Sophilosophik ou Les Lundis de Sophie - Blog féminin, Blog d'écriture en tous genres
Les annonceurs l’ont bien compris, le choix d’un véhicule
n’est plus une affaire exclusivement masculine, la parité s’étend aussi au domaine automobile. Fini l’image de la nunuche accompagnant son époux chez le concessionnaire, les gremlins pendus à ses
jupes, attendant, passive et sourire niais aux lèvres, que se conclue ce contrat d’hommes.
Pourtant, il reste bien certaines irréductibles pour lesquelles une voiture demeure une caisse en tôle dont le but est de transporter un individu du point A jusqu’au point B dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire, avec un autre conducteur qu’elles-mêmes.
Non pas que ces femmes actives, indépendantes et intellectuellement avantagées soient des gourdes au volant mais l’idée de se faire insulter parce qu’elles respectent les consignes de sécurité, klaxonner parce qu’elles ne démarrent pas pied au plancher au moindre stop ou ralentissent au feu orange, n’a rien pour les séduire.
Ces femmes, aussitôt installées à la place de la conductrice, rêvent d’un modèle avec chauffeur intégré dont le volant n’aurait d’utilité que pour y apposer les mains afin d’y vernir leurs ongles. Elles caressent avec reconnaissance la boîte de vitesse automatique – seul point sur lequel elles ont émis un avis quant au choix du cube – en priant pour que nul ne les emboutisse. Car si tel était le cas, elles seraient alors obligées de conduire un de ces vieux modèles manuels.
Et, s’il leur est aisé de passer les vitesses, rétrograder leur pose un problème de taille. En effet, préoccupées par des sujets autrement plus importants, il leur arrive d’oublier sur quelle vitesse elles se sont arrêtées, paniquent, jettent un œil désespéré à la boîte, calculent rapidement dans quel sens elles doivent bouger la manette, quittent la route du regard au risque de rater un virage ou de se retrouver encastrées dans l’arrière-train du camionneur qui vient de leur faire une queue de poisson accompagnée d’un bras d’honneur.
Aussi, s’appliquent-elles à rouler prudemment en respectant les distances afin d’éviter qu’un tel cauchemar ne devienne réalité et fulminent contre les automobilistes irrespectueux qui leur reniflent le pot d’échappement !
Lorsqu’elles n’ont d’autres choix que de se déplacer à quatre roues, elles vérifient plusieurs jours à l’avance les possibilités de rangement de l’auto afin de s’éviter tout stress inutile : Le créneau.
Ces femmes, très débrouillardes par ailleurs, se sentent toutefois seules au monde dès qu’il s’agit d’enclencher la marche arrière, leur rapport à l’espace s’en trouve perturbé, ne sachant plus dans quel sens tourner le volant ; le compas qu’elles cherchent désespérément n’est certes pas dans leur œil, elles s’énervent, transpirent et abandonnent l’exercice s’enfuyant la tête dans les épaules, sous les propos peu flatteurs des Fangio impatients.
Elles trouvent alors refuge dans un parking payant, s’y garent aussi bien qu’elles peuvent tout en pestant contre l’étroitesse des places, appréhendant le moment où elles devront s’en extraire…en marche arrière !
Ces êtres doués de raison décident alors de rebondir : Elles regardent d’un œil nouveau les annonces publicitaires, feuillètent « Auto-moto », poussent la porte des concessionnaires, à la recherche du modèle parfait puis prennent une décision mûrement réfléchie :
- Chéri, c’est décidé, on achète un chauffeur ! Et comme je suis sympa, c’est toi qui choisis la couleur !


Et si je ne me sens absolument pas concernée et que j'aurais adoré être capable de mettre les mains dans le camboui, quand on évoque ce sujet, je pense toujours à la villa Savoye de Poissy, qui a été conçue pour que Madame Savoye n'ait jamais à faire de marche arrière.
Là encore, il faudrait parler d'éducation mâle/femelle. Très curieusement, j'ai un fils qui partage sa vie depuis 10 ans avec la même compagne: c'est madame qui conduit...
Qu'ai-je fait, mon dieu qu'ai-je fait ? Mais que diable a fait son père ?