marchandise et, devant son air dégoûté, je sais que j'ai gagné.
- Vous voulez quoi au juste ?
J'élude par une pirouette aussi fine que drôle :
- C'est vous le coiffeur paysagiste, euh...visagiste, à vous de me le dire !
- Une coupe ?
- Oui, oui, mais pas trop courte hein ?
- Des mèches ?
- Oh oui, plein de mèches, mais pas trop blondes !
- Bon. Asseyez-vous là. En attendant, vous n'avez qu'à feuilleter les catalogues. Si vous trouvez quelque chose qui vous plaît, on verra ce qu'on peut faire.
J'ai un flash-back. Deux ans en arrière, autre coiffeur, mêmes discours, mêmes catalogues, même coupe depuis 20 ans... Toutefois, je suis confiante. Celui-là a oublié d'être sympathique, c'est le signe qu'il doit être compétent.
Passage obligé par le shampouinage, vingt euros de gâchés, j'ai lavé mes cheveux ce matin.
Je m'assois, tout sourire devant le miroir, le catalogue ouvert sur mes genoux :
- Je veux ça !
L'artiste regarde la photo, regarde mes cheveux, me regarde, moi, et répond, d'un air las :
- Elle, elle a le cheveu épais, souple, du volume naturel qui donne de l'ampleur à la coupe.
- Oui ? Et alors ?
- Alors, on n'obtiendra jamais les mêmes résultats avec vous.
C'est toujours pareil ! On nous montre pleins de jolies coiffures, on nous donne envie et au final, ce n'est jamais pour nous !
Sèchement, je rétorque :
- Qu'est-ce que vous me conseillez ?
- Le carré.
- Mais j'ai un carré depuis que je suis née ! C'est bien la peine d'être visagiste, tiens ! Les techniques ont évolué depuis le temps, il y a sûrement un moyen de me donner du volume !
- Oui. Un carré.
- Si on essayait une permanente ?
- Vous l'avez déjà fait ?
- Oui...
- Et ?
Je suis bien obligée d'avouer qu'à part des cheveux cramés et une décoloration abusive, ladite permanente ne m'a guère laissé de souvenirs plus enchanteurs.
- Bien, reprend-il, maintenant que vous êtes décidée sur la coupe, pour les mèches qu'est-ce qu'on fait ?
- J'ai toujours rêvé d'être brune...
Rien qu'à voir son air pincé, j'ai comme l'intuition que je l'agace...
- Des mèches brunes sur un blond cendré ???? Vous voulez lancer une mode ou c'est votre côté punk inassouvi qui se réveille ?
J'ai envie de lui répondre : « Les deux, mon capitaine ! », au lieu de cela, je tente de lui expliquer, calmement, comment je vois les choses :
- Pas des mèches ! Je rêve d'être brune. Complètement ! Je suis certaine que ça donnerait plus de caractère à mon carré, puisque carré est mon destin...
- Pour le caractère, je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c'est que vous allez prendre 15 ans de plus.
Argument sans appel. Je rends les armes, vaincue. Profitant de ma faiblesse, il m'envoie directement au tapis :
- Vous avez le cheveu terne, filasse, sans tenue, en un mot, plat. Le carré donnera l'illusion d'un peu de volume, quoiqu'à mon avis, vous ayez intérêt à faire des implants. Il est vrai que la calvitie est rare chez la femme mais cela ne m'étonnerait pas que vous vous retrouviez, dans quelques années, avec des trous disgracieux.
Bon, pour la couleur, des mèches plus claires pour égayer un peu tout ça. On y va ?
Je suis sonnée. Non content d'avoir énoncé son verdict haut et fort afin que tout le salon en profite, il a réussi à me mettre le moral dans les chaussettes.
Il prend mon mutisme pour un signe d'assentiment et me refile entre les mains d'une collègue, laquelle tente de me dérider par une conversation aussi plate que mes cheveux.
Deux heures et trente minutes plus tard, coupée au carré et méchée, délestée de quelques 120 euros, je sors de là, triste, pleurant sur mon rêve inaccessible de crinière sauvage, quand une amie m'interpelle :
- Dis donc, toi, ça n'a pas l'air d'aller ! Qu'est-ce qui se passe ? Tu veux qu'on en parle ?
- Je sors de chez le coiffeur.
- Je comprends...
Alors là, chapeau!! Que de commentaires!! T'es une vraie copine!
Biz
Biz
Bises